• Photographes Humanistes (9/13): Ina Bandy


    Montreuil - 1947 © coll. Fondation Robert Ardouvin / Ina Bandy

     

     Ida Gurevitsch naît en 1903 à Tallin dans une Estonie alors province russe. Au début des années 1920, Ida séjourne à Moscou, elle y rencontre Nicolas Neumann, un photographe hongrois. Ils se marient et quittent l’U.R.S.S. en 1925. Nicolas Neumann, alias Nicolas Bandy, apprend les ficelles du métier à celle qui deviendra Ina Bandy et gardera ce pseudonyme même après leur divorce.

    Puis elle traverse l’Europe, en séjournant en Allemagne avant de venir s’installer définitivement en France au début des années 1930.

    À Paris, elle se lie avec l’agence photographique "Alliance Photo" fondée par René Zuber et où collaborent Denise Bellon, Robert Capa et quelques autres photographes, tous alors inconnus.

    Dans les années qui précèdent la guerre, Ina vit dans le XVe arrondissement de Paris, et par la suite, malgré les persécutions nazies des familles juives, elle choisit de rester en France, se cachant sous son pseudonyme.

    Après-guerre, elle s’installe à l’hôtel de la Paix, 29 quai d’Anjou sur l’île Saint-Louis. Elle y habitera jusqu’à sa mort. Elle y occupe une petite chambre avec vue sur la Seine et dispose d’un petit local au rez-de-chaussée qui lui sert d’atelier. Elle réalise toutes les opérations elle-même, allant jusqu’à faire ses tirages de grand format sur le sol de sa cuisine. L’hôtel, outre le fait qu’il est très bon marché, abrite quelques autres "gentils farfelus" : Michel Tournier, Georges de Caunes, Pierre Boulez, Gilles Deleuze, Jesús Rafael Soto ou la comtesse de la Falaise.
    Ina Bandy réalise alors des reportages photographiques pour des magazines tels que ELLE, Médecine de France et Art News ou des journaux parisiens. Elle photographie, ainsi, entre autres, des personnalités des arts et de la culture : Giacometti, Calder ou Chagall et bien d’autres. Elle réalise aussi des reportages en noir et blanc, mais aussi en couleur, sur la vie quotidienne et plus particulièrement celle des gens modestes. Pour autant, ses sujets de prédilection seront les enfants. Elle en fera des milliers de photographies dont l’esprit situe son œuvre au côté des photographes humanistes comme Robert Doisneau, Willly Ronis et Sabine Weiss.

    Femme menue, d’aspect chétif, elle se sera battue toute sa vie pour sa survie… Son attitude solitaire et discrète explique en partie le manque de renseignements dont nous disposons aujourd’hui sur son œuvre et sa vie.

    Elle meurt en février 1973, presque oubliée et son fond photographique est dispersé.

    Aujourd’hui, sa famille, notamment Antoine Gurewitch, son petit-neveu, avec l’aide d’historiens et de personnes qui l’ont connue, effectue des recherches sur son histoire personnelle et son œuvre photographique encore trop méconnue.

     

    >> Une exposition marque le retour d’Ina Bandy sur la scène photographique.
     

    >> Autoportrait Paris © coll. Fondation Robert Ardouvin / Ina Bandy

    >> Photographes Humanistes (8/13): Édith Gérin

     


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  • "6 mètres avant Paris"… il en reste très peu !

    Jonction du boulevard Félix Faure à Aubervilliers et du Boulevard de la Commanderie Paris 19ème.
    Photo © : Aspered

     

    Eustache Kossakowski réalise, au Printemps 1971, une série de 159 photos qu'il intitule "6 mètres avant Paris". Le regard attiré par les panneaux indiquant la limite administrative de Paris, Kossakowski décide de les photographier tous, absolument tous. Peu importe qu'ils soient en tôle ou en ciment, l'essentiel pour lui, est qu'ils portent le nom de la capitale.

    Lors de mon billet consacré à cette série de Kossakowski, je disais : "Aujourd'hui, refaire cet exercice est totalement impossible. A quelques très rares exceptions près, les panneaux "Paris" ont tous disparu des portes d'entrée de la capitale : comme pour mieux signifier que Paris déborde maintenant sur les banlieues ... à moins que ce ne soit l'inverse ... !

    Et pourtant ... sur Instagram, j'ai récemment découvert une démarche similaire. Aspered, l'auteur-photographe nous dit : "Sans d'abord connaître le travail de Kossakowski, je me suis moi aussi lancé dans l'idée de photographier ces panneaux qui entourent Paris. Mais il n'en reste plus beaucoup. Et, en 2017 ça devient une véritable chasse au trésor, car je n'en ai trouvé qu'une petite quarantaine ... 38 exactement !"

    Merci à l'auteur de ce remake, désormais passablement "écourté" …

     

    >> Le travail d'Eustache KOSSAKOWSKI sur Parisperdu

    >> Ici, c'est Paris ...

    >> "6 mètres avant Paris", récemment au MAC VAL

     


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  •  Boulevard Auguste Blanqui. Paris (XIIIème arr.), début des années 1950.

     

    Edith Gérin est née en 1910 en Lorraine, près de Thionville.

    Elle passe son enfance et sa jeunesse à Paris, dans le 18e arrondissement, boulevard Ornano. Ce n’est que vers 37 ans qu’elle commence à s’adonner à la photographie. Habitant à l’époque sur la rive droite de la Seine, elle photographie surtout le fleuve et les quais avec des ambiances de brume matinale ou des scènes de rue du centre de Paris.

    Plus tard, ayant déménagé sur la rive gauche, à la limite des 13e et 14e arrondissements, elle promène alors son appareil entre le Quartier latin et le sud de capitale, alors en pleine mutation. Elle a ainsi immortalisé les quartiers Glacière-Arago-Gobelins avant les grandes rénovations des années 1960.

    Ne cherchant pas à faire œuvre de témoignage, elle s’est surtout attachée aux ambiances, aux éclairages, aux reflets sur les pavés mouillés ... La présence de personnages demeure pour elle anecdotique, souvent sous formes de silhouettes plutôt que comme objet d’étude.
    Bien qu'aujourd'hui classée parmi les photographes humanistes, elle s’est toujours défendue d’avoir voulu faire de la photographie humaniste, sa sensibilité l’orientant essentiellement vers des atmosphères insolites ou poétiques.

    Ses œuvres ont été publiées dans les revues spécialisées des années 60 : "Photo ciné revue", "Noir et blanc" … ou "Point de vue images du monde" qui consacrait à l’époque sa double page centrale à la photographie.

    Durant ses années d’activité professionnelle, elle n’a pu voyager qu’en France et en Europe, mais une fois à la retraite, elle entreprend des expéditions plus lointaines. Elle en rapporte de nombreuses photographies encore peu connues.
    De même, ce n’est que dans les années 1980 qu’elle sort un grand nombre de photos de ses tiroirs et commence à exploiter plus méthodiquement ses clichés du Paris ancien.

    Dans les années 1990, certaines de ses photographies ont été présentées lors d’expositions sur la photographie humaniste et ont illustré plusieurs livres : "Paris perdu" (1991), "Je me souviens du 13e arrondissement" (1995), "Paris des photographes" et "Les Parisiens " (1996). Elle a également fait partie des huit photographes représentant la photographie humaniste à l’occasion des rencontres d’Arles en 1993 et 1994.

     

    Edith Gérin nous a quitté en 1997, elle avait 87 ans.

     
     

    >> Aujourd'hui Edith Gérin se vend très bien …

    >>
    Photographes Humanistes (7/13) : Jean-Philippe Charbonnier



     

     


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     Photographes Humanistes (7/13) : Jean-Philippe Charbonnier

     

    Deux mains et une culotte, Luxembourg, Paris 1978  
    © Jean-Philippe Charbonnier

     

    Jean-Philippe Charbonnier, piéton de Paris débute sa carrière de photographe sur un plateau de cinéma. Durant la Seconde Guerre Mondiale, il se réfugie à Lyon où il travaille dans divers labos photos.
    Une presse abondante, née dans l’enthousiasme de la libération, lui fournit de nombreuses occasions de travail, notamment au sein de la rédaction des journaux "Libération" et "France-Dimanche".

    De 1950 à 1974, il collabore à la revue illustrée "Réalités" alors la plus influente en France.
    Le regard tourné vers l’extérieur, Charbonnier parcourt son pays et le monde pour réaliser de nombreux photo-reportages. Les portraits de vies qu’il effectue alors avec sincérité et proximité attirent l’attention de l’agence Rapho qui a fédéré en son sein l’école dite
    "humaniste". Une école que Jean-Philippe Charbonnier intègre dès lors aux côtés de Willy Ronis, Édouard Boubat ou encore Sabine Weiss. Ses travaux sont alors publiés dans le monde entier.

    Ses images racontent le quotidien des hommes ; certaines sont prises dans la rue, à la volée, et d’autres sont posées. Ses photographies sont toujours compréhensibles par le lecteur, centrées sur le personnage principal, sans effets inutiles.

    Son travail réalisé sur Paris révèle la singularité d’une œuvre marquée par un regard social et touchant, porté sur la transformation de la société de l’après-guerre.

    Au hasard de ses reportages, Charbonnier photographie des tranches de vie, devenues des documents d’histoire. "On fait toujours des photos qui seront historiques un jour ou l’autre" répétait Charbonnier. Il écrivait lui-même ses légendes qu'il considérait indissociables de ses photos. Leurs textes révèlent un humour où sommeille parfois une douce ironie. Elles constituent "avant tout une conversation, un monologue, un à propos de, plutôt qu’une espèce de littérature plus ou moins journalistique" disait-il.

    Exposé aux Rencontres photographiques d'Arles en 1976 et au Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris en 1983, il obtient en 1996 le Grand Prix de Photographie de la Ville de Paris.

    Jean-Philippe Charbonnier, piéton de Paris nous quitte en 2004, il a alors 84 ans …


    >> Jean-Philippe Charbonnier, l'œil de Paris aux Editions Séguier

    >> Jean-Philippe Charbonnier, piéton de Paris

    >> Photographes Humanistes (6/13) : Jean Marquis

     

     


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  • Les couvreurs-zingueurs de Paris au patrimoine mondial immatériel de l’Unesco ?

     

    Actuellement, 80% des toits parisiens sont recouverts de zinc, une matière qu’il faut renouveler tous les 50 ans, un chantier permanent mené à bien par des couvreurs-zingueurs, des hommes harnachés au-dessus du vide ou juchés sur des échelles.

    Aujourd'hui, les couvreurs de Paris militent pour que leur profession soit inscrite au patrimoine mondial immatériel de l’Unesco. Ils sont les gardiens d’un océan de gris, de tous ces toits de zinc qui participent au caractère unique de la capitale. Car depuis Napoléon III, tous les immeubles haussmanniens sont recouverts de zinc, un matériau peu cher et facile à installer. C’est ainsi que, peu à peu, une forêt métallique a recouvert Paris de gris, rendant largement visible, depuis le ciel, la transformation de la capitale par le baron Haussmann.
     
    Le zinc a aussi permis aux architectes d’utiliser peu de charpentes, laissant plus d’espace intérieur pour y vivre. Sont alors apparues les chambres sous les toits, les chambres dites "de bonnes", elles aussi typiques de Paris.
    Ces toits au charme désuet sont devenus l'un des symboles de la capitale, immortalisés par la photographie, la peinture ou le cinéma. C’est là, par exemple, qu’Henri Verneuil situe la course-poursuite de Jean-Paul Belmondo dans « Peur sur la ville » (1975). Tandis que sur l’affiche de « Paris nous appartient », de Jacques Rivette (1958), Gianni Esposito arpente le toit du Théâtre de la Ville.

    Pour obtenir la reconnaissance de l'Unesco, une première étape a été franchie en juin dernier lorsque le savoir-faire du couvreur-zingueur parisien a été inscrit à l’inventaire national du patrimoine culturel immatériel français.

    À terme, les couvreurs-zingueurs souhaitent que les toits eux-mêmes soient reconnus par l’Unesco, cette fois par une inscription au patrimoine matériel mondial : les toits de Paris auraient alors une valeur universelle.
    Mais la démarche est compliquée et, surtout, il reste à convaincre Anne Hidalgo, fervente militante de la végétalisation des toits, et … toujours là pour la casse des traditions, des particularités et du patrimoine de Paris ! Non Parisperdu ne lui dit pas merci …


    >> C'est le lieu exact où les toits de Paris paraissent s’étendre à l’infini …

    >> La couleur de Paris.

    >> Les chambres sous les toits, les chambres dites "de bonnes", elles aussi typiques de Paris.

     


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