• Faut-il idéaliser le passé… ? (3/3)

    Faut-il idéaliser le passé… ? (3/3) 

    Bidonville de Nanterre (1960) Photo © Jean Pottier 

     

    On regrette souvent un "paradis perdu" que l'on idéalise à force de ne plus l'avoir, de ne plus pouvoir le voir. Et l'on se dit "Oui vraiment c'était mieux avant". Encore faudrait-il clairement définir quand commence cet "avant". L'époque de nos grand-mères ? Mais déjà à cette époque, on regrettait l'avant ! Alors... encore avant ? Nous voyons bien alors que cela est absurde. Dire ''c'était mieux avant'' me semble vague, inconséquent, et être le résultat d'une nostalgie nuisible. Il faut savoir saisir pleinement le présent et ses opportunités, et en particulier les opportunités pour réintroduire des valeurs disparues mais qui toujours restent en puissance dans le présent lui-même. Il y a un devoir - non pas naïf, mais vital - d'embrasser le présent, sans pour autant rejeter l'héritage du passé et de l'Histoire. Si le passé est utile, ce n'est pas comme idéal d'un ancien état de fait supérieur, mais comme inspiration vers un mieux-être dans un effort continu, effort qui n'était pas plus facile avant nous que dans le monde d'aujourd'hui. Les défis et les carences du temps présent ne font pas la gloire d'un temps passé qui était tout aussi imparfait et tout aussi en quête d'autres horizons que le nôtre. 

    Idéaliser le passé est une erreur car cela nous empêche d'accéder à sa richesse et à ses leçons. Au final, cela peut même parasiter notre relation au présent ...

    "C'était mieux avant" : cette phrase fait partie aussi des choses pré-écrites qu'on aime bien ressortir en fin d'une conversation comme la conclusion à tous nos maux. Mais non ce n'était pas mieux avant, seulement on se rassure avec ce genre d'idée, mais à chaque époque suffit sa peine.

    Aujourd'hui on a le chômage,  la crise,  l'euro, la dette, Internet... mais hier ?

    La seule différence, la vraie différence, je l'admets bien volontiers, c'est qu'hier on rêvait encore.

    Alors, "mieux avant" ? Non, je ne le pense pas, mais l'être humain a la mémoire sélective et c'est le vieillissement qui fait regretter un "paradis perdu". Nous avons souvent le regret d'une période qui nous paraît maintenant heureuse et bonne, parce que nous étions protégés, ou aimés, ou insouciants, et peut-être aussi... jeunes.

    Chaque chose allait alors de soi. Quand on est enfant, on ne peut pas regretter ce que l'on n'a pas connu, on ne fait qu'en rêver. Quand on est adulte, on est dans l'action, on se crée un présent, en se souhaitant un meilleur futur. Ce n'est que le vieillissement, et l'amertume qui l'accompagne parfois, qui font regretter un "paradis perdu" - mais celui-ci a-t-il vraiment existé ? Ne regrette-t-on pas tout simplement le temps où l'on ne se posait pas cette question?  Donc, je la pose autrement, "mieux avant, mais avant quoi ?"

     Non, décidément ce n'était pas mieux avant !


    >> Nostalgie …

    >> Un passé idyllique ?

    >> Faut-il idéaliser le passé… ? (2/3)

     

     

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  • Commentaires

    7
    Bastoche
    Mardi 8 Mars 2016 à 19:46

    58 piges cette année...et bien si , c'était mieux avant...L'humain etait au centre de toute chose, la liberté...la vraie , pas celle qu'on vous vend aux infos, existait ... L'homme n'était pas tributaire de la technologie...oui , définitivement c'était mieux avant...tout le monde vivait en harmonie...Un parisien...né à La Bastille...

    6
    Hypolita
    Lundi 25 Mai 2015 à 16:21

    Bien sur que non il ne fait pas l'idéaliser et la mémoire reconstruit le passé, il existe des ouvrages savant à ce sujet et je dirais heureusement qu'elle le fait sinon la vie serait invivable. Cependant, pour ma part un passage d'un autre édito m'a fait me questionner sir une hypothèse, voici ce passage : "Au début du siècle précédent, on avait du mal à concevoir quelque chose de laid, il fallait que tout soit orné, travaillé, il suffit de voir la qualité qu'avaient les gares de l'époque ....". Et si c'était le beau qui nous manquait ? 

    5
    Simon Le Mage
    Vendredi 1er Mai 2015 à 12:02

     Et maintenant, il y a les jolies cases "à esclaves, les tours de La Défense.
    Un exploité chasse l'autre.

    4
    Luc Saint
    Vendredi 1er Mai 2015 à 12:01

    Juste un texte - quelquefois juste - qui part d'un constat faux. Personne n'idéalise le pire du passé ; Là c'est le bidonville de Nanterre où vivaient SDF et immigrés (qui venaient bosser). Une situation provisoire.

    3
    Joëlle Gourronc
    Vendredi 1er Mai 2015 à 12:00

    Magnifique texte Pierre et complètement vrai, en plus de notre jeunesse, on peut regretter aussi les êtres chers perdus trop vite. Mais je ne pense pas qu'on voudrait revenir au temps des lavoirs. Je regrette cependant le gaspillage dans la vie actuelle, tous ces appareils faits pour durer "un certain temps", pas plus. On doit tout changer très vite, même quand ça fonctionne encore, parce que pour les télés, par exemple, on ne reçoit plus toutes les chaines et j'en passe, ce serait trop long. Mais oui, je déplore le gaspillage et cette société de consommation. Dans ma famille, quand nous étions petits, nous récupérions les vêtements des frères, sœurs, cousins, cousines, aujourd'hui, on achète, on achète sans fin... Alors la nostalgie, on l'aura toujours un peu... Belle journée et merci pour ces partages qui font réfléchir.

    2
    Simon Le Mage
    Vendredi 1er Mai 2015 à 11:56
    Un peu diktat, cette analyse.
    Un peu "définitive".
    Néanmoins, j'adhère
    1
    Sarah Kuster
    Vendredi 1er Mai 2015 à 11:56
     
    •  J'aime beaucoup cette analyse.
       
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