Parisperdu aurait pu s'appeler ParisVolé car si souvent "ce certain regard" sur l'Est de Paris s'est définitivement évanoui, c'est qu'il a été dérobé par les "avancées de la modernité".
Arpenter la ville à la recherche d'espaces promis à la démolition ou de personnes dont le destin va en être bouleversé : ce n'est pas pour regretter le passé. C'est pour montrer, nous montrer, nous rappeler, que la ville n'est pas une entité figée.
La ville vit ... et comme tout être vivant, elle fait parfois des erreurs.
Ainsi va la ville, ainsi va la vie ...
"Ce qui nous incite à revenir en arrière est aussi humain et nécessaire que ce qui nous pousse à aller de l'avant."
Pier Paolo Pasolini
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Pourquoi toutes ces démolitions dans les quartiers de l'Est et du Nord de la capitale ?
Quelle en est la véritable signification ?
Pour certains, démolir est sûrement le moyen le plus rapide pour transformer et surtout pour rentabiliser un site. Pour d'autres il n'est pas acceptable de démolir un patrimoine encore utile dans un contexte de crise profonde du logement. Pour d'autres encore, il n'y a pas de possibilité d'évolution sociale positive sans "projet urbain" ambitieux.
Mais quelque soit le point de vue adopté face aux démolitions, leurs conséquences sur la vie des habitants sont souvent traumatisantes et ce, d'autant plus que l'opération sera faite "à la hussarde".
Ainsi, dans ce quartier de Ménilmontant (20ème), la projection à long terme de la cohérence des opérations de démolition n'a pas été suffisamment étudiée ... et surtout, l'on ne s'est pas donné les moyens pour que les partenaires - élus et habitants - se retrouvent pour s'approprier les transformations urbaines réalisées - trop souvent - sans aucune concertation.
A méditer pour les opérations futures ...
>> Voir aussi dans Parisperdu: Démolition des murs ... démolition des vies ... (3/4)
Publié par barreteau à 10:45:01 dans 75020 | Commentaires (4) | Permaliens
En haut de la rue Piat, face à l'une des plus belles vue sur la capitale, les petits commerces ont fermé, les artisants ne sont plus là, tout cela n'existe plus ...
Mais il reste ce portrait étonnant d'un monde disparu, d'un bonheur vécu comme en sursis ...
Rien de ce qui est singulier ne devrait disparaître ...
>> Voir aussi : "Je me souviens du 20e arrondissement" par Clément LÉPIDIS.
Publié par barreteau à 08:54:53 dans 75020 | Commentaires (4) | Permaliens
Belleville a toujours été un quartier multi ethnique et aussi, jusque dans les années 70, un quartier ouvrier ... avec ses usines et ses ateliers.
Certes, les bobos inscrivent leurs enfants dans la maternelle du coin classée en zone d'éducation prioritaire, mais à partir du collège, ils usent et abusent des dérogations pour échapper à la mixité sociale qu'ils défendent pourtant avec ardeur dans leur discours.
Mais pourquoi donc les bobos cherchent-ils à vivre dans ces quartiers populaires de l'Est parisien ?
Tous vous le diront : "c'est parce que c'est cool, parce qu'on peut y rencontrer les vrais gens, vivre parmi eux, et ainsi se sentir peuple et avoir du plaisir". Car, c'est bien connu, le peuple a la vie comme plaisir ... il n'a même que cela ... puisqu'il n'a pas la richesse ... Et cette "vraie" vie dans la ville, les bobos viennent la chercher ici ... puisqu'ils ne la trouvent pas dans les beaux quartiers.
Les bobos aimeraient donc le peuple mais cet amour étouffe le peuple, le tue ... Les gens de Belleville qui étaient propriétaires de leur petit appartement, devant la monté vertigineuse des prix, le vendent en se disant : "Je vais avoir plus grand ailleurs ...", mais ailleurs, ce n'est souvent plus dans la ville ... mais dans ces banlieues ... dont les bobos ont horreur.
On assiste alors à l'embourgeoisement ou "gentrification" du quartier. La "gentrification", c'est la captation de la ville par ceux qui peuvent se l'offrir ... et c'est vraisemblablement l'avenir des grandes métropoles européennes. Paris va-t-il finir comme Londres : une ville où le prix moyen du M2 est supérieur à 10 000 Euros, avec des caméras partout pour débusquer le moindre délit et ... un péage urbain pour les voitures ... ?
Oui, la ville est bien la valeur suprême ... et Paris devient "intouchable" !
Ainsi se fait et se défait la ville ... elle chasse les plus pauvres et dorlote les riches.
>> Les bobos vus et chantés par Renaud :
Publié par barreteau à 14:22:28 dans 75020 | Commentaires (4) | Permaliens
Démolir, c'est changer l'image de la ville ... Mais dans les quartiers de l'est parisien, c'est aussi en transformer toute la silhouette ... avec la disparition de ces petits immeubles modestes qui dessinaient un paysage urbain si paisible.
Mais démolir, c'est surtout changer l'environnement quotidien des habitants qui restent, et ainsi porter atteinte à la représentation qu'ils se font d'eux-mêmes et de leurs proches, à travers ce qui était leur habitat.
Enfin démolir, c'est effacer les traces de leur enfance, de leurs souvenirs ... Et tout cela n'est pas rien.
A suivre ...
>> Voir aussi dans Parisperdu: Démolition des murs ... démolition des vies ... (2/4)
Publié par barreteau à 09:54:04 dans 75020 | Commentaires (2) | Permaliens
Depuis 15 ans, Denise passe ses journées ici, à l'Atelier de petite maroquinerie Fréjac, dans le 20ème. L'atelier est plein des couleurs et des odeurs des peausseries les plus exotiques : crocodile, lézard, python, autruche, buffle, et même ... éléphant, ou kangourou.
Pour réaliser un portefeuille, Denise va mettre environ une heure. Elle en assurera toutes les étapes : de la coupe au parage des bords, du collage à l'assemblage et la couture finale. A part cette dernière étape pour laquelle elle va s'asseoir devant la robuste PFAFF, Denise est constamment debout devant sa table de travail.
Elle ne se plaint pas, mais elle souhaiterait que ce métier - qu'elle exerce avec tant de talents - ait enfin une place reconnue parmi les métiers d'art, car aujourd'hui son travail est souvent galvaudé et assimilé à l'idée plutôt désuète que l'on se fait de l'artisanat.
Toutefois, pour son patron, Denise est une excellente professionnelle. Dotée d'un fin toucher, elle peut reconnaitre d'un geste rapide les diverses textures et ... sa grande dextérité lui permet d'assembler avec précision les cuirs découpés.
Mais les commandes se raréfient et Denise est inquiète pour son travail et pour son avenir. Elle regrette les nombreuses importations asiatiques bon marché et dont la qualité est à des années-lumière de celle qu'elle réalise.
Et par-dessus tout, elle craint que son patron délocalise l'atelier en Chine, au Vietnam ou ... ailleurs...
L'horizon de la fabrique de petite maroquinerie du 20ème ... est plutôt sombre.
>> L'atelier Fréjac en 1997.
Publié par barreteau à 08:49:09 dans Portraits Incertains | Commentaires (5) | Permaliens
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