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parisperdu

Un certain regard sur Paris

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Parisperdu aurait pu s'appeler ParisVolé car si souvent "ce certain regard" sur l'Est de Paris s'est définitivement évanoui, c'est qu'il a été dérobé par les "avancées de la modernité".

Arpenter la ville à la recherche d'espaces promis à la démolition ou de personnes dont le destin va en être bouleversé : ce n'est pas pour regretter le passé. C'est pour montrer, nous montrer, nous rappeler, que la ville n'est pas une entité figée.

La ville vit ... et comme tout être vivant, elle fait parfois des erreurs.

Ainsi va la ville, ainsi va la vie ...

"Ce qui nous incite à revenir en arrière est aussi humain et nécessaire que ce qui nous pousse à aller de l'avant." 

Pier Paolo Pasolini


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Dalle ou dédale des Olympiades ? | 12 octobre 2009


Loin de la structure traditionnelle du tissu urbain, ce quartier du 13ème arrondissement est extrêmement déroutant. Si vous voulez vous rendre dans certaines rues, à une adresse précise, rue du Javelot ou rue du Disque, par exemple, il faudra vous armer d'une bonne dose de patience. Car ces rues, enfouies sous la dalle, sont totalement invisibles, inaccessibles aux piétons et quasiment introuvables.

Venant de la rue de Tolbiac, vous allez gravir 56 marches, soit presque 10 mètres de dénivelé, et déboucherez alors sur un panorama d'immeubles uniformes et inexpressifs.
La dalle est bruyante, et les discussions se réverbèrent en écho sur les immenses parois d'immeubles aux alvéoles bien rangées, trop bien rangées ... A observer les cases de béton savamment biseauté, on se prend à rêver à une certaine science fiction où des véhicules en lévitation desservent chaque case/appartement, aux coordonnées tridimensionnelles rigoureusement répertoriées. Vous habitez alors, par exemple, le "repère" suivant: X02/Y15/Z24. Et pourtant, c'est bien au sol que se situe votre adresse, rue du Disque ou rue du Javelot !

Vous devez gravir encore 28 marches supplémentaires pour accéder à un second niveau de la dalle qui ici, n'est plus toute neuve ... ! La crèche va être reconstruite, et la dalle sera rénovée, promet une affichette. Mais à coté, sur le béton brut, un tag crie: "Vas y, nique ta race".

Troisième niveau, fin du dédale ... vous débouchez sur un jardin condamné. Le vent frais tournoie entre les barres toutes semblables. L'herbe a poussé entre les dalles de béton, et les gigantesques pots des tilleuls adultes se fissurent.
Le jardin domine un trou béant où les voies ferrées de l'ancienne gare des Gobelins s'engouffrent sous la dalle. Une bande de gamins vient y trainer. Ironie du lieu, à observer leurs jeux intemporels, un parfum tenace de nostalgie embaume - aujourd'hui - l'utopie d'hier.

 

 >> Voir aussi sur Parisperdu: "Italie 13" : La politique de la table rase.

 

 

Publié par barreteau à 08:53:22 dans 75013 | Commentaires (2) |

Jean Nouvel conservera l'ancien ... | 02 décembre 2008

 

A l'âge de 62 ans, Jean Nouvel, l'architecte star déjà bardé de nombreuses distinctions a reçu, cette année, le Pritzker Price, considéré comme le prix Nobel de l'architecture. Depuis quelque temps, il réfléchi sur le Grand Paris, et lorsqu'on l'écoute, on se rend compte qu'il est l'un des rares architectes qui réfute la politique de la table rase.
C'est sûr, si demain, il se voit confier ce grand projet consistant à repenser la capitale, Jean Nouvel conservera l'ancien, beaucoup du bâti ancien ...

A l'âge de 62 ans, Jean Nouvel, l'architecte star déjà bardé de nombreuses distinctions a reçu, cette année, le Pritzker Price, considéré comme le prix Nobel de l'architecture. Depuis quelque temps, il réfléchi sur le Grand Paris, et lorsqu'on l'écoute, on se rend compte qu'il est l'un des rares architectes qui réfute la politique de la table rase.
C'est sûr, si demain, il se voit confier ce grand projet consistant à repenser la capitale, Jean Nouvel conservera l'ancien, beaucoup du bâti ancien ...

Il nous livre ce qu'il convient de faire aujourd'hui pour ce Grand-Paris et nous explique qu'il faut travailler « à partir du chaos urbain... à partir des incohérences. C'est dans ce sens qu'il faut acter aujourd'hui ce qu'est Paris, dans tous ses hasards... il y a des petites choses de différentes époques, des petits nids avec des petits œufs en meulière qui portent les charges émotionnelles des personnes qui ont vécu là, des éléments modernistes qui peuvent encore fonctionner malgré leur idéologie. Se dire « on n'aurait pas fait comme cela », mais ce n'est pas mal aujourd'hui à regarder. Cette analyse a posteriori, c'est le point de départ : le futur de la ville se fait à partir d'hier, ne créons pas de table rase. Il faut parfois démolir, mais de façon très précise, pour rééquilibrer un territoire, car il y a des injustices flagrantes. »

Parisperdu qui dénonce souvent ici, les démolitions aveugles de pans entiers de la capitale, approuve pleinement l'approche de Jean Nouvel ... et rien que pour cela nous lui aurions décerné le Pritzker ..., d'ailleurs Thomas Pritzker, président de la fondation Hyatt, n'a-t-il pas salué en Nouvel "sa quête inlassable d'idées neuves et son acharnement à repousser les limites de la discipline".
Enfin un génial bâtisseur pour Paris, alors que beaucoup d'autres architectes ne sont bien souvent que de dangereux démolisseurs ...

 

>> Le site des Ateliers Jean Nouvel.

>> Le site du Prix Pritzker.

>> Voir aussi: Jean Nouvel, Interview vidéo.

>> Sur Parisperdu: "Mieux avant ou ... mieux après" ?

>> Sur Parisperdu: "Démolition des murs ... démolition des vies"

>> Le "Grand Paris" ou comment changer ... d'aire ?

 

 

 

Publié par barreteau à 09:15:19 dans Hommes et Métiers | Commentaires (3) |

La vie sous le périph ... | 14 septembre 2008



La porte de Bagnolet rassemble des bureaux à faible valeur architecturale, des hôtels sans étoile, peu de programmes de prestige et ... même son centre commercial, "Bel-Est", fait pâle figure, à tel point que certains continuent de qualifier Bagnolet de "Défense du pauvre".
Ce sinistre décor, tous les Parisiens le connaissent, pour y être passés ... à 80 kilomètres/heure. Mais n'ont-ils jamais osé s'aventurer sous le périph ?

Car là se trouve tout ce qu'il y a de plus dégoûtant: des zones entièrement délaissées, souvent sans lumière, pas vraiment sécurisées et avec des allures de décharges ... On y trouve aussi des campements de fortune de "sans-papiers" ... bulgares, afghans ou même de SDF ... bien français, qui tous survivent ici dans un environnement dominé, de nuit comme de jour, par le vacarme assourdissant des voitures, des poids lourds et par leurs émissions de gaz nocifs ...

Pendant des années, personne ne s'est posé de questions sur l'avenir de cet anneau infernal de 35 kilomètres de circonférence, sur ce non-espace dans la ville. Dès les années 1980, architectes, urbanistes et élus réfléchissent pourtant déjà aux moyens de le réhabiliter. Mais le débat tourne en rond...
En 2003 toutefois, la publication du livre des membres du cabinet "Tomato Architectes", intitulé La Ville du périphérique, va agir comme un détonateur.

A présent, au-delà des débats sur la vitesse autorisée, sur le passage des poids lourds, sur une éventuelle file pour les taxis, autant de débats qui ont animé - faiblement - la dernière campagne des municipales, la question du périphérique devrait s'articuler autour de la relation entre Paris et sa banlieue.
Car sans réaménagement du périph, sans réflexion sur la manière de le traverser, comment ouvrir et transformer les quartiers de la couronne parisienne?

Vous avez dit "Grand Paris" ? Oui, grand pari ...


>> "La Ville du périphérique" par le cabinet Tomato Architectes.

>> "Périphpolis", un film de Joachim Lepastier.


 

 

Publié par barreteau à 10:53:44 dans Hommes et Métiers | Commentaires (8) |

Des tours à Paris : pour quoi faire ? (2/2) | 10 septembre 2008


Le quartier Olympiades, Paris 13ème.


Alors que Paris manque cruellement d'espaces verts, qui pourtant seraient si nécessaires au bien-être et à la santé des Parisiens, on parle de vouloir construire des tours dans les rares lieux non encore bâtis de Paris.
Ne marche-t-on pas sur la tête ?

Les problèmes de nos banlieues - nées des barres et des tours - ne suffisent-ils pas ? Pourquoi donc vouloir encore plus de monde à Paris alors que, déjà chaque jour, plus d'un million de personnes passent par le métro Châtelet, lequel est plus que saturé ... et qu'en plein après-midi, la rue de Rivoli atteint des pics de pollution insensés ...

Si New York doit rester New York, avec ses tours, Paris doit rester Paris, avec ses immeubles Haussmanniens, qui jamais ne dépassent 6 étages.

Dans les nouveaux quartiers de la Grande Bibliothèque ou de Bercy, où l'on a gommé les petites rues, les maisons, les jardins et la vie tout autour, allez maintenant vous y promener le soir ... Bonjour l'ambiance coupe-gorge : boutiques vides ou fermées dès 19 heures, zones désertes, façades d'immeubles glaciales ...
Ces nouveaux quartiers sont franchement invivables.

C'est "l'architecture du moi" qui prime, à la place de "l'architecture pour les autres". Les architectes qui conçoivent ces tours, les politiques qui décident de les construire ont-ils l'intention d'y habiter ?

Des tours à Paris, mais pour quoi faire ... ?


>> Voir aussi : Des tours à Paris : pour quoi faire ? (1/2)

>> De nouvelles tours à Paris, les propositions de 11 architectes.


Publié par barreteau à 09:49:18 dans Hommes et Métiers | Commentaires (7) |

" C'est déjà ça ..." | 03 avril 2008

Photo © Jacques Grison


La cité "Piat-Faucheur-Envierges" dans le 20ème est ce qu'on appelle "un quartier difficile". Elle héberge environ
3000 habitants et l'essentiel des 82 nationalités recensées dans le quartier de Belleville. La cité a été classée en zone urbaine sensible (ZUS). Elle n'a pas bonne réputation dans le "quart Est" de Paris. On déconseille aux nouveaux arrivants de s'y installer.
C'est une cité stigmatisée et "stigmatisante".

Les "jeunes" ne veulent surtout pas, disent-ils, "rouiller", "tenir les murs", se retrouver bloqués "dans le rien". Leur parcours scolaire est déjà un handicap, mais "on se bouge", jurent-ils. Ils parlent de "mener une vie normale". D'avoir quelque chose de concret: "un métier, quoi ... et aussi ... fonder une famille, comme tout le monde". "Mais on nous colle une étiquette, jeune d'ici égal glandeur, c'est pas bien !", proteste Farid, 24 ans. Lui et ses copains reconnaissent eux-mêmes qu'ils ont "une tête à faire peur" sous leurs capuches et leurs bonnets, les épaules rentrées et les mains dans les poches.

Alors quand on parle à Farid du tout récent plan "Espoir banlieue", il rétorque: "J'aimerais être optimiste, mais plusieurs plans sont déjà passés, et rien n'a changé. C'est quoi le problème des jeunes des cités ? En premier, c'est de trouver un travail. Je suis conscient que certains ne font pas d'efforts, mais pour les autres, il faut leur donner la chance d'aller au travail."

Plus surprenant, ce même discours "anti-glandouille" revient aussi chez ceux qui affirment volontiers, avec de lourds sous-entendus, qu'ils ne veulent pas se "lever à 5 heures du matin pour gagner 1 000 euros".
Farid ne cache pas que tous les moyens sont bons pour remédier à ce problème, ... si près des beaux et riches quartiers du centre ou de l'ouest parisien.
Et voilà comment il décrit sa "situation piège" : "On est dans une société parallèle, le temps ne passe pas, c'est insupportable. On est comme une secte. On n'a plus d'horaires, rien. Au bout d'un moment, ça devient une vie dangereuse. La porte est ouverte à tous les excès, à l'illégalité. Mais attention ... là j'explique, je ne légitime pas."

Finalement Farid n'a pas perdu espoir de tourner le dos à cette vie de petits arrangements : "Y'en a qui commencent à s'en sortir dans le bâtiment. Ils sont manœuvres, des trucs comme ça, ... mais ils ont un boulot, ... c'est déjà ça ..."


>> Ecouter Alain Souchon: "Je m'promène rue de Belleville ... c'est déjà ça ..."

>> Voir aussi sur Parisperdu: "Malaise à Belleville" (2/2).

>> Toujours sur Parisperdu: "Malaise à Belleville" (1/2)



Publié par barreteau à 09:43:17 dans Portraits Incertains | Commentaires (4) |

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