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5 et 7 rue Clavel Paris 20ème
"Belleville de l'an 2000 sera celui des tours, des résidences et des grands ensembles. Un Belleville de béton qui pousse déjà comme de la mauvaise herbe. Très vite. Chaque jour des promoteurs mal intentionnés assassinent un peu plus le quartier de mon enfance où il faisait bon vivre.
Oui, par la grâce des technocrates de l'urbanisation à outrance, la démolition de Belleville est en route. Gagné par la gangrène du ciment armé, Belleville n'a pas fini de payer son tribut à la rage des hommes, toute une population de petites gens se retrouvant la proie de la répression économique d'un pouvoir sans âme. C'est inhumain. Je m'insurge. Je dénonce et j'accuse les destructeurs de mon quartier.
Je veux mes vieux pavés usés, patinés, roux et brillants au soleil d'été. Je veux mes amis, vieux copains du bitume qui n'étaient pas cultivés comme aujourd'hui chacun le prétend, mais ... généreux et le cœur intelligent.
Et si Belleville coule ainsi dans mes veines c'est qu'il est le Paris que j'aime; oui, comme une femme. Je l'ai dit cent fois et le rabâche : Paris, je t'ai dans la peau.
Paris d'avant bien-sûr, pas le Paris de maintenant que des décisions scélérates du plus haut niveau ont enlaidi." © Clément Lépidis. "Belleville au cœur", éditions Vermet (1997)
>> Clément Lépidis, l'enfant de Belleville devenu écrivain.
>> "Je me souviens du 20ème arrondissement" par Clément Lépidis.
>> Voir aussi sur Parisperdu: Portrait d'un monde disparu ...
Publié par barreteau à 09:43:43 dans 75020 | Commentaires (3) | Permaliens
Jusqu'à un passé encore récent, se dressait fièrement, rue de l'Atlas, une forteresse en briques rouge. Dans cette petite rue en pente régnaient alors les "Etablissements Odoul", une entreprise spécialisée dans les déménagements et le "garde-meubles". Une maison centenaire, une vraie curiosité qu'il fallait pouvoir observer en semaine lorsque le portail était ouvert.
A l'époque de leur construction, ces bâtiments faisaient figure d'avant-garde architecturale car les entrepôts étaient constitués d'éléments modulaires en béton vibré, une technique alors récemment mise au point par l'ingénieur Freyssinet. En outre, les bâtiments utilitaires - à base de briques, de béton et de fer - incorporaient d'inédits monte-charges qui rendaient l'ensemble très fonctionnel.
En 2004, la famille Odoul passe la main au leader de la profession DEMECO et cherche à valoriser au mieux ce fabuleux patrimoine immobilier ancré dans ce petit coin du 19ème arrondissement.
Le promoteur immobilier Paris-Ouest rachète l'ensemble à la famille Odoul, et monte un projet visant à transformer la "forteresse rouge" en un immeuble d'habitation de standing, sur un concept à la mode : le loft. Le programme, qui sera dénommé LOFT 19, comportera donc 30 lofts et 2 locaux d'activités.
Dans le quartier, les habitants ont toujours cru que les bâtiments Odoul étaient inscrits à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques et qu'ainsi le promoteur n'aurait pas les coudées franches. Mais, fin 2005, les bâtiments tombent un à un, faisant douter qu'ils aient été quelque peu protégés ou classés. Renseignements pris, les habitants du quartier découvriront que les bâtiments ne sont pas classés ... seules quelques façades le sont.
L'intervention de la Mairie d'arrondissement et du conseil de quartier va permettre de préserver l'essentiel : le grand immeuble en briques rouges de l'Architecte Lodz.
Les travaux de l'ambitieux programme Loft 19 dureront deux ans et génèreront beaucoup de nuisances pour les riverains ... à telle enseigne qu'une maisonnette classée s'effondrera durant le chantier. Elle sera gommée du paysage...
Aujourd'hui, les acquéreurs de ces splendides lofts sont bels et bien installés. Les plus jolis lofts de 100m² et plus, situés dans les étages supérieurs, ont trouvé preneurs pour un million d'euros. C'est dire combien cette réalisation participe à "l'embourgeoisement" général de Belleville, dont seuls les immeubles sociaux de la rue Rébeval semblent maintenant pouvoir garantir à terme le maintien de la mixité sociale de ce secteur.
Alors Odoul : heureux Lofts ? Peut-être, à moins que ce ne soit "Oh douloureux lofts" !
>> Les établissements Odoul sur BellevilleBlog.
>> Les bâtiments de la "maison ODOUL" avant leur démolition. (© "Le blog de Xavier)
Publié par barreteau à 10:03:25 dans 75019 | Commentaires (2) | Permaliens



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