• Willy Ronis ou la preuve par 9 : Paris (6_10)

    Les amoureux de la Bastille, Paris, 1957.

    © Willy Ronis_Médiathèque de l'architecture et du patrimoine,

     

    Pour Willy Ronis, Paris est un lieu exceptionnel qu'il ne cessera, sa vie durant, d'observer avec un regard poétique et tendre, parfois teinté de mélancolie ou de nostalgie. Sur les traces de Balzac, de Prévert et d'Atget, il va collecter une succession de petits miracles que seul un regard attentif et disponible en permanence lui a permis de rapporter dans les mailles de son filet.
    A partir de 1937, armé d'un Rolleiflex 6x6, il sillonne la capitale, capte au jour le jour les multiples aspects de la rue, ainsi que les mouvements sociaux qui déjà se succèdent. Et après l'interruption due à l'Occupation, l'activité de Willy Ronis à Paris va repartir de plus belle. Il couvre le retour des prisonniers à la Gare de l'Est, les fêtes de la fin du conflit et toujours les paysages, les décors de la ville et son animation.

    1947, c'est le début de sa découverte et de son exploration des quartiers de Belleville et de Ménilmontant qui vont le marquer définitivement et dont il tirera un ouvrage admirable.

    Dans le même temps, Ronis multiplie les reportages à Paris et dans sa banlieue, photographiant les scènes pittoresques, les passants affairés, les amoureux, les quais de Seine, les bords de Marne, les Halles ou le Quartier latin et la vitalité retrouvée de sa jeunesse. Ces Photographies, à la fois si complémentaires et si différentes les unes des autres, dans le fond comme dans la forme, témoignent toutes d'un regard empli de tendresse, mais sans complaisance ni emphase. Ces images sensibles et aujourd'hui quasi intemporelles interrogent avec force la condition humaine.

    Merci Monsieur Ronis ...

     


    votre commentaire
  • Willy Ronis ou la preuve par 9 : Le monde ouvrier (5_10)

     

    Le mineur silicosé © Willy Ronis-1951

     

    Au milieu des années 30, avec la montée du Front populaire, les mêmes idéaux rapprochent Ronis de Robert Capa et de David Seymour, photographes déjà célèbres.
    En 1938, il immortalise Rose Zehner, déléguée syndicale aux usines Citroën du quai de Javel haranguant ses collègues ouvrières lors des grèves de 1938 chez Citroën.
    En juillet 1940, Willy Ronis est catégorisé comme juif. Il part vivre dans le sud de la France. Il a mis la photographie de côté et exerce divers métiers : décorateur de studio, régisseur de théâtre …
    En 1946, il entre à l’Agence Rapho et rejoint les grands noms de la photographie de l'époque que sont les Brassaï, Doisneau, Ergy Landau. En 1945, il fait un reportage sur le retour des prisonniers. Il collabore alors aux revues Point de vue, Regards, L'Écran français, Le Monde illustré, Time ou Life. Il sera d'ailleurs le premier photographe français à travailler pour Life.

    Dans les années 50, Willy Ronis milite, au sein du Groupe des XV, pour que la photographie soit reconnue comme discipline artistique. À la fin des années 50, il exerce des activités d'enseignement auprès de l'EDHEC, de l'école d'Estienne et à Vaugirard.
    Sa période à l'agence Rapho sera contrariée par sa volonté d'indépendance : il refuse plusieurs contrats qui ne lui conviennent pas et quitte l'agence en 1955.

    On a alors pu dire que Willy Ronis, avec Robert Doisneau et Édouard Boubat, est l’un des photographes majeurs de cette école française de l’après-guerre qui a su concilier avec talent les valeurs humanistes et les exigences esthétiques du réalisme poétique. Il a cette particularité de traiter les sujets — y compris les sujets difficiles — avec une tendresse accompagnée d'une certaine joie de vivre. Les critiques qualifieront cette manière de photographier, de mièvre et sentimentaliste. En revanche, contrairement à Robert Doisneau, il travaille ses clichés sur l'instant : en une ou deux prises de vue, sans mise en scène, laissant une place importante au hasard.

    Il travaille beaucoup avec Life qui lui passe régulièrement commande pour ses reportages, deux clichés de cette époque donneront à Willy Ronis le respect de ses pairs mais seront aussi à l'origine de l'arrêt de sa collaboration avec le magazine américain. Il éprouve avec Life comme avec l'agence Rapho le déplaisir de voir son travail retouché afin de lui donner un autre sens que celui voulu originellement :

    • Ainsi, le portrait du mineur silicosé de 1951, devient dans les colonnes de Life « L’évangélisation du monde ouvrier est-elle possible ? ».
    • Plus tard, un cliché représentant des ouvriers en grève écoutant leur délégué syndical, verra le délégué syndical escamoté.

    Willy Ronis tentera de résister, mais Life ne lui passera plus de commande.
    En 1972, déçu, il arrête le photojournalisme et quitte Paris pour le Midi de la France : sa volonté d'exercer un droit de regard sur l'utilisation qui est faite de ses clichés lui vaut alors une traversée du désert d'une dizaine d'années.


    votre commentaire
  • Willy Ronis ou la preuve par 9 : Autoportraits (4_10)

     Autoportrait dans le Studio Roness Boulevard Voltaire _Paris, 1935_ © Willy Ronis

     

    L’autoportrait est un jeu auquel Willy Ronis s’est souvent livré et, avec des approches toujours fort différentes.
    Véritable flash-back sur un demi‑siècle d’existence, cette série de photographies nous fait passer du jeune homme plutôt sophistiqué au vieux monsieur bien intégré dans la vie.

    En effet, ses premiers autoportraits sont des images assez apprêtées, soigneusement éclairées et mise en scène. On y lit clairement l’influence du studio photo paternel.

    Puis, le photographe s’éloigne de ce passé et profite de son travail et de ses rencontres pour réaliser des images plus vivantes.
    Déjà, le célèbre autoportrait aux deux flashes, en 1951, est plus réaliste et techniquement plus élaboré. Le regard s’approfondit, témoignant d’une tendance évidente à l’introspection, tout en s’efforçant d’intégrer la réalité qui l’entoure, comme l’illustrent les autoportraits vénitiens de 1981.
    Cette démarche trouve son aboutissement dans l’image quasi surréaliste captée à Paris, rue des Couronnes, en 1985, où le photographe se fond en un double reflet de lui-même, intégré dans le jeu des miroirs d’une vitrine de magasin. Ronis signe-là un chef d'œuvre de sophistication pour ce type d'exercice de style.

    Dix ans plus tard, en 1995, Ronis souhaite nous léguer un ultime autoportrait, mais il cherche un moyen original, il y parviendra en se photographiant lui-même lors d'un saut … en parachute.
    Il avait 85 ans !

     

     

    >> Autoportrait Rue des Couronnes, Paris 20e (1985)

    >> Willy Ronis parachutiste, autoportrait pris avec un "Horizon" à balayage (1995).

    >> Petit échantillon des autoportraits de Willy Ronis. 

     

     


    votre commentaire
  • Willy Ronis ou la preuve par 9 : Les débuts (3_10)

    Paris, Le 14 juillet 1936 vu par Willy Ronis _© Willy Ronis

     

    Willy a 15 ans lorsque son père, qui possède un studio photo et qu'il exploite sous le pseudonyme de "Roness", lui offre un appareil photo. S'il commence à parcourir les rues de Paris pour s'essayer à la photographie, Willy Ronis n'a qu'un rêve : devenir compositeur de musique.

    Cependant à 20 ans, Ronis découvre la Société Française de Photographie et notamment les travaux de Brassaï, de Pierre Boucher, et de Rogi André l'épouse d'André Kertész. Ces photographes lui ouvrent les yeux sur une pratique radicalement différente de la photographie qu'exerce son père dans son studio : une pratique qui met en avant des images vivantes et non-conventionnelles.

    Mais lors de son retour du service militaire en 1932, son père, très malade, lui demande de l’aider au studio. C'est ainsi que Willy Ronis va faire lui-même les tirages de ses photos personnelles. Et s'il est peu intéressé par la photographie commercialisée par le studio familial, il reste passionné par les expositions de photographies qu'il va voir un peu partout dans Paris.

    Alors qu'en France la Gauche se mobilise, ce qui amènera l’avènement du Front populaire aux élections législatives de 1936, le jeune photographe, partisan de telles idées, suit avec entrain les manifestations ouvrières d’alors et prend ses premiers clichés marquants. Ceux-ci seront publiés, dès 1932, par la revue Regards, un média de sensibilité communiste.

    Cette année 1932 sera décisive pour lui puisqu’elle est celle de la mort de son père et aussi de la vente d’un studio qui périclitait et qu'il vivait comme un fardeau.
    Ainsi libéré, Willy Ronis allait pouvoir partir vers une nouvelle carrière …

     

    >> Willy Ronis ou la preuve par 9 : Belleville Ménilmontant (2/10)
     
     
     
     

    votre commentaire
  • Willy Ronis ou la preuve par 9 : Belleville Ménilmontant (2/10)
     

    Carrefour rue Vilin - rue Piat - Belleville - 1959 © Willy RONIS

     

    Willy Ronis et Belleville-Ménilmontant, c'est une longue histoire d'amour. Et celui qui en parle encore le mieux, c'est évidement Ronis lui-même. Alors voici en quels termes il nous raconte sa découverte puis de son attachement à Belleville et à Ménilmontant :
    "Je n’imaginais pas que Belleville prendrait dans mon travail une telle importance. C’est un peu le hasard qui m’a fait connaître le quartier. Je l’ai connu à un moment où il se présentait sous des dehors particulièrement intéressants. Fin 1947, quand j’ai commencé à m’y promener, il y avait moins de voitures dans Paris qu’en 1939. La guerre était passée par là. Il n’y avait plus d’essence, on avait réquisitionné la plupart des véhicules et l’industrie automobile redémarrait à peine. Imaginez des rues de Paris sans quasiment aucune voiture. Ça, pour un photographe, quel bonheur !
    Depuis tout petit, on m’avait dit : « Ne va pas dans ce quartier, c’est le milieu, les Apaches, les prostituées ». En plus de cela, j’avais, jeune homme, une grande fringale de monuments, de belles choses. J’allais sur les quais, les Champs-Élysées, les musées… Ce qui fait courir les touristes. Dans les quartiers populaires de Belleville, il n’y avait rien de tout ça. Je découvre donc Belleville fin 1947. Ma femme qui était peintre, connaissait un garçon du nom de Daniel Pipard qui habitait 88 rue de Ménilmontant et qui lui avait dit : "Tu devrais venir avec ton mari chez nous et tu verras, c'est un quartier intéressant." Et c’est ainsi qu'accompagnant ma femme, j’ai fait la connaissance et des Pipard et du quartier. Pipard m’a emmené deux ou trois fois voir certains coins pittoresques du quartier et au bout d'un certain temps, je lui ai dit : "Laisse-moi maintenant, je vais faire des photos, on verra bien ce qui en sortira."

    Et puis voilà, je me suis pris d'intérêt, d’affection pour ces lieux. Je me promenais comme dans une ville étrangère que j’étais peut-être amené à ne jamais revisiter.  Et comme j’aimais le quartier, je montais très souvent d’un coup de moto faire des photos entre deux reportages.

    Peu à peu a germé dans mon esprit que ça pourrait faire un livre. Mais personne n’en a voulu. Ça n’était pas un quartier vendeur. Pas le Paris que les touristes ou les provinciaux ont envie d’acheter pour montrer : « Regardez comme c’est beau, Paris ! ». Au bout d’un certain temps, j’ai cessé d’aller voir les éditeurs et j’ai rangé mes photos dans un tiroir. C’est seulement en 1953 que la fille de l’éditeur Arthaud m’a contacté. Son père venait de lui confier une collection – « Les imaginaires » - un peu en marge du caractère commercial de la maison. Je lui ai montré mon Belleville. Elle a été prise d’enthousiasme. Le livre est paru l’année suivante mais n’a eu aucun succès commercial.
    Mais une deuxième édition parait en 84, et là, elle a été épuisée en trois mois. Depuis il y a encore eu deux autres éditions.
    Dans le quartier, le livre et ses photos ont eu un grand écho car il y avait naturellement les nostalgiques, les gens qui habitaient là et qui ont vu changer le quartier, pas en très bien la plupart du temps, et puis également les gens qui s’intéressaient au vieux Paris et pour qui ce livre était le reflet d'un Paris disparu, enfin presque entièrement disparu".

    Et, en 2015 la Ville de Paris donne le nom de Willy Ronis au belvédère qui surplombe le parc de Belleville. La dénomination “Belvédère Willy Ronis” est ainsi attribuée à l’espace commençant au numéro 7 et finissant au numéro 33 de la rue Piat, à Paris 20ème.
    Même si l'on peut considérer qu'elle est un peu tardive, il s'agit d'une juste reconnaissance, car le Belvédère de la rue Piat occupe exactement l'emplacement où Willy a capturé cette célèbre photo, des gamins sur la grille de l'escalier de la rue Vilin ... c'était dans les années 50 !



    >> Willy Ronis raconte Belleville Ménilmontant.

    >> Willy Ronis : Evocation de Belleville (Document Ina)

    >> Willy Ronis ou la preuve par 9 (1/10)

     

     


    votre commentaire


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique