• Au milieu du terre-plein qui sépare la rue des Trois-couronnes de la rue Jean-Pierre Timbaud, presqu'au niveau de la mosquée de la rue Morand, que l'on ne remarque que par quelques détails: ses quatre ouvertures d'un genre mozarabe et de pauvres paires de souliers quittés par des fidèles, je suis abordé par un jeune homme.

    Il est grand, barbu et sans conteste de type nord-africain. Il se dit intéressé par mon appareil photo, qu'il veut examiner sous toutes les coutures. Serait-il prêt à me l'acheter, qu'il ne s'y prendrait pas autrement ! Je tiens toutefois le reflex fermement par sa courroie car je n'ai aucune confiance en cet inconnu et en ses airs soupçonneux.

    Finalement, il m'avoue pourquoi il m'a abordé. Il ne veut pas que je photographie la sortie des fidèles de la mosquée, en ce vendredi, jour de prières. Je lui dis que je ne suis pas ici pour cela et que mon propos est simplement d'arpenter les quartiers Est de la capitale et de prendre les clichés que le hasard de la balade peut m'offrir.

    - "Ok - me dit-il - mais pas la mosquée".
    - "Pourquoi pas la mosquée ?" 
    C'est la question de trop. Le voilà lancé dans une logorrhée, déversant des flots de paroles, des arguments plus ou moins étayés sur l'impérialisme américain, les martyrs de la Palestine, les juifs qui dominent le monde, les français tous racistes, etc. … et il conclut :
    - "Donc, mon ami, pas la mosquée."

    Mettant fin à cette conversation avec "mon ami", et sans réfuter ses propos, ni accepter sa demande, je passerai devant le lieu de culte en shootant à la volée une rafale de trois images.
    Je vous offre ici la mieux cadrée, au nom de la liberté de circuler dans mon pays: démocratique et laïque!


    >> Voir aussi sur Parisperdu: " Paris-Dakar"

     


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  • Angle de la rue Emile Lacoste et de la Villa Jean Godart-  Paris 12ème. (1996)

    Près de la Porte Dorée, un vestige du monde faubourien bas et populo s'accroche encore au coin de la rue Emile Lacoste et de la villa Jean Godart: une droguerie-bazar.

    Droguerie-bazar, avouez que l'appellation est exotique. En tout cas, moi elle m'a toujours fait rêver. Et, pour faire encore plus joli, on y accolait parfois le terme "couleurs" : droguerie-bazar-couleurs. Voilà qui a plus d'allure que le nom des grandes surfaces qui ont tué ces petits commerces, je veux parler des Bricorama, Castorama, Décorama … tous affublés du pompeux suffixe grec "orama" laissant penser qu'on pourrait "tout y voir", comme face à un "panorama".

    Dans nos droguerie-bazar aussi, on pouvait tout y voir … à condition bien sûr de savoir ce qu'on venait y chercher ! Mes parent venaient-là s'approvisionner en perborate de sodium, un substitut aux détergents et lessives, bien moins onéreux que les Bonux ou les Ariel de l'époque et avec de surcroît, un bien meilleur pouvoir de blanchiment.
    Mais, depuis déjà plusieurs années, la droguerie-bazar du coin de la rue Emile Lacoste et de la villa Jean Godart n'a pas résisté aux grandes surfaces de la toute proche avenue Daumesnil, et ce … malgré les 1500 couleurs de peintures qu'elle promettait à ses clients !


    >> Autre petit commerce, sur Parisperdu.

     


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  • Atelier de Découpe/Emboutissage J. Boquet au 6-10 rue des Lyanes Paris 20ème (juin 1995)

    Je parcours un coin particulièrement reculé de la capitale: rue des Prairies, rue Leuck-Mathieu, rue de la Cour-des-Noues …
    Aucune lueur ne filtre des parpaings mal joints qui murent toutes les ouvertures des dernières maisons individuelles de ces rues. On bouche la bouche et les yeux des maisons avant de les tuer.

    Au 6-10 rue des Lyanes, et aussi Villa de Lyanes, dans une succession de cours encore à demi rustiques, bordées de vieux appentis en bois, on s'affaire à récupérer outils et outillages, à démonter quelques éléments des façades des ateliers dans l'optique plus que probable de leur prochaine démolition.

    Déjà, au bout de la rue, c'est toute une partie du quartier qui a été reconstruit, conçu par des urbanistes pour leur honte et l'exécration de leur mémoire …!


    >> Voir aussi sur Parisperdu: "Des fenêtres semblables à des yeux sans pensée".

    >> Ce monde n'a pas totalement disparu …

     


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  • 6 rue Gasnier-Guy, Paris 20ème (juin 1997)  

    Dans ce secteur, ce ne sont que d'étroites façades, qui font les rues pareilles à des alignements de piquets. Mais déjà la rue des Amandiers a été complètement rectifiée et dans la rue Gasnier-Guy sa voisine, d'autres rectifieurs s'activent à rattraper le temps perdu … pour achever leur misérable entreprise de défigurement de Paris. 

    On ne m'enlèvera pas de l'idée qu'on aurait pu retaper les anciennes façades, consolider ces murs, mais sous des prétextes d'hygiène et de confort, au lieu de laisser les gens libres d'élaborer leur coquille, on les entasse dans des casiers où, après une période de latence due à l'anesthésie qu'un bien-être tout relatif procure, on s'étonne de les voir devenir apathiquement ou hystériquement fous ...


    >> Démolition de la rue Gasnier-Guy, rue symbole de Parisperdu.

     

     


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