• Rue Myrha - Paris 18ème

     

    A la sortie des bistrots, malgré la nuit, la lumière est à son intensité maximale, elle explose de tous côtés … Elle s'étalera sur toute la surface de la photographie et les plus fins détails percuteront le devant de la scène.

    Les hommes, toutes générations confondues, sont ici les plus nombreux. En attente, solitaires ou par petits groupes de deux ou trois, ils sont seuls dans la cité qui les entoure, perdus dans la ville, perdus dans la vie.

    Ces individus ponctuent notre parcours dans ce quartier "chaud" de la Goutte d'or. Leurs regards à l’agressivité préventive indiquent qu’ils sont ici chez eux.
    Certains "deal", d’autres, moins nombreux ou moins visibles, guettent et surveillent les prostituées. D'autres encore sont là, appuyés au mur qui forme un arrière-plan plus sombre, sans ouverture, rendant possible l’adossement, le contrôle de l’arrière, et donne, malgré la pénombre, un champ de vision longitudinal lointain. Quelques uns sont enveloppés par la lumière artificielle, des ombres marquent leur visage et leur donnent d'affreux rictus.

    Ces situations qui ailleurs pourraient sembler bizarres, décalées, paraissent ici normales, naturelles.
    Chaque nuit, à la Goutte d'or, règne une étrange banalité …



    >> Déjà sur Parisperdu : "Eva yé t'aime".

    >> Déjà sur Parisperdu : "Perspective à la Chapelle".



     

     

     

     

     

     

     


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  • En ce début d'après-midi, je déambule sur le boulevard de la Chapelle, bien à l'abri sous les piliers en fonte du métro aérien.

    Le moins que l'on puisse dire, c'est que le quartier n'est pas très rieur, à deux pas de la Goutte d'or qui pourtant a grandement été assainie et réhabilitée … Les trottoirs ont été lavés à grande eau pour effacer les derniers reliefs du marché du matin et ainsi présenter le secteur sous son meilleur jour, mais malgré tout l'ambiance que dégage ce lieux reste pesante, morose, "tristounette" …

    Soudain, une trouée dans les façades grisâtres, et c'est comme une éclaircie, annoncée par la perspective de la rue de Chartres. Le regard, libéré du poids du viaduc de la ligne 2, peut enfin se porter vers un horizon dégagé.

    Et, là-haut, tout là-haut, dans votre ligne de mire, sur la butte, apparaît dans sa blancheur immaculée, le Sacré Cœur …

    Décidemment aujourd'hui, de la Chapelle à la basilique, il n'y aura qu'un pas …



    >> Voir aussi sur Parisperdu : "L'accordéoniste yougoslave"

    >> Voir aussi sur Parisperdu : "Gilbert, rue des Azaïs"


     


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  • Rue Jean Dolfus -  Paris 18ème / Démolition de l'ilôt : Rue Bonnet / Cité Durel – Juin 1997.


    A Paris, entre la porte de Saint-Ouen et la porte de Montmartre, "la Moskowa" désigne un secteur qui a connu une longue et difficile restructuration. Les urbanistes ont puisé cette appellation de "Moskowa" dans la biographie du maréchal Ney, héros de la Grande Armée, "prince de la Moskowa", dont le boulevard éponyme est tout proche.

     

    Le quartier de la Moskowa a été, des années durant, ce qu'il est convenu d'appeler un "territoire à requalifier". Et, comme dans beaucoup de quartiers en mutation, peu aménagés et habités par une population modeste ou défavorisée, la prostitution y a longtemps été tolérée. Dans ce "domaine d'activité", on trouve alors de tout à la Moskowa : des travestis maghrébins, des filles de l’Est, principalement des roumaines, des africaines … Mais à la Moskowa, il n’est pas seulement question de prostitution, on y rencontre aussi la petite criminalité et la toxicomanie de rue. Des passes, des bagarres et des agressions s'y déroulent quasi-quotidiennement.

     

    La Mairie du 18éme arrondissement est saisie du problème. Plusieurs réunions sont alors organisées entre les locataires, les bailleurs et les architectes coordonnant l’opération future de rénovation du quartier. Des parades sont alors mises en place: des rondes de maîtres-chiens vont surveiller quotidiennement le quartier dès la fin de la journée et toute la nuit et des grilles sont installées à chaque entrée des îlots, … autant d'essais pour reconquérir un territoire de vie.

    Les dealers répondent par différents tests, qui vont de la tentative de négociation à l’intimidation des maîtres-chiens. Les petites vengeances ne tardent pas. Dealers, toxicomanes et prostituées réagissent aux installations de sécurité par des actes de vandalisme.

    C'est l'enfer pour tout le monde, le quartier devient rapidement invivable, dans la perception constante d’un danger potentiel où se confondent pêle-mêle prostitution, proxénétisme, toxicomanie, pervers sexuels ou violeurs. La fermeture des jardins, conseillée par la police, s’avère peu efficace et les barbelés, installés ça et là, restent diversement appréciés des résidents, comme si les problèmes de toxicomanie et de prostitution finissaient par se matérialiser dans leur paysage quotidien.

    Dans ce contexte, le démarrage des travaux de démolition des îlots, en 2000, sera vécu par beaucoup comme une délivrance. La valeur immobilière du secteur avait soudain permis de générer un vaste projet de rénovation total du quartier.

    On allait enfin pouvoir respirer un air nouveau à la Moskowa ...


    >> Voir aussi sur Parisperdu : "Le quartier de la Moskowa"


     

     


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  • Photo ©Panos Kokkinias, courtoisie de la galerie Xippas

    Les boulevards des Maréchaux forment un ensemble continu de voies qui ceinturent Paris. A la limite de la ville, ces boulevards dits "extérieurs" sont en quelque sorte l'ancêtre du périph'. Leur nom "collectif" découle du fait qu'à leur création, la totalité de ces boulevards portaient des noms de maréchaux du Premier Empire.

    Vous avez dit "Maréchaux d'empire" ? ... oui de pire en pire !

    Car, notamment au nord-est, Boulevard Ney, sur la partie la plus sombre des "Maréchaux", dans un no man's land urbain, au milieu d’un paysage ferroviaire et industriel, dans ces entre-portes lunaires, arrivent progressivement ici - dès la tombée de la nuit – des escouades de prostituées. Isolées, ou parfois par deux, elles se positionnent alors, à une centaine de mètres d’intervalle.

     

    Depuis l'assainissement du centre de Paris et l’arrivée massive de filles étrangères par l’entremise de réseaux de l’Europe de l'Est ou de filières africaines, cette partie Nord des boulevards des Maréchaux reçoit périodiquement de nouvelles migrantes, dernièrement des femmes kosovares et albanaises, souvent jeunes, très jeunes.

     

    Pour être moins repérables, les prostituées sont contraintes à travailler dans l’ombre, et doivent se déplacer d’un lieu à l’autre, suivant les soirs.

    En surface, elles sont régulièrement délogées par la police, aussi vont-elles maintenant jusqu'à occuper les rampes souterraines d'accès aux portes de Paris.

    Là, dans un univers à la Enki Bilal, la scène atteindra son paroxysme lorsque sur les murs et sur la voûte du tunnel, les éclairs jaunes des feux de détresse des véhicules d'hypothétiques clients, se mélangeront avec la lumière bleutée des gyrophares de la police venue mettre le holà à l'infernal manège.

     

    Finalement, aujourd'hui, une majorité de prostituées ont fini par quitter les boulevards des Maréchaux. Elles ont maintenant investi la proche banlieue. Mais le problème n’est que repoussé. Il est juste moins visible par la police et par les gens "de bonne société". Le proxénétisme s’adapte, mais la prostitution, elle, ne change pas de visage.
    Sur les boulevards "extérieurs" comme ailleurs, se révèle toute la sordide étendue de cette misère humaine.

     

     

    >>  Voir aussi sur Parisperdu: "La vie sous le périf".

     




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    Il y a encore peu, les peintres qui posaient leur chevalet sur la place du Tertre créaient des toiles "typiques" de Montmartre et ils en détenaient le monopole de la vente.

    Mais l'ampleur du marché potentiel a attisé la concurrence car, plus de 10 millions de personnes visitent Montmartre chaque année et beaucoup d'entre elles y achètent des peintures en guise de souvenirs,  ...
    Aussi  aujourd'hui, les peintres officiels de la place du Tertre se sentent menacés par les boutiques de souvenirs de Montmartre qui vendent des peintures importées d'Asie et d'Europe de l'Est, des peintures à bas prix, de bien piètre qualité et produites à la chaîne ... Ces toiles portent des signatures "bidon" comme Georges, Claude, Paul, ... pour faire couleur locale et être vendues comme authentiquement Montmartroises.

    Ces tableaux n'ont pas d'âme, mais leur coût est dérisoire comparé aux prix pratiqués sur la Place du Tertre. Certaines de ces toiles importées sont mêmes constituées d'un dessin imprimé sur lequel les vendeurs passent quelques coups de peinture pour donner une touche d'authenticité. Ce n'est pas de l'art, c'est ... au mieux ... pour ne pas dire au pire ... de la décoration. C'est sûr, à ces prix-là, on ne peut pas en attendre plus !

    Les peintres de l'historique carré des artistes, parlent de concurrence déloyale de la part de ces toiles de Paris "made in China"
    et pour moraliser le marché, l'association Paris-Montmartre réclame, en vain, aux élus parisiens une "traçabilité" des tableaux.

    "On pourrait écrire Made in... au dos des toiles. Au moins les clients sauraient ce qu'ils achètent" entend-t-on sur
    la Place. Une appellation d'origine contrôlée ? L'idée fait sourire. Car ce qui compte, c'est la beauté du tableau, pas la nationalité de son auteur.
    Après tout Picasso était espagnol, non ?


    >> L'association Paris-Montmartre

    >> Le collectif des Artistes Montmartrois

    >> Voir aussi sur Parisperdu : "Léon, gribouilleur place du Tertre". 

     

     

     

     

     


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