• Mourir une dernière fois ...

    Rue de la Cloche Paris 20ème - Juin 1994


    En descendant l’avenue Gambetta, on débouche sur la place Martin Nadaud. Derrière cette place, entre la rue de la Bidassoa et la rue Sorbier, en haut d’un talus herbeux, se trouve un jardin tout récent.

    Ce jardin, c'est le square du Docteur Joseph Grancher appelé plus familièrement "Cloche-Bidassoa". Situé sur le flanc sud de la colline de Belleville, il porte encore les traces de son passé : les allées du jardin reproduisent le tracé des anciennes rues pavées: les rues de la Voulzie, Westermann et la rue de la Cloche.

    Cette fameuse rue de la Cloche doit son nom à une ancienne fondrière aussi appelée "cloche à l’eau". Cette fondrière va avoir de lourdes conséquences, lorsque l'on envisage de requalifier un quartier fort décati … Les promoteurs immobiliers sont alors face à terrain bien trop fragile pour y construire de grands immeubles, la rentabilité ne sera pas au rendez-vous … aussi vont-ils abandonner la partie. Ce micro-quartier autour de ces trois rues, habitées par de "petites gens", verra alors ses modestes édifices totalement rasés. Mais n'aurait-on pas pu les réhabiliter ?

    C'est du moins ce que pense Anna que je rencontre sur les lieux.
    Elle arrive de Tel-Aviv pour revoir l'immeuble où ses parents habitaient, dans les années 40. Elle a en poche une adresse : 7 rue de la Cloche, Paris 20ème.

    Sur le petit tertre désert, dans ce jardin où semble avoir été enterré le micro-quartier de la Cloche, Anna est désemparée, son regard cherche un indice, une trace du "7 rue de la Cloche" … mais il ne reste rien … seuls peut-être, au sol,  les pavés des rues anciennes, mais ils semblent si fraîchement assemblés que l'on peut douter qu'ils s'agissent des originaux …

    Anna me révèle que ses parents ont été arrêtés là en 1942, alors qu'elle - toute gamine - avait été placée en "zone libre". Elle ne les a jamais revus …
    C'est alors que, face à ce quartier disparu, elle me fera cette terrible remarque :

    "Maintenant, je sais, qu'ils vont mourir une dernière fois … !"



    >> Voir aussi : Trop tard …!

    >> "Je reviens d'un lieu qui n'existe plus …"

    >> Une rue de Paris qui a été totalement rayée de la carte …

    >> Rue de la Cloche.

    >> Le secteur Cloche-Bidassoa aujourd'hui: square du Docteur Joseph Grancher.


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  • Commentaires

    2
    Jean-Jacques Fourmon
    Mardi 27 Septembre 2011 à 20:51
    "On assassine des hommes"
    La mémoire des rues, c'est la mémoire des vies. Tandis que l'on construit du faux ancien, du pittoresque pré-fabriqué, on laisse mourir ou l'on assassine, à Paris et ailleurs, ce pour quoi se sont battus, au prix de leur sang, des générations de justes. Combien de villes françaises n'ont pas vu leur centre historique remodelé selon une supposée authenticité ? Dans le village du Castelet (Var), une multitude de boutiques pseudos-provencales vendent de pseudos-objets provençaux fabriqués en Chine. Un jour, sans doute, reconstruira-t-on une rue de la Cloche pour attirer des touristes avides du Paris d'autrefois. Quant aux personnes comme Anna, il ne leur restera que leurs souvenirs.
    1
    alain
    Dimanche 25 Septembre 2011 à 11:03
    Touchant
    Touchante l'histoire de cette Anna. Dur retour à Paris !
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