• 6 rue Hermann Lachapelle - Paris 18ème arrondissement

    Cet immeuble a été construit par  Henri Sauvage, un architecte qui s'intéressa au logement social et fonda, en 1903 la Société anonyme de logements hygiéniques à bon marché (HBM).

    Il imagina de donner aux immeubles une forme pyramidale, afin d'avoir un "cône d'air et de lumière très ouvert". Cette géométrie était sensée rendre les habitations plus hygiéniques. Car nous sommes à une époque où les problèmes de santé publique se posent avec acuité, la tuberculose fait de grands ravages dans les milieux ouvriers, et ce type d'immeuble doit être une réponse "hygiéniste" à ces questions sanitaires. 

    Le concept fut d'abord mis en œuvre en 1912 pour la construction d'un premier immeuble au 26 rue Vavin. L'immeuble de la rue des Amiraux ne sera réalisé qu'en 1926, la première guerre mondiale aura grandement retardé le projet. C'est donc la deuxième réalisation du système de construction en gradins imaginé par Henri Sauvage et breveté pour en garantir l'exclusivité.

    L'immeuble de 7 étages comporte 78 logements et comprend alors un grand espace intérieur, dans lequel l'architecte avait prévu d'installer un cinéma. En 1930, la ville de Paris préféra y loger une piscine.

    L'ossature de l'ensemble est entièrement en ciment armé. Les murs extérieurs sont constitués d'un remplissage de briques revêtues de carreaux de céramique "métro". En arrière de cette cloison extérieure se trouve un vide, puis une autre cloison en carreaux de plâtre. Ce procédé à plusieurs avantages : il est plus économique à bâtir qu'un mur plein, il renforce l'isolation, et surtout, en allégeant le poids du bâtiment, il permet une faible profondeur des fondations. Ce qui explique que l'architecte ait logé les caves aux troisième et quatrième étages de l'édifice !

    Mais le concept ne sera pas développé plus avant car les promoteurs seront vite hostiles à ce type d'architecture. Cette hostilité est due au fait que la construction en gradin diminue le nombre d'appartements pouvant être construit sur la parcelle.
    Par ailleurs, les réalisations de "Vavin" et des "Amiraux" vont montrer que la réponse "hygiéniste" de ce type de structure n'est pas aussi efficiente qu'elle paraissait a priori.


    >> Qui est Henri Sauvage ?

    >>  Même concept pour l'immeuble du 26 rue Vavin.

    >> Les "deux gradins" d'Henri Sauvage.

    >> Aller à la piscine des Amiraux.


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  • Photo © Copyright : jobill

    Nous sommes vers la fin de "L'Auberge espagnole", le film de Klapisch … et Romain Duris embrasse maladroitement Audrey Tautou. Il faut dire que pour les deux protagonistes, la situation n'est pas très confortable sur cet étroit trottoir.

    Duris, en voix off, dit alors: " je ne sais pas pourquoi on avait choisi la rue de Paris qui a le plus petit trottoir …"

    La rue en question, c'est la rue d'Orchampt, dans le 18ème, une rue où jamais les parisiens ne vont. Mais a-t-elle vraiment le plus petit trottoir de Paris ?
    Pas sûr, car beaucoup de ruelles, de passages … de Paris ont des trottoirs aussi, voire plus étroits ou même … en sont totalement dépourvus.

    Mais quoiqu'il en soit, et sans chipoter sur la taille du trottoir, la séquence du film fonctionne bien et il faut bien reconnaître qu'il était très tentant pour Klapisch de tourner dans ce coin perdu du quartier montmartrois.


    >> Audrey Tautou & Romain Duris dans l'Auberge Espagnole.

     

     


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  • Mosquée Al Fath _ rue Polonceau-  Paris 18ème (juin 2005)


    Au petit matin, je pars à pied prendre le métro, et vois défiler une dernière fois les immeubles blafards de la rive gauche.

    Je descends à la station Barbès-Rochechouart. Au-dessus de moi, le métro aérien fait un vacarme répété de ferrailles déglinguées. D'un pas rapide, je rejoins le quartier de la Goutte d'Or. Là commence un deuxième monde, et je ressens un léger malaise face aux codes mal appris de cette autre planète.

    Il est tôt et les rues sont quasi-vides, les dealers ne sont pas encore sur leur lieu de travail … le "business" reprendra plus tard. Seul un grand Black encapuchonné, à l'air pressé, sort d'un petit immeuble de la rue de la Charbonnière, au cœur de Barbès.

    Au coin de la rue, un salon de coiffure annonce toutes sortes de miracles pour la chevelure, les ongles et promet l'éternelle jeunesse… Juste à côté, c'est un minuscule "take away" africain. Le restaurant sent encore fort la banane grillée et un calicot annonce qu'il a changé de propriétaire.

    Plus loin, c'est un autre restaurant miniature, puis un bazar où les mousses à raser côtoient d'énormes sacs de riz. Enfin, j'atteins la rue Polonceau et la porte verte et blanche de la mosquée Al Fath. Tout près de là, Ivoiriennes, Sénégalaises ou Guinéennes se partagent les échoppes, et les hommes peuls ou malinkés palabrent sur le trottoir.

    Rue de Jessaint, adossé à un immeuble de 8 étages, un portail conduit au fond d'une cour, à un véritable capharnaüm où les immigrants en provenance de toute l'Afrique sub-saharienne viennent chercher un soutien administratif, des cartes téléphoniques, faire des transferts d'argent ou trouver des conseils pour obtenir la nationalité française.

    C'est là que Soufiane, à la fois sage, patriarche et marabout, reçoit ses congénères dans son bureau miteux, plein de bibelots africains, d'effigies d'Alpha Blondy et de Barack Obama. Aux beaux jours, le marabout officie sur la terrasse de l'immeuble qui surplombe, vers le nord, l'horizon jusqu'à Saint Denis. Il dit que cette situation élevée permet une meilleure communication avec les esprits, et justifie à ses yeux le tarif majoré qu'il demande alors à ses clients …

    Notre course pourrait continuer encore longtemps dans ce Paris africain où à chaque coin de rue, l'on peut vivre petites et grandes aventures … un peu comme dans un autre Paris-Dakar !

     

    >> Voir aussi sur Parisperdu : "La Goutte d'or, Babel parisienne".

    >> Voir aussi sur Parisperdu : "Apartheid résidentiel".

    >> Voir aussi sur Parisperdu : "Origines contrôlées …"

    >>  L'Institut des Cultures de l'Islam va bientôt prendre la place de la mosquée Al Fath.

     

     


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  • Cité de la Chapelle Paris 18ème_ juin 1997

    A Paris ce n'est pas encore, comme certains le croient, la revanche de l'Est populaire sur les bourgeois de l'Ouest. L'Est aussi s'embourgeoise et le populaire y meurt …  car désormais, à l'Est, le "bobo" est roi.

    Dans ces quartiers de partout cernés par les portes à digicodes, les vidéo-interphones, les façades murées, les ateliers reconvertis en lofts, … difficile de trouver l'ouverture, de dénicher les bonnes adresses: celles des bistrots authentiques et des vrais artisans.

    Voici donc un circuit balisé pour échapper au pire, flâner au mieux et respirer le vrai Paris.

     

    Votre circuit fera un quart de cercle partant du 18ème pour arriver tout près de la place de la Nation, dans le 20ème arrondissement.

    Départ donc devant la Gare du Nord, direction plein nord par la rue Marx Dormoy, ignorez  les innombrables bouibouis turcs, et arrêtez-vous plutôt "Au Bon vivant", un bar de quartier sans prétention mais fort agréable.
    Sur le côté gauche de la rue, n'hésitez pas à aller jeter un coup d'œil au passage Ruelle, un îlot de calme avec le théâtre de la Reine Blanche et l'Atelier de Tapisserie, où l'on travaille encore à l'ancienne. Le passage butte sur les voies ferrées Nord mais ce n'est pas une impasse car par la Cité de la Chapelle, vous allez retrouver la rue Marx Dormoy.

    Continuez alors à nouveau en direction du nord, par la rue de la Chapelle, toujours sur le côté gauche vous allez avoir plusieurs impasses à explorer : l'impasse du Curé qui a conservé quelques ateliers sur son côté pair alors que le côté opposé a été entièrement rénové; puis le hameau de La Chapelle où il vous faudra passer l'épreuve du digicode pour accéder à ce havre de tranquillité, enfin allez jeter un œil à l'ensoleillée impasse de la Chapelle.

    Votre cheminement vers le 19ème arrondissement se fera par la paisible rue de Bourcy où un arrêt s'impose au bar "Cap 21". Son imposante patronne n'a besoin de personne pour éloigner les importuns. Vous déboucherez ensuite place Hébert où Robert Doisneau a souvent rôdé. Et, par la rue de l'Evangile, vous allez rejoindre la place de Torcy et son marché qui évoque encore celui d'une sous-préfecture de province, même s'il est désormais de toutes parts cerné par les commerces asiatiques.

    Par la minuscule rue de l'Olive, vous rejoignez la rue Riquet où vous pouvez faire une halte à la petite pâtisserie-confiserie du n°92. Cela vous donnera la force d'attaquer l'interminable pont qui enjambe les voies ferrées/Est.
    Vous accédez alors au 19ème arrondissement.

    A suivre …

     

     

    >> Cité de la Chapelle: La belle au bois Dormoy …

    >> Les filles de Marx Dormoy.

    >> Sur les pas de Robert Doisneau ...

     

     


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  • La villa Poissonnière - Paris 18ème (1997)


    A la sortie du métro Barbès-Rochechouart, c'est d'abord sa ligne aérienne qui interpelle, fortement présente, elle survole le tracé de l'une des anciennes enceintes de Paris, celle dite "des Fermiers-Généraux".

    Mais Barbès est aussi ce carrefour qui vous immerge immanquablement dans une foule bigarrée, et vous entraine dans un véritable maelström.

    Et Barbès c'est enfin un espace indistinct, une zone transfrontalière du nord de Paris. Décidément, Barbès n'est pas un quartier facile à cerner.


    Tout près pourtant, il y a un véritable quartier, bien identifié lui, centré sur une butte: la Goutte d'Or...
    L'aspect pentu des artères rappelle l'ancienne butte viticole, réputée pour son vin blanc aux reflets dorés: le fameux "goutte d'or ".

    La Goutte d'Or a toujours eu une vocation multiculturelle, a toujours été un lieu d'immigration, une Babel parisienne : d'abord provinciale, puis européenne et finalement aujourd'hui, ce sont les africains qui en constituent le contingent le plus important. Le quartier est désormais colonisé par de petits commerces exotiques et partout règnent les effluves de kebab.

    Un peu plus haut, Montmartre, avec ses touristes et ses familles aisées, est pourtant tout proche et pourrait, vu d'ici, représenter une métaphore de l'ascension sociale !

    Sur le versant nord, la butte de la Goutte d'Or s'échappe en pente douce vers une frontière ferroviaire constituée d'entrepôts et de voies de triage de la Gare du Nord. Les usines de locomotives et autres industries semi-lourdes ont disparu depuis longtemps. Transformé en un Paris africain, il ne reste plus de traces de ce Paris ancien.

    Sauf que tout à coup, surgie de nulle part, vous arrivez à la villa Poissonnière, une étroite artère qui relie les rues Polonceau et de la Goutte d'Or. Elle semble être ici comme le dernier témoin des temps jadis.
    C'est comme à la campagne …  mais Lidl est de l'autre côté de la rue!

     

    >> Voir aussi: "Ballade à La Goutte d'or" par Cityzeum.

    >> Voir aussi sur Parisperdu: "Etrange banalité ..."

     

     

     


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