Parisperdu aurait pu s'appeler ParisVolé car si souvent "ce certain regard" sur l'Est de Paris s'est définitivement évanoui, c'est qu'il a été dérobé par les "avancées de la modernité".
Arpenter la ville à la recherche d'espaces promis à la démolition ou de personnes dont le destin va en être bouleversé : ce n'est pas pour regretter le passé. C'est pour montrer, nous montrer, nous rappeler, que la ville n'est pas une entité figée.
La ville vit ... et comme tout être vivant, elle fait parfois des erreurs.
Ainsi va la ville, ainsi va la vie ...
"Ce qui nous incite à revenir en arrière est aussi humain et nécessaire que ce qui nous pousse à aller de l'avant."
Pier Paolo Pasolini
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Hôtel du Nord, Quai de Jemmapes, Paris 10ème, mai 1996
Pendant une douzaine d'années, le bistrot restera "dans son jus" et les ombres de Monsieur Edmond (Louis Jouvet) et de Raymonde (Arletty) continueront à hanter paisiblement les lieux.
Dans les années 90, le mythique "Hôtel du Nord", celui d'Eugène Dabit, puis de Maurice Carné, faillit être rasé. Sous la pression de parisiens amoureux des bords du canal Saint-Martin, la façade fut classée et un "café-restaurant traditionnel", ouvrit ses portes en 1993.
Mais en 2005, "patatras !", de nouveaux propriétaires vont jouer la carte de la "branchitude", dans un lieu où pourtant, il eût été de bon ton qu'elle s'abstienne …
L'intérieur fut rénové, aménagé, et décoré pour plaire aux nouveaux occupants du quartier car, entre temps, le canal Saint-Martin - à la fois "chic et popu" - était devenu l'un des secteurs de prédilection des bobos de Paris.
Au restaurant de l'Hôtel du Nord, la carte s'est adaptée aux goûts, aux produits, aux codes de ces nouveaux clients. Et, l'on est bien loin de l'esprit casse-croûte, plat du jour et serveuse qui "essuie les verres, au fond du café" …
Aujourd'hui, on peut lire sur la carte: "des produits simples préparés avec une touche de fantaisie discrète"(sic). Jugez plutôt: "Millefeuille de thon cru à la japonaise, Artichauts marinés et pétales de tomate séchée; Buisson de gambas en kadaïf, sauce aigre douce et chou rouge" … et pour arroser tout ça, sans trop faire monter l'addition, il faudra vous contenter d'un banal Côtes du Rhône … dont le premier-prix est à 22€ !
Mais il faut dire que l'Hôtel du Nord "new look" possède désormais toutes les "qualités" de son époque : air conditionné, wifi, voiturier, grande terrasse, musique new-age …
"Atmosphère, atmosphère" … ?
Ici l'atmosphère a bien changé et les repères sont en voie d'effacement.
L'Hôtel du Nord, ne l'aurait-il pas définitivement perdu ?
>> Pour ceux qui voudraient toutefois tenter l'aventure …
Publié par barreteau à 09:51:15 dans 75010 | Commentaires (4) | Permaliens
Publié par barreteau à 09:19:03 dans 75020 | Commentaires (7) | Permaliens
Nous sommes tout près de "L'Hôtel du Nord", mais l'on pourrait se croire aussi "Quai des Brumes".
Demain "Le jour se lève" et "Les enfants du paradis" vont respirer "L'air de Paris" ... C'est dire si, ici près du canal St Martin, là où "Les portes de la nuit" sont si noires et épaisses ... on peut s'attendre - à tout instant - à croiser de mythiques "Visiteurs du soir", tels Gabin, ou Jouvet, voire à entendre la non moins extraordinaire voix d'Arletty ...
Toute une question d'atmosphère ...
>> En savoir plus sur Marcel Carné
>> La filmographie de Marcel Carné
>> Carrefour de l'Evangile: "Les portes de la nuit" déjà sur Parisperdu
Publié par barreteau à 09:22:58 dans 75010 | Commentaires (2) | Permaliens
Juliette Binoche et Romain Duris dans "Paris", un film de Cédric Klapisch (2008).Pour son récent film, intitulé simplement "Paris", le réalisateur Cédric Klapisch a beaucoup tourné dans le quartier de Ménilmontant. On ne va pas, ici, faire la critique d'un film que certains trouveront génial et d'autres superficiel ...
Parisperdu s'intéressera plutôt à la topographie du lieu où vit Pierre, le personnage principal, joué par Romain Duris. Pierre habite dans un immeuble qui donne sur la place Martin Nadaud, avec une vue sur la vie, sur la ville et une autre sur la mort, sur le cimetière du Père-Lachaise. Dans l'attente d'une transplantation cardiaque, Pierre ne peut plus exercer son métier et dans l'angoisse d'un pronostic vital incertain, il passe ses journées sur le balcon de son appartement. Jetant un œil nouveau sur le ballet humain qui se joue là, en contrebas. Il assiste, passif, au manège de la vie, à l'écoute du cœur de Paris alors qu'il est en train de perdre le sien.
Cela nous vaut, des vues rapprochées sur les rues qui se trouvent dans la ligne de fuite du balcon : la rue Gasnier-Guy (tant visitée par Parisperdu) et la rue Robineau. Mais les rues en pente de Ménilmontant et la position de sentinelle du héros sur son balcon offrent aussi de larges perspectives sur toute la ville, des vues magnifiques faites de vastes panoramas sur le Père Lachaise et sur l'ouest parisien, avec l'inévitable tour Eiffel, ... qui semble si loin ...
Mais Paris, c'est tout à la fois: l'Est et l'Ouest, les petites rues ordinaires et les ensembles monumentaux, les gens simples et les nantis ...
Tout cela est dans le film, ... et dans un grand tourbillon, Paris est en perpétuel devenir, car comme le dit un professeur d'Histoire spécialisé sur Paris, et interprété dans le film par Fabrice Luchini : " ça toujours été comme ça dans Paris, c'est qu'elle fabrique en permanence de la modernité sur ce conflit entre le vieux et le moderne."
Le réalisateur Cédric Klapisch signe avec son film "Paris" le portrait éphémère d'une ville éternelle.
>> Le site web du film "Paris".
Publié par barreteau à 10:20:34 dans Hommes et Métiers | Commentaires (3) | Permaliens
Paris, monstrueuse métropole où "le Nouveau" :de gigantesques buildings de métal et de verre, gagne inexorablement sur "l'Ancien", sur ses rues et ses immeubles traditionnels où ne survivent plus que des pauvres ou des vieux, comme ce couple, Germaine et Albert, que la rénovation de leur quartier va chasser vers la banlieue.
Paris, où débarquent chaque jour comme sur une planète étrangère, des provinciaux et des émigrés en quête d'un emploi, d'un rêve, d'une adresse introuvable. Bousculée, affolée, Christine trouvera-t-elle enfin la rue où son avenir, croit-elle, l'attend ?
Paris, ruche bourdonnante où beaucoup s'affairent, telle Raphaëlle, architecte revenue de l'illusion d'œuvrer pour le bien-être de ses semblables mais qui s'acharne à sortir du désespoir et de l'alcoolisme celui qu'elle aime, Vincent, écrivain à la recherche d'une identité perdue dans l'anonymat de la grande cité.
Paris, où l'on découvre encore des amoureux, Anne et Emmanuel par exemple, êtres jeunes, intacts et pleins d'enthousiasme, capables d'ignorer la froide cruauté qui les baigne tant leurs yeux sont emplis du visage de l'être aimé. Paris, qu'il faut sans doute fuir pour vivre enfin, même si, pour cela, Emmanuel doit quitter Anne.
Paris, inhumaine fourmilière où chacun, dans la foule bruissante et - pourquoi pas - chaleureuse, espère que "quelque part, quelqu'un"...
Ce film est une peinture du monde, surtout celui des grandes villes, telle Paris ; c'est aussi un regard résolument intemporel sur la solitude et la condition de l'être humain face à l'absurdité de l'existence.
Le film n'est cependant pas pessimiste. L'espoir demeure - à la fois dans le "quelque part" et dans le "quelqu'un".
Dans le "quelque part" car la ville peut être autre chose que l'amoncellement rentable de coquilles fonctionnelles. Et, dans ce Paris, il y a des "quelqu'uns" résolus à ne pas se laisser façonner en ... n'importe qui.
>> Voir aussi sur Parisperdu : "Quelque part quelqu'un" (1/2)
>> "Quelque part quelqu'un": l'affiche du film, par Michel Folon.
Publié par barreteau à 09:02:42 dans Hommes et Métiers | Commentaires (1) | Permaliens
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