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parisperdu

Un certain regard sur Paris

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Parisperdu aurait pu s'appeler ParisVolé car si souvent "ce certain regard" sur l'Est de Paris s'est définitivement évanoui, c'est qu'il a été dérobé par les "avancées de la modernité".

Arpenter la ville à la recherche d'espaces promis à la démolition ou de personnes dont le destin va en être bouleversé : ce n'est pas pour regretter le passé. C'est pour montrer, nous montrer, nous rappeler, que la ville n'est pas une entité figée.

La ville vit ... et comme tout être vivant, elle fait parfois des erreurs.

Ainsi va la ville, ainsi va la vie ...

"Ce qui nous incite à revenir en arrière est aussi humain et nécessaire que ce qui nous pousse à aller de l'avant." 

Pier Paolo Pasolini


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© Pierre Barreteau
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ALBUM: "Les Lieux retrouvés de Parisperdu"

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" C'est déjà ça ..." | 03 avril 2008

Photo © Jacques Grison


La cité "Piat-Faucheur-Envierges" dans le 20ème est ce qu'on appelle "un quartier difficile". Elle héberge environ
3000 habitants et l'essentiel des 82 nationalités recensées dans le quartier de Belleville. La cité a été classée en zone urbaine sensible (ZUS). Elle n'a pas bonne réputation dans le "quart Est" de Paris. On déconseille aux nouveaux arrivants de s'y installer.
C'est une cité stigmatisée et "stigmatisante".

Les "jeunes" ne veulent surtout pas, disent-ils, "rouiller", "tenir les murs", se retrouver bloqués "dans le rien". Leur parcours scolaire est déjà un handicap, mais "on se bouge", jurent-ils. Ils parlent de "mener une vie normale". D'avoir quelque chose de concret: "un métier, quoi ... et aussi ... fonder une famille, comme tout le monde". "Mais on nous colle une étiquette, jeune d'ici égal glandeur, c'est pas bien !", proteste Farid, 24 ans. Lui et ses copains reconnaissent eux-mêmes qu'ils ont "une tête à faire peur" sous leurs capuches et leurs bonnets, les épaules rentrées et les mains dans les poches.

Alors quand on parle à Farid du tout récent plan "Espoir banlieue", il rétorque: "J'aimerais être optimiste, mais plusieurs plans sont déjà passés, et rien n'a changé. C'est quoi le problème des jeunes des cités ? En premier, c'est de trouver un travail. Je suis conscient que certains ne font pas d'efforts, mais pour les autres, il faut leur donner la chance d'aller au travail."

Plus surprenant, ce même discours "anti-glandouille" revient aussi chez ceux qui affirment volontiers, avec de lourds sous-entendus, qu'ils ne veulent pas se "lever à 5 heures du matin pour gagner 1 000 euros".
Farid ne cache pas que tous les moyens sont bons pour remédier à ce problème, ... si près des beaux et riches quartiers du centre ou de l'ouest parisien.
Et voilà comment il décrit sa "situation piège" : "On est dans une société parallèle, le temps ne passe pas, c'est insupportable. On est comme une secte. On n'a plus d'horaires, rien. Au bout d'un moment, ça devient une vie dangereuse. La porte est ouverte à tous les excès, à l'illégalité. Mais attention ... là j'explique, je ne légitime pas."

Finalement Farid n'a pas perdu espoir de tourner le dos à cette vie de petits arrangements : "Y'en a qui commencent à s'en sortir dans le bâtiment. Ils sont manœuvres, des trucs comme ça, ... mais ils ont un boulot, ... c'est déjà ça ..."


>> Ecouter Alain Souchon: "Je m'promène rue de Belleville ... c'est déjà ça ..."

>> Voir aussi sur Parisperdu: "Malaise à Belleville" (2/2).

>> Toujours sur Parisperdu: "Malaise à Belleville" (1/2)



Publié par barreteau à 09:43:17 dans Portraits Incertains | Commentaires (4) |

Les "Lieux retrouvés" de Parisperdu. | 17 mars 2008


Rue Gasnier-Guy, "Lieux retrouvés 001"

Un nouveau thème apparaît aujourd'hui sur Parisperdu, il est intitulé "Lieux retrouvés".
Ce thème qui pourra désormais être consulté en rubrique "Album' (en bas de la colonne de gauche), montre des photographies où sont associées, mêlées ou superposées sur une même image deux vues d'un même lieu : l'une en couleur et l'autre en noir et blanc.

Ce dédoublement, ou ce collage, puise sa raison d'être dans un questionnement lié à la mémoire.
En effet, il ne s'agit pas de créer un document réel, mais plutôt de faire apparaître concomitamment plusieurs strates temporelles.

C'est ainsi une façon de s'interroger sur ce que pourrait être une photographie objective, en dressant le constat de l'impossibilité pour l'instantané photographique de décrire le réel tel qu'on le perçoit, c'est-à-dire avec une dimension spatio-temporelle supplémentaire : celle de la mémoire.


Publié par barreteau à 12:15:22 dans Hommes et Métiers | Commentaires (3) |

Boubat, la rétrospective. | 07 mars 2008


Quai de l'Hôtel de Ville, Paris, 1947. ©Edouard Boubat


Je reviens de  la Maison Européenne de la Photographie de la ville de Paris, où j'ai passé une bonne partie de la journée à voir et à revoir la rétrospective d'Edouard Boubat. Un régal !
 
Grand voyageur, Prévert le qualifiait d'ailleurs de "correspondant de paix ", Boubat a aussi beaucoup photographié Paris dans les années 50. Un Paris perdu donc, mais vu par un maître de la photo, car Boubat n'avait pas son pareil pour capter de purs moments de poésie.

Dans les salles de la M.E.P, il faut dépasser le stade de la simple contemplation. Il faut surtout observer la maîtrise du cadrage et remarquer la lumière, ... la véritable signature d'Edouard Boubat.

La photo choisie ici, illustre parfaitement le Paris vu par Boubat : une vision qui au premier abord semble proche de celles d'un Doisneau, d'un Ronis ou d'autres photographes humanistes, mais en observant le cliché avec attention, on découvre le vrai regard de Boubat : un regard passionné pour le genre humain, mêlant simplicité et onirisme.

Un seul regret: le catalogue de l'exposition, un ouvrage de référence certes ... mais facturé 75 Euros.
Mais le vrai cadeau reste de pouvoir approcher toutes les composantes de l'œuvre de Boubat, de sa première photo en 1946 à ses dernières, peu avant sa disparition. C'était en 1999.

Alors, courez vite à la Maison Européenne de la Photographie ... avant le 30 mars 2008, date de clôture.


>> Edouard Boubat, "Révélations".

>> En savoir plus sur Edouard Boubat.

>> Boubat: première photo en 1946.

>> Boubat : portofolio.

 

 

Publié par barreteau à 10:11:02 dans Hommes et Métiers | Commentaires (2) |

Démolition, reconstruction, la ville en chantier ... | 15 février 2008


Terrain vague : rue Jouye Rouve, Passage de Pékin -  Paris 20ème.

La ville est en perpétuel mouvement. Avec la destruction d'immeubles ou de cités, une mémoire disparaît, des tranches de vie s'effacent. Mais le photographe peut contribuer, par le regard qu'il porte sur la ville, à conserver des traces, à faire en sorte que tout ne soit pas définitivement gommé, oublié ...

Quand Charles Marville photographie les démolitions et les reconstructions haussmanniennes de la ville, il témoigne certes de la violence de la modernité mais aussi d'un élan, d'une énergie transformatrice. Le paysage urbain se recompose sous nos yeux. Les photos de Marville témoignent d'une capitale en plein développement.

A l'opposé, chez Atget, la démolition est un irrémédiable gâchis qui ne préfigure rien. Immeubles éventrés, espaces laissés vacants par la destruction des bâtiments, décombres accumulés derrière les palissades, énormes étais soutenant des maisons tenant encore debout par miracle témoignent d'une ville meurtrie, éventrée, dont rien ne laisse deviner un éventuel avenir.

Et aujourd'hui, qu'en est-il du regard contemporain sur la ville en chantier ?
Quels regrets, quels espoirs, se dessinent derrière ces scènes de la ville ventre ouvert, derrière ces murs blessés, ces lieux dégradés, ces tours qui s'effondrent, ces bâtiments qui sortent de terre en quelques jours, ces quartiers qui émergent ? Quels nouveaux espaces urbains se dessinent à la lisière entre ville et banlieue ?

Sur toutes ces questions, Parisperdu veut poser un regard personnel pour apporter quelques éléments de réponse. Avec, en quelque sorte, un peu de subjectif dans l'objectif ... du photographe.


>> Charles Marville, Photographe de la ville de Paris de 1851 à 1879 ...

>> Eugène Atget, le "Photographe archéologue".

>> Voir aussi sur Parisperdu: "Démolition des murs, démolition des vies ..."

 

Publié par barreteau à 13:52:43 dans 75020 | Commentaires (1) |

Vilin, Couronnes et Pali-Kao ... | 06 janvier 2008

La rue Vilin, planche-contact par Pierre Getzler©, juin 1970

Nous sommes au début des années 70 et la rue Vilin, si chère à Georges Perrec et à Willy Ronis est encore pleine de vie.
Mais, dès les années 80, ces quartiers entiers de Belleville sont définitivement voués à la démolition. Ils se vident alors peu à peu de leurs occupants dont les baux arrivent à expiration, ... parfois même, leurs occupants seront expulsés sans délais.

Puis le secteur - désormais désert - attend la venue des bulldozers et autres pelles mécaniques, souvent plusieurs années durant ...
Longtemps la rue Vilin continuera à panser ses blessures de guerre car ... elle a été amputée de moitié et son animation a été réduite à néant !

Non loin de là, rue de Pali-Kao, des immeubles aux façades aseptisées côtoient encore quelques constructions vétustes dont la plupart des issues sont murées. En haut de la rue, sur un terrain vague du passage de Pékin, des engins mécaniques s'affairent à une nouvelle tâche ... Des pans de murs où s'accrochent encore des lambeaux de tapisserie semblent nous inviter à la résignation.
D'ici peu, Belleville sera tout à fait propre.

Certes, aujourd'hui, le nouveau parc de Belleville, avec sa vue surplombant Paris, peut se concevoir comme un lieu touristique qui "vaut le détour". En effet, il offre au regard la quasi-totalité des attractions urbanistiques parisiennes et, d'ouest en est, la Tour Eiffel, Beaubourg, la Tour Montparnasse, l'Opéra Bastille... zèbrent l'horizon.
Mais toutes les rues du quartier Couronnes forment maintenant un territoire sauvagement outragé par l'agression immobilière, par les "Plans de réhabilitation", les "Plans de restructuration" et autres projets de "Zone d'Aménagement concerté" dont on se demande qui prend part à la concertation et à qui doit profiter l'aménagement ?

Un vrai massacre qui a changé radicalement la physionomie et l'esprit de ce quartier.
Vilin, Couronnes, Pali-Kao... un village est mort.



>> La rue Vilin vue par Willy Ronis : "Au Repos de la Montagne" 1957- ©Photo Willy  Ronis

>> La rue Vilin vue par Willy Ronis : "L'escalier de la rue Vilin à l'angle de la rue Piat" 1959 - ©Photo Willy  Ronis 

>> Georges Perec dans la rue Vilin. 

>> Voir aussi : "Démolition des murs, démolition des vies"
.

 

 

 

 

Publié par barreteau à 17:51:12 dans 75020 | Commentaires (11) |

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