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Publié par barreteau à 16:48:17 dans 75019 | Commentaires (1) | Permaliens
Bar de la rue des Cascades, 1994
"J'aimerais qu'il existe des lieux stables, immobiles, intangibles, intouchés et presque intouchables, immuables...". C'est Georges Perec qui parle.
"Mais mes espaces sont fragiles : le temps va les user, va les détruire : rien ne ressemblera plus à ce qui était, mes souvenirs me trahiront, l'oubli s'infiltrera dans ma mémoire...", poursuit-il.
Publié par barreteau à 09:45:23 dans Hommes et Métiers | Commentaires (2) | Permaliens
Ce soir, je suis à nouveau à Belleville. En face de moi s'étalent des immeubles carrelés de blanc, typiques des constructions de l'OPAC dans les années 90. Du logement social sans âme, sans caractère, vite fait ... mal fait. Juste histoire de faire propre, de "planquer la misère" qui, sinon, traîne dans la rue. Rien qui n'accroche l'œil en tout cas.
Il y a seulement quelques années s'affichait ici un Belleville crade, pauvre, avec des rues bordées de terrains vagues. A cette époque, il y avait aussi des bars kabyles, des restes de campagne à Paris, d'anciens entrepôts abandonnés, des usines même...
C'est sans doute pourquoi, ce soir, je n'ai même pas reconnu la rue de Pali-Kao. Elle avait été refaite à neuf, assainie, curetée, vidée de son histoire. On en avait même changé son tracé, comme si on avait voulu effacer la mémoire d'un quartier. Et pourtant, il s'en était passé des choses dans cette rue quelque vingt années auparavant ... Elle avait été, avec d'autres rues du quartier, le théâtre des opérations d'une belle bande d'agités, le lieu de naissance de l'une des dernières aventures musicales et contestataires du siècle.
Alors oui, ce soir, je suis choqué par l'idée qu'on puisse ainsi du passé faire "table rase". Et maintenant, je dois finalement passer cette impression par "pertes et profits".
Je dois, moi aussi, oublier la rue de Pali-Kao.
>> Pali-Kao ou Baliqiao ? De toute façon, c'est du chinois ...
>> La rue de Pali-Kao déja dans Parisperdu.
Publié par barreteau à 09:32:41 dans 75020 | Commentaires (2) | Permaliens
Villa Hardy - Paris 20ème.
Menaces, intrusions, jets de pierres... à Belleville, un malaise profond s'établi entre nouveaux arrivés et anciens habitants.
Dans le haut-Belleville, maisonnettes et petites épiceries ne sont pas rares, il y a aussi des ateliers d'artistes et un restaurant-musette qui figure dans les guides japonais ... ici, c'est encore le vieux Paris.
Depuis quelques années, les bobos arrivent en masse, vers les sources foncières de l'Est de la capitale où l'immobilier est encore (un peu) moins cher. Ils chassent ainsi, un peu plus chaque jour, ouvriers, petits employés, vieux et jeunes sans le sou et autres artistes ... vers la première, la seconde, la troisième couronne... et la substitution des populations s'opère à un rythme soutenu.
Mais ici, il y a aussi une cité en béton, une grande, une vraie de 650 logements, dénommée "Piat-Faucheur-Envierges", enfermée derrière des grilles, dans un labyrinthe de rues tortueuses, à l'abri du regard.
Alors, c'est chacun sur sa planète, avec sa bonne foi, ses dogmes et ses langues... Au conseil de quartier, beaucoup regrettent que les bobos n'aient pas fait un «petit effort» pour s'adapter aux «réalités» du cru.
S'adapter ou ne pas s'adapter, c'est la question qui tue. Qu'on le déplore ou non, les jeunes du haut Belleville n'ont pas le même décodeur mental que les nouveaux arrivants.
La pression foncière est une réalité qui s'impose ici avec brutalité. Rue des Envierges, la «mauvaise réputation» n'empêche pas les prix d'atteindre 6 à 7 000 euros le mètre carré ! Résultat : un titi du quartier ne peut pas se loger sur place, sauf à rester habiter à perpétuité chez ses parents, dans le HLM familial.
Reste que le conflit de classes n'explique pas tout. Lorsqu'en été des bandes de gamins - hauts comme trois pommes - caillassent les promeneurs du parc de Belleville, la rancœur sociale cède la place à une hostilité beaucoup plus primaire.
C'est bien plus qu'une confrontation "bobos-prolos" qui se joue. Ce sont deux mondes qui se superposent sur le même espace avec des règles parfaitement antagoniques. L'univers de la ville, où l'anonymat garantit la liberté de chacun, côtoie le monde de la cité, avec son omerta, son système d'entraides entre "frères", et où tout le monde se connaît. Pour avoir la paix ici, il faut connaître tout les gens du quartier, ... même ceux qui sont morts ou ... qui sont en prison !
Gare en revanche aux nouveaux venus, surtout quand ils se confrontent frontalement aux valeurs du quartier. Ainsi, des patrons de bars branchés sont arrivés la fleur au fusil ! Savent-ils vraiment où ils sont ... ? "On n'a pas pensé qu'on pouvait avoir des ennuis." avouent-ils.
Alors, rupture ?
Pas forcément. Des passerelles et des échappatoires existent. Parler de relégation sociale n'a pas grand sens quand on est à cinq minutes du métro et au cœur d'un marché de l'emploi gigantesque. Vivre à Belleville n'est pas une punition. Et tous les enfants de la cité, loin s'en faut, ne sont pas dans la conflictualité. Certains tirent même partie des évolutions en cours. De jeunes patrons de bars kabyles ont su ainsi métamorphoser les vieux tripots communautaires de leurs pères pour les adapter au goût des branchés. De l'autre côté, tous les bobos ne vivent pas nécessairement en parias et certains sont très ouverts sur les diverses communautés de Belleville.
La persistance du malaise n'est donc pas si sûre ...
>> Voir aussi : Malaise à Belleville (1/2)
Publié par barreteau à 09:55:41 dans 75020 | Commentaires (2) | Permaliens
Publié par barreteau à 10:55:38 dans Hommes et Métiers | Commentaires (2) | Permaliens



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