• En visite chez "le nu provençal" …

    Le Nu Provencal, Gordes, 1949 © Willy Ronis

    On connaît ici mon admiration pour Willy Ronis et mon attachement à ses photos qui savent si bien décrire le Paris que j'aime, celui des petites gens et des quartiers populaires de Belleville et de Ménilmontant.

    Mais il est une autre partie de son œuvre que je méconnaissais et que je souhaitais explorer plus avant, il s'agit de ses photos réalisées en Provence et plus particulièrement dans les deux villages du Vaucluse où il résida successivement, à Gordes puis à l'Isle sur la Sorgue.

    A ce propos, Willy nous dit :"En juillet 1947, j'emmène à moto ma femme dans le Vaucluse. Le village de Gordes nous fascine et nous y trouverons l'année suivante une ruine, sans eau ni électricité, pour les vacances futures".

    Et, le mois dernier, je me suis rendu dans le Vaucluse et j'y ai retrouvé cette maison, en partie grâce à l'aide de la Mairie de Gordes que je remercie vivement. La ruine dont nous parle Ronis, justement appelée "Maison-Vieille", est aujourd'hui devenue une résidence secondaire de charme, appartenant depuis près de 30 ans à une famille étrangère qui … et c'en est presque comique, … ne connait rien de Ronis, ni de l'histoire de cette maison … ! Comique mais un peu décevant tout de même …

    Mais qu'importe, car pour moi l'émotion est bien là lorsque que je découvre le lieu exact où Willy Ronis réalisa plusieurs de ses images cultes. Ainsi, sur la façade principale, j'ai en face de moi la fenêtre de la chambre du premier étage qui est celle du "Nu Provençal". Puis, au rez-de-chaussée, la fenêtre de la cuisine-séjour qui servie de cadre au cliché intitulé "Vincent Aéromodéliste" et je retrouve même la petite fenêtre de l'entrée, avec sa barre de défense, qui est celle du "Chat derrière la vitre". C'est donc là, dans cette haute maison aux volets verts et aux pierres blanchies par la chaleur du midi, qu'ont été pris successivement dans les années 1949, 52 et 57, ces trois mythiques clichés.

    Voyons tout d'abord "Le Nu provençal". Incontestablement c'est la photo fétiche de Ronis, une photo mondialement connue, au sujet de laquelle il avait coutume de dire : "Le miracle existe. Je l'ai rencontré". Et c'est Philippe Sollers, dans l'ouvrage "Nues", qui en parle le mieux: "La composition est magistrale, elle dit la vraie joie de vivre dont notre époque est si tragiquement et piteusement dépourvue. Le miroir, la cuvette, le petit tapis, les craquelures du sol, voilà des cercles qui ne demandaient qu'à dialoguer. La fenêtre ouverte, le volet, le mortier, le pichet, la chaise se répondent dans la verticale (cette photo aurait ravi Cézanne). Tout vit, tout vibre doucement et veut être vu. Le corps nu est la résultante de cette magie matérielle. La lumière est là pour dire l'harmonie indestructible de l'ensemble (soleil sur les épaules, bénédiction du temps). On est tellement loin de l'imagerie exhibitionniste et grimaçante d'aujourd'hui qu'on se demande si ce conte de fées a pu exister.

    Ronis parle de miracle. Il a raison, c'en est un que seul celui qui en a vécu un semblable peut comprendre".

     

    A suivre, dans un prochain billet sur ce voyage à Gordes, un autre cliché culte: "Vincent aéromodéliste".

     

    >> Le Nu Provençal (les 3 autres prises sur la planche contact), Gordes, 1949

    >> La Maison de Willy Ronis à Gordes (1948-1958) dont trois fenêtres ont servi de cadre à trois photos mythiques.

    >> A lire aussi : "Sur la traces des domiciles parisiens de Willy Ronis".


    2 commentaires
  • Le lieux retrouvés de Parisperdu.

    Lieux Retrouvés n°44, le 10 rue des Mûriers Paris 20ème

     

    Une composition supplémentaire dans l'album des Lieux retrouvés.

    Cette album montre des photographies où sont associées, mêlées ou superposées sur une même image deux vues d'un même lieu : l'une en couleur et l'autre en noir et blanc. Ce dédoublement, ou ce collage, puise sa raison d'être dans un questionnement lié à la mémoire. En effet, il ne s'agit pas de créer un document réel, mais plutôt de faire apparaître concomitamment plusieurs strates temporelles: celle du passé (l'image en noir et blanc) étant partiellement recouverte par celle du présent (l'image en couleurs). C'est ainsi une façon de s'interroger sur ce que pourrait être une photographie objective, en dressant le constat de l'impossibilité pour l'instantané photographique de décrire le réel tel qu'on le perçoit, c'est-à-dire avec une dimension spatio-temporelle supplémentaire : celle de la mémoire.


    >> L'album des Lieux retrouvés.

     

     

     


    votre commentaire
  • La ville vue de dos.

    Rue Ordener, Paris 18ème _juin 2014

     

    Lorsque l'on regarde la quatrième de couverture d'un livre, on découvre peu de choses de son contenu … Et, alors que la première de couverture fait souvent l'objet d'une présentation soignée voire aguichante, le livre vu de dos présente la plupart du temps un aspect banal, un peu vide … avec au mieux, un bref résumé de l'ouvrage.

    Pour la ville, il en va de même … Il est des endroits où elle a décidé de nous tourner le dos, de nous cacher ce qu'elle a de plus riche, de plus beau en son sein … et elle ne nous montre alors que d'immenses pans d'immeubles aveugles, ternes, sans âme.

    La perspective de la rue Ordener, vue du pont qui enjambe le large faisceau des voies de la gare du Nord, est un exemple parfait de "la ville vue de dos".

     

    >> "Ground Control", du rêve à la réalité …

     


    1 commentaire
  • Aux portes de Paris.

    Montreuil, aux portes de Paris _Photo ©: M. Lamoureux

     

    Philippe Vasset est un explorateur de banlieue. Sur les cartes de la région parisienne, il a repéré les zones laissées en blanc et les a visitées une à une. On devine ce qu'il a vu : des terrains vagues, des non-lieux, l'envers du décor, le refuge des rejetés de la société. Des poches de vide qui sont en même temps des trop-pleins de misère, de sordide, de violence …

    Ces choquantes horreurs sont toujours bonnes à montrer, à rappeler, alors que tout est fait pour nous les cacher.

    Mais Philippe Vasset ne nous inflige pas le "trip sociologique hard", le pensum lourd et cafardeux qu'on aurait pu craindre, genre "La misère du monde" vue par Bourdieu.

    Nous n'avons pas là une thèse, mais le compte-rendu d'une quête dont l'auteur ne connaît même pas le but. Systématique dans sa démarche et totalement floue dans ses objectifs. Avec une évidente fascination pour le néant et en même temps, de façon contradictoire, un goût pour le merveilleux.

    Pour qui sait voir, les déserts sont peuplés et les choses banales peuvent être passionnantes. Mine de rien, Philippe Vasset nous le prouve, et il nous égare sciemment pour mieux nous apprendre à nous retrouver.


    >> Voir aussi: L'envers du décor, le décor à l'envers.

    >> "Un livre blanc" de Philippe Vasset (chez Fayard).

     


    votre commentaire
  • Villages abandonnés (suite)

    "Goussainville-Vieux Pays" - Val d'Oise

     

    Pendant des années je suis allé à l'autre bout de la France pour découvrir des villages abandonnés, dans l'Hérault, l'Aude, les Pyrénées Orientales … Mais cette année je n'ai pas eu à aller très loin pour en trouver un … à seulement une vingtaine de kilomètres de Paris !

    A deux pas des pistes de l'aéroport de Roissy Charles de Gaulle, se trouve en effet le village quasi-abandonné de "Goussainville-Vieux Pays". Dès 1973, le village qui est dans l'axe de l'une des pistes de l'aéroport, est progressivement abandonné car ses habitants ne supportent plus le bruit incessant des atterrissages et décollages des avions. La ville déplace alors son centre de quelques kilomètres et l'on assiste à un vaste mouvement de population vers ces nouveaux quartiers situés entre deux gares du RER D.

    La plupart des maisons du Vieux Pays sont alors rachetées aux habitants qui le souhaitent par Aéroports de Paris (ADP). Elles sont ensuite murées, puis le temps fait son œuvre … Aujourd'hui, toutes apparaissent dégradées avec des toitures souvent effondrées, l'église elle-même, classée monument historique, est dans un état préoccupant.

    Mais quelques irréductibles, refuseront de partir et y vivent encore aujourd'hui: un agriculteur, un menuisier, une petite entreprise industrielle, un libraire ou encore un garagiste ...

    Finalement en 2009, le Vieux Pays sera racheté à ADP par la ville de Goussainville, pour un euro symbolique. Après de nombreuses années de discussions et de projets inaboutis, le vieux village de Goussainville - dit Vieux-Pays - serait sur le point de renaître tout en se métamorphosant. Mais encore aujourd'hui, le cœur historique de Goussainville, resté à l'écart de la ville moderne, est devenu en quarante ans un village fantôme … un village aux rues trop vides et au ciel trop plein.


    >> Les villages abandonnés de "Parisperdu"

    >> Un village aux rues trop vides et au ciel trop plein.

     


    3 commentaires



    Suivre le flux RSS des articles
    Suivre le flux RSS des commentaires