Parisperdu aurait pu s'appeler ParisVolé car si souvent "ce certain regard" sur l'Est de Paris s'est définitivement évanoui, c'est qu'il a été dérobé par les "avancées de la modernité".
Arpenter la ville à la recherche d'espaces promis à la démolition ou de personnes dont le destin va en être bouleversé : ce n'est pas pour regretter le passé. C'est pour montrer, nous montrer, nous rappeler, que la ville n'est pas une entité figée.
La ville vit ... et comme tout être vivant, elle fait parfois des erreurs.
Ainsi va la ville, ainsi va la vie ...
"Ce qui nous incite à revenir en arrière est aussi humain et nécessaire que ce qui nous pousse à aller de l'avant."
Pier Paolo Pasolini
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Crédit Photo: Sipa Press / Eric Hadj.
"A 20 km de la Tour Eiffel" est le titre de l'exposition d'Eric Hadj qui se déroule actuellement à Perpignan, dans le cadre du Festival "Visa pour l'image 2007". Les photographies présentées sont le fruit de son immersion dans la Forestière à Clichy-sous-Bois, la résidence d'où sont parties les émeutes de 2005.
La Forestière est une résidence privée au cœur de Clichy-sous-Bois, construite dans les années 70. Elle est devenue, trente ans plus tard l'une des résidences aux immeubles les plus dégradés sur le territoire national.
Près de 3000 personnes issues de l'immigration habitent La Forestière. 50% des personnes sont au chômage, surtout des jeunes ...
Un seul bus rallie Clichy-sous-Bois au reste du monde, le 601. Il vous emmène à la ville voisine du Raincy, où l'on peut prendre le RER pour rejoindre le cœur de Paris. L'aller et retour pour Paris revient à presque 9 euros. Trop cher pour se payer un ticket tous les jours. Alors les jeunes passent leur temps dans la "Fofo", la "Forest", le "Ghetto", en jouant au foot ou à la Playstation devant la télé. Ils n'ont toujours rien à faire, ... c'est tous les jours dimanche.
Chômage, échec scolaire et problèmes familiaux forment un terrain propice à la délinquance. La débrouille pour trouver de l'argent, l'échange des bonnes adresses pour ne pas payer les vêtements au prix fort : l'entraide est importante entre jeunes. Ils forment une famille. Presque tous nés en France, ils trouvent injuste d'habiter ici. La conduite sans permis et le défaut d'assurance sont les délits les plus courants. D'autres commettent des délits plus graves, mais cela reste le fait d'une minorité.
En novembre 2005, la résidence s'enflammait comme les autres cités voisines. Mais à La Forestière très peu de voitures ont brûlé ... et surtout pas celle-ci que des jeunes taguent, ici, à la demande de son propriétaire, lequel participe à l'opération. Ainsi, porteuse de tous ces signes que seuls leurs auteurs savent déchiffrer, la voiture fera réellement partie de la cité.
>> Images de l'exposition d'Eric Hadj à Perpignan, (Festival "Visa pour l'image 2007")
>> D'autres images d'Eric Hadj.
Publié par barreteau à 11:54:25 dans Hommes et Métiers | Commentaires (5) | Permaliens
A Belleville, le haut de la rue des Envierges - avec son panorama unique sur Paris - a de tout temps attiré les réalisateurs de films.
En 1950, j'y ai vu tourné plusieurs scènes du "Château de verre", un film de René Clément avec Jean Marais et Michelle Morgan. J'ai aussi assisté au tournage d'une séquence d'un film dont je me souviens plus du titre ... Kirk Douglas y jouait un soldat de l'armée américaine libérant Paris.
Dans le passage Botha, j'ai été époustouflé par des ouvriers du "septième art" qui ont transformé, en moins d'une heure, une cordonnerie en menuiserie : rien n'y manquait, établi, outils, copeaux, ... le décor de la devanture fut posé d'un seul morceau.
C'est là aussi, que j'ai pu voir, de très près, Serge Reggiani et Simone Signoret "en costume 1900" pour une scène de "Casque d'or". Pour ce film mythique, nous, les gamins du quartier, avons joué "à chat" et ... nous étions même ... payés pour cela !
Et c'est dans cet immeuble d'angle, au dernier étage, que fut tourné - 1959 - une séquence du film d'Henri Verneuil "Le Grand Chef", avec Fernandel et Gino Cervi en kidnappeurs d'un petit diable. Tout en haut de ce longiligne immeuble, depuis la toute dernière fenêtre, on voyait, dans l'immeuble d'en face, la boutique du marchand de vin Letourneau chez qui on allait chercher le gros rouge "à la tireuse", en se servant soi-même ...
Mr Letourneau faisait également "bar", et c'est-là qu'un jour, Raymond Pellegrin offrit un café au jeune homme que j'étais alors...
>> "Le Grand Chef", un film d'Henri Verneuil
>> Raymond Pellegrin : un acteur français qui effectua une grande partie de sa carrière en Italie.
Publié par barreteau à 16:16:18 dans Jean Ro. un gamin de Paris ... | Commentaires (2) | Permaliens
Pochoir et aphorisme de Miss-Tic : "C'est la vie, ça va passer ..."
Avec l'art-urbain, on est loin des concours de tags et autres graffitis qui salissent nos murs, vandalisent les devantures des commerces, les véhicules, les pilles de ponts ...
Ici, il s'agit d'une culture urbaine authentique... qui a désormais ses maîtres, ses disciples ... et aussi ses électrons libres.
Tous ces artistes urbains ont quelque chose en commun, ils veulent le beau, la surprise, le dérangement, la poésie accessibles à tous ...
Par leur travail sur les murs, ils incitent les citadins à la flânerie, à la promenade, à la découverte. L'observateur est donc quelque peu dérouté, le public l'est moins et souvent s'arrête spontanément quelques secondes pour admirer une œuvre sur un mur lépreux devenu à nouveau digne d'intérêt.
Alors, levez les yeux, scrutez les recoins, les palissades, les immeubles en attente de démolition : insolents, ironiques, amicaux, agressifs, les pochoirs et les graffs vous interpellent.
Les artistes de l'art-urbain sont ceux qui ornent les vilains murs de la ville pour nous la rende supportable ...
>> Voir aussi Street-Art ...
>> L'art-urbain dans Parisperdu
>> Miss-Tic : 20 ans d'aphorismes dans la rue !
* Les aphorismes : 2006
* Les aphorismes : 2005-2001
* Les aphorismes : 2000-1995
* Les aphorismes : 1994-1990
* Les aphorismes : 1989-1985
>> Miss-Tic, ailleurs dans Parisperdu.
Publié par barreteau à 09:19:37 dans Hommes et Métiers | Commentaires (2) | Permaliens
Ce fut la dernière... elle était-là, le long du sinistre mur de la prison de la Santé, ... la vespasienne du boulevard Arago, et elle a fini telle une vielle star ... recherchée et adulée par les photographes.
Communément appelées pissotières, en référence au "trou dans la coque d'un navire qui laisse s'écouler l'eau du pont", certains les avaient baptisées populairement "tasses" ou plus poétiquement Ginette. On en décomptera jusqu'à 478 sur les trottoirs de Paris ...
En 1961, le Conseil Municipal de Paris décide leur suppression graduelle en raison de la mauvaise réputation de ces lieux et de l'odeur pestilentielle qui en émane. La fin de la gratuité des toilettes publiques parisiennes sera ensuite votée par le Conseil de Paris, et les premières "Sanisettes" payantes (Marque déposée par la société JC Decaux) seront implantées sur les trottoirs parisiens, en 1991.
Bientôt, on en dénombre 420 et aujourd'hui, leur accès est redevenu gratuit.
Autonettoyantes, les sanisettes sont plus hygiéniques que les vespasiennes et mieux adaptée aux exigences actuelles de confort et de propreté.
Hermétiques, elles sont sans odeur. Et surtout, closes et ... horizontales, ... elles sont enfin utilisables par les femmes.
>> Vespasienne versus Sanisette ...
>> Ginette, boulevard Arago ...vue de dos ...
>> Bientôt un nouveau design pour les sanisettes !
Publié par barreteau à 10:37:05 dans 75014 | Commentaires (5) | Permaliens
Odette était ouvrière dans un atelier de mécanique de précision situé rue des Savies et, depuis 1963, elle habitait dans un modeste appartement, tout près de son lieu de travail.
Des promoteurs, avec l'aide de la ville, ont préempté son immeuble et Odette a été contrainte de déménager : "On m'a foutue dehors oui. On m'a dit : "Il faut que vous partiez." "Ça s'est passé d'une façon inhumaine, sans mettre les gants."
Pourtant, Odette avait pensé, qu'on la traiterait avec un peu plus de considération eut égard à son grand âge et à une vie entière consacrée à un travail souvent pénible.
Aujourd'hui, le simple fait de se remémorer les circonstances de ce déménagement aux allures d'expulsion, l'horrifie encore. Odette aurait tant souhaité finir sa vie à Belleville, là où elle avait connu tant de peines mais aussi quelques joies.
Sur son visage de "quatre fois vingt ans", comme elle aime à le dire ... tous ces évènements peuvent facilement se lire car ... ils y sont profondément gravés.
Publié par barreteau à 10:08:22 dans Portraits Incertains | Commentaires (4) | Permaliens
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