Lorsque j'ai appris qu'il y avait un collège "Robert Doisneau" dans le 20ème arrondissement, je suis monté voir à quoi il ressemblait.
La rue des Panoyaux n'est pas très large à cet endroit, et la façade du collège est défraîchie malgré ses 20 ans. Mais, vu la référence au photographe du célèbre "Baiser de l'Hôtel de Ville", je m'attendais à un bâtiment beaucoup plus vieillot ...
A cheval sur plusieurs arrondissements, les élèves du "Robert Doisneau" arrivent surtout des quartiers " Ménilmontant Amandiers" et "Est 20ème" qui comptent parmi les derniers secteurs populaires de Paris. Là, les habitants sont majoritairement au bas de l'échelle socioprofessionnelle ; le taux de chômage est fort, les revenus faibles et, une grande partie des habitants sont étrangers ou issus de l'immigration "postcoloniale" ... Une avalanche d'handicaps va-t-elle s'abattre sur "Robert Doisneau" ?
Pas si sûr, car Ménilmontant et de la rue des Amandiers sont des lieux de grande circulation, très fréquentés, très animés. Aussi "Robert Doisneau" est un collège bouillant de vie, d'activités, où entre les cours, les jeunes s'adonnent à des répétitions pour les concerts de rap ou d'autres musiques, qu'ils donnent ici les week-ends.
Oui, la vie est là, telle que l'espiègle Robert aurait aimé la surprendre à travers l'objectif de son appareil photo ...
>> Le site du collège "Robert Doisneau".
Publié par barreteau à 09:27:02 dans 75020 | Commentaires (1) | Permaliens
Villa de L'Ermitage - Cité Leroy Paris 20ème (1997)
A force d'accueillir les jeunes couples chassés des quartiers du centre de Paris, les trois arrondissements de l'Est, les plus populaires de la capitale (18, 19 et 20ème) ont vu les prix de l'immobilier atteindre des sommets inimaginables voilà à peine cinq ans. Aujourd'hui, le rattrapage est terminé, et, désormais, si le rythme de la hausse s'est nettement ralenti, c'est que la crise est aussi passée par les quartiers Est de la capitale.
Depuis que les bobos s'y sont installés, le 18ème est devenu très tendance. Notamment autour du boulevard Barbès, où les prix peuvent facilement atteindre 6 000 à 7000 € le mètre carré, voire 10 000 € le mètre carré et au-delà aux Abbesses où sur la butte Montmartre. D'autres secteurs comme celui autour de la rue Caulaincourt se sont embourgeoisés et les prix ont suivi.
Tout en demeurant l'arrondissement le moins cher de Paris, le 19ème a lui aussi bien flambé ... surtout autour des Buttes-Chaumont. Dans le Belleville du 19ème, on peut encore s'offrir des logements autour de 5 000 € le mètre carré, mais pour combien de temps encore ? Des prix que l'on retrouve à la Villette, un quartier qui commence juste à décoller. Pour trouver moins cher, il faut aller porte de Pantin, où un 30 m2 sera cédé pour 140 000 €.
Le 20ème est de loin l'arrondissement le plus bobo de Paris, surtout du côté de Ménilmontant où les prix se sont envolés. Saint-Fargeau et Pelleport restent, quant à eux, accessibles à ceux qui ne peuvent plus s'offrir Gambetta ou Jourdain.
Désormais à Paris, les sommets de l'immobilier s'abordent aussi par la face Est ...
>> Voir aussi sur Parisperdu:
>> La cité Leroy est maintenant ... dans un jardin.
Publié par barreteau à 10:35:31 dans Hommes et Métiers | Commentaires (1) | Permaliens
Belleville, ancien regard (dit du Marais) - 41 rue des Solitaires, Paris 19ème.
© Eugène Atget - 1901- Musée Carnavalet / Roger-Viollet
Chez Atget, d'emblée se confrontent les logiques de la déambulation, de l'errance chère aux surréalistes ou celles de la documentation du lieu, du quartier.
Atget porte, dans son œuvre, une attention fine au(x) sens et aux dates, plus encore à l'intransigeance de l'identification précise du lieu photographié.
A la charnière du XIXème et du XXème siècle, c'est un Paris ancien qui se déroule alors sous nos yeux, dans sa quasi-entièreté, comme dans un catalogue raisonné, où la photographie en donne soudain une lecture sensible.
Bien avant Google Maps et la géolocalisation GPS, plus de quatre mille lieux de Paris sont précisément répertoriés par autant de photographies. Sans avoir accès à Flickr ou à Picasa, Atget organise et structure son œuvre par regroupements en séries. A l'intérieur des séries, Atget construit des albums, souvent dans une perspective éditoriale ou commerciale.
Qui peut le mieux nous parler d'Atget que celle qui a découvert son œuvre : Bérénice Abbott, l'assistante de Man Ray. Elle écrira au sujet d'Atget :" On se souviendra de lui comme d'un historien de l'urbanisme, d'un véritable romantique, d'un amoureux de Paris, d'un Balzac de la caméra"
L'œuvre photographique d'Atget a également particulièrement intéressé le philosophe et critique Walter Benjamin. Dans son opuscule Ecrits français, il nous dit: " Le fait d'avoir photographié les rues de Paris désertes, constitue toute l'importance des clichés d'Atget. Avec raison, on a dit qu'il les photographiait comme le lieu d'un crime. (...) Dans le procès de l'histoire, les photographies d'Atget prennent la valeur de pièces à conviction".
Décidemment, l'œuvre colossale d'Eugène Atget n'a pas fini de faire parler d'elle ...
>> " Sur les pas d'Eugène Atget ".
Publié par barreteau à 10:01:54 dans Hommes et Métiers | Commentaires (1) | Permaliens
En 1996, Gérard Laux et Michel Allemand, alias "Mosko et associés" rencontrent Némo et Jérôme Mesnager, à eux quatre, ces artistes de "l'art urbain" vont transformer un terrain vague de la rue du Retrait en "Parc zoologique de Ménilmontant."
Si les fleurs ne poussent pas trop dans le quartier, les créatures se multiplient sur les immeubles murés de Ménilmontant, et c'est une véritable savane urbaine, tout un bestiaire multicolore débarqué directement d'Afrique qui se déploie alors ici.
Avec humour, les fenêtres s'ouvrent sur un monde enchanté, peuplé de tigres, de panthères, de zèbres, de gazelles, d'éléphants, d'autruches, de flamands roses et de girafes...
Depuis plus de vingt ans, les "Street Artists" mettent de la gaieté et de la couleur là où règnent grisaille et tristesse, c'est leur philosophie.
Mais, en posant ces pochoirs d'animaux africains sur les murs, ces artistes entendent aussi entrer en résistance contre la destruction de ces quartiers. Le dodo dessiné en bas de la fresque résonne comme un symbole : si l'animal de l'ile Maurice a définitivement disparu de la surface du globe, l'habitat populaire ne doit pas disparaître des quartiers Est de la capitale.
Et, bien que les œuvres de nos artistes muralistes soient par essence éphémères, deux zèbres sont encore là sur un mur de la rue du Retrait ... Plus de quinze ans après son ouverture, le zoo de Ménilmontant n'a pas encore fermé ses portes !
>> Le "zoo" de Ménilmontant (quelques images).
>> Circuit découverte de l'art urbain dans le 20ème arrondissement.
Publié par barreteau à 10:24:18 dans 75020 | Commentaires (1) | Permaliens
Rue Piat, Paris 20ème.
Chaque jour, Belleville devient un peu plus "bobo", les commerces de proximité ferment et laissent place à des cafés ou à des restaurants branchés qui, loin d'avoir une histoire, se donnent une image.
Les rues du bas-Belleville ont perdu leurs charmes, les cafés et les bars que j'aimais fréquenter sont envahis par de jeunes bourgeois qui essaient de se donner un semblant de fibre populaire mais manifestent leur étonnement à la moindre bizarrerie, pourtant tout a fait banal pour un habitant originel.
Les galeries d'art aussi envahissent le quartier, il paraît que Belleville est maintenant "à la pointe" de l'art contemporain. Les néo-galeristes viennent chercher ici "un décor" et, par pur snobisme intellectuel, pensent que s'entourer de pauvres, de "vrais gens" comme ils disent, ça fait chic...
Bourgeois et galeristes, cherchent à faire croire qu'ils viennent ici non pas parce que les loyers sont moins chers que dans le centre de Paris et parce que le quartier devient branché, mais parce que de "vraies gens" y vivent.
Mais quels vrais gens ? Les gens du foyer Sonacotra de la rue de la Fontaine au Roi par exemple ont certainement les moyens de s'acheter de l'art contemporain... Quelle absurdité!
Moi, je déteste cette expression "les vrais gens", ou alors les bobos sont de "faux gens"?
Tous les quartiers populaires de Paris ont peu à peu disparu de la même manière, aidé par la politique de la ville qui envoie les pauvres en banlieue... où leur déportation crée les problèmes que l'on connait...
Non Belleville n'est pas un décor, c'est un quartier qui a une histoire magnifique et qui vous apprend beaucoup de choses pour peu que vous vous montriez un peu humble....
Belleville est une ville qui a un charme incroyable pour celui qui connaît son Histoire faite de migrations, de résistance, de fierté ... autant de valeurs qu'il ne faudrait pas perdre.
Belleville est une jungle que bobos, galeristes et consorts veulent transformer en zoo.
S'ils réussissent dans leur entreprise, il en sera fini de Belleville ... en tout cas, du Belleville que j'aime.
>> Déjà sur Parisperdu : "Belleville, la belle ville des bobos"
Publié par barreteau à 10:06:20 dans 75020 | Commentaires (3) | Permaliens
ParisPerdu aurait pu s'appeler ParisVolé car si souvent "cette certaine vision" de l'Est de Paris s'est définitivement évanouie, c'est qu'elle a été dérobée au regard par toutes les "avancées de la modernité".
Arpenter la ville à la recherche d'espaces promis à la démolition ou de personnes dont le destin va en être bouleversé : ce n'est pas pour regretter le passé. C'est pour montrer, nous montrer, nous rappeler, que la ville n'est pas une entité figée. La ville vit ... et comme tout être vivant, elle fait parfois des erreurs.
Ainsi va la ville, ainsi va la vie ...
"Ce qui nous incite à revenir en arrière est aussi humain et nécessaire que ce qui nous pousse à aller de l'avant."
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