• "La belle image, c'est une géométrie modulée par le cœur". (Willy Ronis)

     

    En juillet 2009, Willy Ronis s'était rendu aux 40èmes Rencontres Photo d'Arles.
    Il en était l'invité d'honneur. Arles lui rendait alors hommage avec une belle rétrospective à l'église Sainte-Anne, une manifestation émouvante comme un Requiem, surtout celui de Fauré qu'il aimait tant.

    Willy, c'était un peu le grand-père de tous les photographes. Il ne se déplaçait plus alors qu'en fauteuil roulant, affaibli par son grand âge. A Arles, il fit une toute dernière apparition dans la lumière bleutée du théâtre antique. Son petit-fils, le photographe Stéphane Kovalsky, poussait le fauteuil de son cher "Villy" comme on l'a toujours appelé dans la famille, … pas de W pour les proches !

     

    Ce soir-là, après un tonnerre d'applaudissements, Willy se contentera d'un geste de la main: un "au revoir" qui sonnait comme un adieu. Ce fut un moment extrêmement touchant, chacun a bien senti qu'il se passait quelque chose de très fort, un peu comme un clap de fin …

    Actuellement, pour retrouver cet immense photographe, courez voir, à la Monnaie de Paris, l'exposition:"Willy Ronis: Une poétique de l'engagement". Willy avait lui-même préparé cette exposition, elle devait marquer son 100ème anniversaire …

    Pour cette rétrospective en 150 images, à côté des incontournables, il y a là quelques belles découvertes …


    >> Voir aussi sur Parisperdu: "Au revoir et merci Monsieur Ronis".

    >> Actuellement "Willy Ronis : Une poétique de l'engagement" à la Monnaie de Paris, 11, quai de Conti Paris 6ème,  jusqu'au 22 août 2010.

     

     

     

     

     

     


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  • Entrepôt Macdonald, 141-221 boulevard Macdonald, 19ème.

     

     

    Disons-le tout de suite, le propos n'est pas de débattre ici des possibles améliorations du stockage des hamburgers. Ce Macdonald-là fait référence au boulevard qui longe l'entrepôt. Un boulevard baptisé ainsi en l'honneur du maréchal de France Étienne Macdonald, duc de Tarente. Rien à voir donc, avec le géant du fast-food américain.

     

    L’entrepôt Macdonald réalisé en 1976 par l'architecte Marcel Forest, est, avec ses 617 mètres linéaires,  l’immeuble le plus long de Paris. Le projet initial prévoyait une surélévation de trois niveaux supplémentaires, ce qui explique la sobriété de la façade conçue comme un simple soubassement. "Son esthétique suffit pourtant à ce qu’il demeure un édifice complet en apparence, en l’attente, qui sera peut-être longue, des programmes futurs" écrivait son architecte, avec, reconnaissons-le, un fameux sens de la prémonition !

     

    Aujourd’hui, le néerlandais Floris Alkemade, l'architecte coordonnateur du nouveau projet, trouve sa mission facilitée par cette particularité et, il lui est ainsi possible de conserver la majorité de la structure en béton, puis de la  surélever et enfin de la couper en son milieu pour laisser passer, sous une passerelle, la future prolongation du tramway T3.

    Le nouveau complexe abritera 1000 logements, 30 000 m2 de bureaux et des équipements publics. Malgré la densité de l'habitat, la construction respectera la charte de développement durable : l'entrepôt fera la part belle à l'exigence environnementale: géothermie, panneaux photovoltaïques, isolation renforcée, récupération de l'eau de pluie...

     

    Le projet global d'aménagement de la zone "Paris Nord-Est" est pharaonique, sa réalisation prendra environ une vingtaine d'années. Mais à elle seule, la restructuration  de l'entrepôt Macdonald est aussi un pari colossal car, d'une vaste friche industrielle grise, oubliée le long des boulevards ceinturant la capitale, au cœur des populaires portes d'Aubervilliers et de la Villette, il s'agit de faire naître - dès 2013 - un vrai "morceau de ville".

    A cet horizon, il sera vraisemblablement possible de s'entendre rétorquer : "Alors comme ça, t'habites chez McDo … ?"



    >> "Projet MacDonald", fiche du promoteur (SEMAVIP)

    >> Images virtuelles de l'entrepôt restructuré.



     


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  • Le café Lou Pascalou, 14 rue des Panoyaux 75020 PARIS

     

    Hors des sentiers battus, il existe un Paris méconnu, bien loin de la Tour Eiffel et du Quartier Latin … A Belleville, à Ménilmontant, c'est une vision différente de Paris que je vous propose de découvrir.

     

    Belleville et Ménilmontant étaient autrefois des villages, de vrais coins de campagne. La rue des Panoyaux par exemple, tire son nom de son ancienne activité viticole, on y cultivait des raisins sans pépins.
    A la fin des années 70, les émigrés chinois s’installent progressivement à Belleville, un  quartier qui possède alors une très mauvaise réputation. On y laisse en effet s’abîmer le bâti  pour pouvoir tout raser et reconstruire. On y trouve alors de nombreux logements vides, une multitude de magasins et d'ateliers fermés.

     

    Aujourd'hui, ces quartiers populaires sont parmi les plus cosmopolites de la ville, et une ballade urbaine dans ces anciens villages met en valeur toute leur diversité  ethnique, culturelle ... Ainsi à Belleville, on a  récemment recensées plus de 80 ethnies dans une seule et même école ! Au détour d’une rue, on peut découvrir un berbère qui vend de la viande hallal à côté d'une épicerie dédiée aux produits d’Europe de l’Est… car nord-africains et  ex-yougoslaves étant maintenant nombreux, les commerces s’adaptent naturellement aux besoins du quartier.

     

    Diverses cultures donc, mais pas forcément de mélanges car les communautés vivent souvent côte à côte dans un respect mutuel réel , mais sans pour autant se fréquenter.

    Pourtant, certaines initiatives voient le jour pour apaiser de potentielles tensions intercommunautaires. Ainsi, le café Lou Pascalou qui trône sur une petite place aux allures d’arrière-cour, œuvre pour la cohabitation pacifique des cultures et des religions du quartier. Après le "11 septembre 2001", le patron kabyle, sentant la tension monter, s’est mis à organiser des repas entre les différentes communautés afin de favoriser le dialogue.

     

    Mais c’est surtout l’énorme Eglise Notre-Dame de la Croix, entre Ménilmontant et Belleville, qui impressionne. Pendant la période des fêtes, un marché de Noël coloré s’installe sur le parvis. En haut des marches brûle un feu de bois et des musiciens noirs jouent des airs venus d’Afrique, ajoutant une touche de chaleur à l’air frais de cette fin de mois de décembre.

     

    Belleville est à elle seule une invitation au voyage. Ici, les noms parlent d’eux-mêmes. On se promène à travers le quartier de la "petite Tunisie", et la rue du Sénégal et son foyer, qui accueille les immigrés africains, se trouve non loin de la synagogue de la rue Bisson.

    Aujourd'hui, nous sommes samedi et, sur le boulevard de Belleville, les commerçants juifs sont absents comme tous les jours de shabbat. Mais sur le trottoir d’en face, le côté musulman bouillonne, de même que, un peu plus haut, le quartier chinois, tenu par ceux que l’on appelle les "bananes", les immigrés asiatiques de la deuxième génération, réputés pour être jaunes à l’extérieur et blancs à l’intérieur.

     

    Au cours de cette enrichissante ballade, c’est donc un Belleville multicolore que vous apprendrez à regarder, à sentir vivre, un quartier où souvent beaucoup n'osent pourtant pas s'aventurer. Alors n'hésitez plus à cheminer dans ce Paris dépaysant, hors des sentiers battus, par les rues et les ruelles de Belleville ou de Ménilmontant …



    >> "Belleville embarquement immédiat".

    >> "Le Petit miracle de Belleville".

    >> "Les hauts quartiers de l'Est parisien font de la résistance.

    >> "En redescendant des hauts de Ménilmontant."



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  • 96 rue Oberkampf - 75011 Paris

     

    Dans la journée, avec son décor dans le style "authen-toc", "Chez Justine" pourrait vaguement faire penser à une paisible auberge, non loin de la quasi-campagne du Père Lachaise. Mais lorsque commence la soirée, l'établissement prend un tout autre visage : la musique devient alors omniprésente, propulsée par 16 enceintes et pilotée par un DJ, fidèle à son poste ... tous les soirs.


    En fait, "Chez Justine" est un bar comme il en existe des dizaines dans ce quartier jeune, branché où vous avez l'embarras du choix entre les endroits surpeuplés, tendance artistes et bobos, les bars branchés techno ou jungle avec décor en matériaux de récup' et tout un panel d'établissements aux ambiances dites "lounge", … et j'en passe.

     

    Pour les riverains, dire qu'il y a des nuisances nocturnes à Oberkampf, est un doux euphémisme ! Ces riverains qui prétendent vouloir dormir la nuit, refuseraient donc le pittoresque parisien... ? 

     

    Pour vous faire un avis objectif, allez donc faire un tour, la nuit, dans le quartier Oberkampf.
    Tout d'abord, vous constatez que cette multitude de cafés sont si petits que la moitié des consommateurs sont sur le trottoir. Pire, à croire qu'il n'y a pas de toilettes dans ces établissements, tant il faut voir nos jeunes, accroupies pour les unes, debout pour les autres en train de se soulager entre les voitures  !!

    Et, que penser aussi de ces "binge drinking", ces bitures express parfois au bord du coma éthylique, qui sont couramment pratiquées ici ?
    Pas pittoresque non plus les altercations, les beugleries, les cris dans la nuit, … ?

     

    A croire que les riverains, qui de plus en plus s'associent pour se défendre, trouvent tout cela plus pathétique que pittoresque !

     

     

     

    >> Voir aussi "Paris by-night" ou Paris est-elle la capitale de l'ennui?

     

     

     

     


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  • Lorsque je les ai vues, près du métro Stalingrad, j'ai immédiatement pensé à la célèbre photo d'Izis. Les auto-tamponneuses étaient là, bien rangées dans la lumière d'un soir d'été. Leurs carrosseries en plastique, incrusté de paillettes argentées, brillaient de mille feux.

    Mais seul, Jacques Prévert comme il l'a fait pour Izis dans l'ouvrage: "Grand bal du printemps" aurait su retrouver les bruits et les sons évoqués par cette photographie.

    Car le "Grand bal du printemps", qui est sans doute l'un des plus beaux livres de photographies de l’après-guerre, montre d’emblée par son titre que l’ouvrage se place dans une thématique musicale et, dès le premier poème du recueil, Prévert compare Izis à un musicien des rues :

    "C’est un colporteur d’images
    et même sans le savoir
    un musicien ambulant
    qui joue à sa manière
    surtout en hiver
    le Sacre du Printemps."

    Alors, les scènes deviennent presque sonores malgré le silence des images : c’est le cas par exemple pour cette photographie d'Izis, où un couple d’amoureux s’embrasse dans une auto-tamponneuse. Prévert évoque alors "le doux fracas du manège dans le vacarme de cette fête".

    Dans le vrombissement du trafic de la place de Stalingrad, oui aujourd'hui, j'ai retrouvé les auto-tamponneuses d'Izis …


    >> Les auto-tamponneuses d'Izis … ©Izis (1951)

    >> Vous pouvez louer un Manège d'Auto tamponneuses !

    >> Voir aussi sur Parisperdu: "Izis, Paris des rêves". 


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