• Entre Ourcq et Crimée.

    9 rue de l'Ourcq, côté cour … Paris 19ème (1999)

    On se désole de la dégradation de ce quartier populaire autrefois peuplé de retraités et de familles modestes. Mais surtout, au pied de ces petits immeubles sans charme, on constate qu'ici, la politique de la ville n'a pas donné les résultats escomptés.

    De manière très hypocrite tout le monde a dit, à partir de 2003, que la rénovation urbaine c’était génial, qu’on tenait là enfin un grand programme qui produirait des effets massifs sur le devenir des gens. En fait, on s’est occupé des murs, par la méthode quasi-généralisée de la destruction/reconstruction, mais on ne s'est pas occupé des gens.

    Auparavant, les gens de ces quartiers vivaient dans un habitat quasi-insalubre mais ça se passait très bien, maintenant l'habitat a été amélioré et tout va mal ! Je reconnais que c’est un peu simpliste, mais c’est un fait. On a investi massivement sur la forme urbaine…mais parallèlement le fond, c'est-à-dire la condition socio-économique des gens s'est beaucoup dégradée.

    Entre Ourcq et Crimée, les habitants sont désormais surtout des pauvres, des chômeurs, des jeunes à la dérive, des immigrés pas toujours en situation régulière … tous sont plus ou moins confrontés à la stigmatisation, à l’exclusion, à la discrimination, bref au rejet de notre société.

    Ce ne sont pas seulement les murs qu'il aurait fallu rénover mais c'est aussi les trajectoires de vie de leurs habitants qu'il fallait améliorer. Mais pour cela, le politique n'a pas de réponse …



    >> Au 9 rue de l'Ourcq, le coiffeur peigne la girafe !

     


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  • Villa Emile Loubet_Paris 19ème.

    Il ne faut pas se fier aux apparences. Certes, les 19ème et 20ème arrondissements ont largement souffert de l'appétit des promoteurs dans les années 1970/80. Mais heureusement, une fois que l'on a franchi les barres de béton de la place des Fêtes, monte du fond de la ville une vague généreuse de villas des temps anciens, petits chefs-d'œuvre d'architecture éclectique.

    Paris a su en effet préserver, en cet endroit, un habitat que couronne un environnement de rues étroites, de placettes calmes et d'impasses noyées dans la verdure.

    Ce sont les quartiers de la Mouzaïa, de la Campagne à Paris, du Hameau du Danube et aussi de quelques autres secteurs qui ont toujours fait de la résistance, repliés sur leurs bastions de villas et de maisonnettes où désormais se fondent néo-bobos et parigots de tout temps.

    Et, sur la place circulaire du "Rhin et Danube", occupant l'endroit stratégique d'un ancien octroi, se trouve le bien nommé "Café Parisien" où se donnent rendez-vous à toutes heures du jour, jeunes et anciens du quartier.
    Ainsi va la vie dans ce coin du 19ème. Ce quartier bossu à l'urbanisme imparfait et aux rues étroites possède donc des habitants qui tiennent fermement la barre face aux bouleversements de leur patrimoine immobilier.
    On les retrouve dans les ruelles, à l'abri du flot des automobiles, sûrs d'être ailleurs, … dans une autre époque.
    Décidemment, il ne faut pas se fier aux apparences …


    >> Voir aussi : "Chère Mouzaïa".

    >> Voir aussi : "La Mouzaïa : encore un village".

    >> Voir aussi : "Pour un urbanisme retardataire".

    >> Voir aussi : "On comprend que j'adore cette petite cacophonie, et je voudrais dire pourquoi".

     


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  • 177 avenue de Flandre Paris 19ème (juin 1997)

    Le 177 de l'avenue de Flandre n'est pas une adresse banale. A ce numéro, on trouve un portail accolé au viaduc de La Villette sur lequel s'allonge la Petite Ceinture. Passé le portail, on débouche sur une allée plutôt campagnarde. Et là, chaque arche du viaduc est occupée par de singuliers locataires … On ne peut pas vraiment parler de bureaux même si la majorité des alcôves abritent des petites entreprises qui ont élu domicile dans ce lieu improbable.

    L'arche N° 6 du viaduc abrite la "World Lines Transport & Services", une raison sociale que l'on s'attendrait plutôt trouver à New-York, sur la South Street Seaport au 69ème étage de la 180 Maiden Lane Tower ou bien encore à Hong-Kong au 74 ème étage du HarbourSide sur Austin Road …. mais en aucun cas au fond d'une impasse crasseuse du 19ème arrondissement de Paris !

    Pour donner le change, la "World Lines Transport & Services", a placé, bien en vue sur l'avenue de Flandre un panneau qui pourrait rassurer l'éventuel client égaré dans le secteur.
    Sur ce panneau, on peut lire:

    "Afrique Antilles Asie Océan Indien Amérique Exotique"

    "Fret Aérien Maritime"

    "Transit Douanes"

    Voilà qui ferait sérieux si le dessin au centre du panneau, ne venait pas tout gâcher. Jugez plutôt, on y découvre un homme en slip neutralisant du pied un boa (à moins que ce ne soit un python ?). Et de surcroît, ce sauvage n'a pas de tête, car sur son cou se dresse une ramification de 5 branches (les 5 continents peut-être ?). Et pour ajouter au baroque, on a figuré à côté de lui, un outil à l'allure plutôt martiale …

    Aujourd'hui, tout ce folklore a disparu, et il n'y a plus rien au 177 avenue de Flandre, sauf … une Sanisette et une Station Vélib.

    On n'ira pas bien loin avec ces "engins" alors qu'ici la "World Lines" vous offrait le monde entier !

     

    >> Le 177 avenue de Flandre, aujourd'hui ...

    >> De l'autre côté du viaduc de La Villette … là aussi ce n'est pas banal !

     



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  • 1 rue de Thionville Paris 19ème (juin 1997) 

    Paris, 1997, loin des constructions nouvelles, c'est un morceau du Paris ancien que l'on découvre ici. Intact.
    Mais pour combien de temps encore ?

    Car il faut bien dire que les quartiers populaires de Paris sont l’objet de toutes les convoitises, celles des promoteurs immobiliers bien sûr, mais aussi celles de projets publics d’urbanisme et enfin celles de démarches individuelles visant à satisfaire l'accès à la propriété de la classe "moyenne-sup", que d'aucuns nommeront "bobos".
    C'est donc au nom de la “mixité sociale” que les pauvres sont virés des quartiers populaires.

    Cette gentrification est-elle un projet politique ou un processus social naturel et inéluctable ?
    Sommes-nous nous-mêmes les acteurs de cette gentrification ?

    A Paris, depuis une vingtaine d'années, l’espace urbain est profondément remodelé. Ces transformations sont dictées par des aspects sécuritaires (fermetures d'impasses dans le 19ème), par la "dysneylandisation" de certains secteurs (Cour Saint Emilion dans le 12ème), par le "bétonnage" et la "goudronnification" de zones entières (Avenue de France, toujours dans le 12ème).

    Il serait temps de commencer à réfléchir comment le citadin ordinaire peut se réapproprier l’espace urbain ?


    >> Toujours le 1 rue de Thionville, mais en juin 2012

    >> Déjà sur Parisperdu : " Quelque part quelqu'un".



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  • Forêt Linéaire/crédit photo: © Cité de l'architecture et du patrimoine

    Pour l’instant, l’endroit est tout sauf bucolique : il y a le périph, et à son flanc, une étroite parcelle coincée contre le boulevard des Maréchaux. Pourtant c'est là, dans le 19e, entre les portes de la Villette et d’Aubervilliers, que la Ville de Paris va planter une nouvelle forêt urbaine, la Forêt Linéaire, par "linéaire", entendez « plus longue que large ».
    Le chantier est en cours et les premiers promeneurs pourront fouler le terrain aménagé début 2014.
    Mais pour la promenade en forêt, il faudra attendre … 2030 !

    Dans le détail, ces 11.500 m2 de verdure auront trois visages : côté porte d'Aubervilliers, une prairie arborée avec de jeunes plants de chênes. Au milieu, une futaie dense et humide. Et côté porte de la Villette, un taillis, la partie la plus boisée, allant jusqu'au canal Saint-Denis.
    Au total, 3.040 arbres seront plantés car il en faut au minimum un tel nombre pour que la forêt puisse cacher le mur antibruit actuellement en cours de construction le long du périphérique. Ce projet est une alternative, moins onéreuse et moins lourde en travaux, à la couverture du périphérique, méthode employée par exemple à la Porte des Lilas, à l’autre bout de l’arrondissement.

    Mais, malgré le mur antibruit, on peut douter que le vacarme incessant des voitures, qui circuleront juste à côté de la forêt, ne nuise pas aux promeneurs.

    L'on peut aussi se demander si le nouvel aménagement mettra fin aux occupations marginales d'un quartier sans cesse en chantier, et qui a toujours été considéré comme un "no man's land" ?
    La réponse est en partie "oui", car déjà le plus grand camp parisien de Roms qui se trouvait ici,  sur la ZAC Claude-Bernard a été évacué manu militari. Mais l’implantation d’un espace arboré dans ce quartier nord de Paris ne va-t-elle pas favoriser les trafics et la prostitution, des activités déjà bien installées dans le quartier ?

    Les forêts ne se font pas en trois jours, les bois de Boulogne et de Vincennes ont, eux, prospéré sur d'anciennes forêts remontant au Moyen Age pour le premier et à l'Antiquité pour le second. Aussi, avant de tutoyer les cimes, les Parisiens devront supporter les travaux de mise en place : la largeur de l'ensemble des voies du périphérique sera en effet réduite afin de permettre la construction du mur antibruit.

    Et, une fois la forêt "construite", on ne pourra pas dire comme Robert Redford : "Et au milieu coule une rivière". Car au milieu de la Forêt Linéaire, c'est bel et bien l'infernal périph qui continuera à écouler son flot incessant de voitures …


    >> Paris plante sa première forêt (source: Paris.fr)

     


     


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