Parisperdu aurait pu s'appeler ParisVolé car si souvent "ce certain regard" sur l'Est de Paris s'est définitivement évanoui, c'est qu'il a été dérobé par les "avancées de la modernité".
Arpenter la ville à la recherche d'espaces promis à la démolition ou de personnes dont le destin va en être bouleversé : ce n'est pas pour regretter le passé. C'est pour montrer, nous montrer, nous rappeler, que la ville n'est pas une entité figée.
La ville vit ... et comme tout être vivant, elle fait parfois des erreurs.
Ainsi va la ville, ainsi va la vie ...
"Ce qui nous incite à revenir en arrière est aussi humain et nécessaire que ce qui nous pousse à aller de l'avant."
Pier Paolo Pasolini
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Paris, un jour de juillet.
Midi, parc de Belleville - Paris 20ème.
C'est peu avant midi, que vous allez atteindre le haut de la rue Piat et que vous pourrez découvrir de son belvédère, une grande partie de Paris à vos pieds. Avec le soleil au zénith, la ville, inondée de lumière, semble irréelle tant le calme qui règne ici est profond, aucun écho du vacarme assourdissant de la capitale ne parvient jusqu'à vous.
Descendez alors les allées du parc, en cheminant près des bassins et des cascades qui vous apportent tant de fraîcheur, observez les jeux des enfants sur les toboggans ou près des points d'eau, autoriser-vous un regard furtif vers les langoureuses étreintes des amoureux assis sur les bancs ou à même le gazon …
En remontant vers le haut du parc, par l'escalier qui part de la rue des Couronnes, vous allez sans doute commencer à ressentir une petite faim, mais surtout fuyez le café Bobo, même s'il semble dire qu'après tout, ce n'est pas "La Mer à Boire " …
Allez plutôt casser la croûte au vieux Belleville ou, si le temps vous presse, optez pour un sandwich à la boulangerie du coin de la rue du Transvaal. Le ventre plein, les charmes du haut-Belleville s'offrent à vous : perdez-vous dans les passages, les cités, les ruelles, les rues qui respirent encore l'air d'autrefois: rue des Cascades, rue de l'Ermitage, rue des Soupirs …
Il serait bien étonnant que vous ne rencontriez pas quelques artisans, artistes ou commerçants prêts à vous montrer leurs savoir-faire et à engager avec vous la conversation sur leur quartier, sur ce haut de Belleville qu'ils aiment tant.
A suivre …
>> Voir aussi sur Parisperdu : "Paris ... à dimension humaine".
Publié par barreteau à 10:08:37 dans Sur les pas de ... | Commentaires (3) | Permaliens
Bar "Le Pont tournant", Angle du quai de Jemmapes et de la rue de la Grange aux Belles.
Paris 10ème – 1996
Paris est un réservoir infini d'images et de sensations. Pour vous en abreuver, il vous faudra l'arpenter d'ouest en est, du nord au sud, marcher sans cesse pour espérer, tel Léon-Paul Fargue, devenir un véritable "piéton de Paris", et peut-être alors pouvoir suivre ses fantômes.
Au cours de ces promenades, le marcheur va s'imprégner d'un parfum rare, un peu celui des photos de Doisneau ou de Willy Ronis, celui du promeneur résolu à prendre son temps et à ouvrir grand les yeux.
Voici l'exemple d'une balade parisienne hors des sentiers battus... lors d'une journée bien remplie.
Paris, un jour de juillet.
Départ, 6 heures du matin.
Un plan de Paris en poche, vous éviterez les coins trop fréquentés : Saint- Germain, les Champs, le Trocadéro, ou trop chics, Passy, le Marais ...
Vous foncerez plutôt, face au soleil levant, en direction des hauts quartiers de l'Est parisien.
Dès que vous aurez atteint le canal Saint-Martin, il conviendra de mettre votre esprit en éveil, de guetter le plus humble détail, chaque cillement des paupières lourdes de la ville encore endormie. Là, vous pourrez contempler les couleurs fauves de l'un de mes paysages parisiens de prédilection, cher aussi à Eugène Dabit, peintre et auteur de L'Hôtel du Nord. Vous longerez le canal, vous l'enjamberez par ses passerelles aériennes, vous écouterez le bruit de l'eau s'échappant des écluses et admirerez la majestueuse courbe de cette voie argentée …
N'hésitez pas alors à pénétrer au "Bar du Pont Tournant", un des cafés encore fréquenté par les mariniers. Là, malgré l'heure matinale, les marmites de moules-frites, se vident aussi vite que les ballons de blanc. Un rouquin barbu m'apostrophe dans une langue que je ne comprends pas, en m'adressant un clin d'œil appuyé. Plus loin, vous devez pouvoir assister au même genre de spectacle dans les cafés, les brasseries, les troquets et les bistrots qui se font face de chaque côté du canal, juste avant le bassin de La Villette et sa jonction au canal de l'Ourcq.
A suivre …
>> Voir aussi sur Parisperdu : Le canal St Martin et le dixième arrondissement.
>> Voir aussi sur Parisperdu : "Montrer Paris avec des yeux lucides et amoureux"
Publié par barreteau à 08:53:01 dans Sur les pas de ... | Commentaires (3) | Permaliens
Paris est sans conteste l'un des grands thèmes de Ronis, ses images éclectiques et abondantes, se répondent et se croisent, dans une danse de vie placée sous le signe de la liberté. Le "photographe-polygraphe", comme il se nomme lui-même, fut en effet toujours guidé par le seul souci de s'affranchir des contraintes et des modes. Un artiste autonome, en recherche constante de l'authenticité.
Ronis nous montre simplement les choses et les êtres comme ils sont, comme ils vont, comme ils viennent dans ce Paris, où il va au hasard de la vie, de la ville, "pour provoquer des images", comme il le dit joliment.
"Paris, c'est mon sang!" ajoute-t-il. Dans les quartiers populaires de Belleville, de Ménilmontant, mais dans beaucoup d'autres aussi, il parcourait les ruelles vétustes, les arrière-cours, les squares, les friches urbaines, fixant sur la pellicule les petits métiers, les jeux des enfants, les fêtes foraines et les bals...
Rien de laid ni de vulgaire n'apparaît jamais sur les photos de Ronis. Tout est joie et espièglerie, douceur et volupté, légèreté et humour. Même lorsqu'il traite de sujets difficiles - la pauvreté, par exemple -, il parvient à distiller ce je-ne-sais-quoi de "bonheur malgré tout" et d'humaine tendresse.
Ronis fêtera ses 99 ans aux Rencontres de la Photographie d'Arles, où une rétrospective lui est consacrée. Le doyen des photographes français, a passé trois quarts de siècle à promener son regard bienveillant parmi les hommes, leurs destins, leurs joies et leurs misères. Aujourd'hui qu'il n'exerce plus ses talents, il garde encore cette capacité à s'émerveiller sur le monde, à croire en l'avenir, à ne rien regretter de ce qu'il a vécu.
Mais comment regretter une vie passée à ouvrir grands les yeux, pour faire en sorte que l'ordinaire se révèle extraordinaire ?
>> Les rencontres d'Arles 2009.
>> Ecoutez Willy Ronis sur son parcours, sa vision de la photographie, ...
>> Willy Ronis et Parisperdu.
>> Parisperdu et Willy Ronis.
Publié par barreteau à 09:18:19 dans Hommes et Métiers | Commentaires (7) | Permaliens
Rue Myrha - Paris 18ème
A la sortie des bistrots, malgré la nuit, la lumière est à son intensité maximale, elle explose de tous côtés … Elle s'étalera sur toute la surface de la photographie et les plus fins détails percuteront le devant de la scène.
Les hommes, toutes générations confondues, sont ici les plus nombreux. En attente, solitaires ou par petits groupes de deux ou trois, ils sont seuls dans la cité qui les entoure, perdus dans la ville, perdus dans la vie.
Ces individus ponctuent notre parcours dans ce quartier "chaud" de la Goutte d'or. Leurs regards à l’agressivité préventive indiquent qu’ils sont ici chez eux.
Certains "deal", d’autres, moins nombreux ou moins visibles, guettent et surveillent les prostituées. D'autres encore sont là, appuyés au mur qui forme un arrière-plan plus sombre, sans ouverture, rendant possible l’adossement, le contrôle de l’arrière, et donne, malgré la pénombre, un champ de vision longitudinal lointain. Quelques uns sont enveloppés par la lumière artificielle, des ombres marquent leur visage et leur donnent d'affreux rictus.
Ces situations qui ailleurs pourraient sembler bizarres, décalées, paraissent ici normales, naturelles.
Chaque nuit, à la Goutte d'or, règne une étrange banalité …
>> Déjà sur Parisperdu : "Eva yé t'aime".
>> Déjà sur Parisperdu : "Perspective à la Chapelle".
Publié par barreteau à 08:22:46 dans 75018 | Commentaires (2) | Permaliens
La rue de Montempoivre est une petite rue bien calme du 12ème arrondissement. Elle débouche sur la porte du même nom. Cette dernière n'a toutefois pas eu l'honneur de figurer parmi les 34 portes qui rythment le périph, si bien que peu de parisiens en connaissent l'existence. Et, si vous y résidez, vous serez constamment obligé, pour préciser votre adresse, d'indiquer : "c'est entre la porte de Vincennes et la porte Dorée" …
Ici, seule une raie de lumière égaye et réchauffe la petite rue à l'atmosphère plutôt froide.
Cette irruption du soleil est due au seul fait que les immeubles n'ont pas pu s'adosser au pont du chemin de fer de la Petite Ceinture. Mais la nature urbaine ayant, par définition, horreur du vide, ce no-mans' land fait - peu ou prou - office de décharge sauvage : cartons et objets divers sont fréquemment déposés ici, bien en évidence dans le petit puits de lumière, face à l'incongru placard publicitaire.
Un peu plus loin, une enfilade de ponts donne à la rue de Montempoivre un petit air de rue Watt. Ce paysage est toutefois bien différent de celui de la célèbre voie souterraine du 13ème. Car là, s'annonce la coulée verte, et alors, au bout de la rue, enfin libérée de toute entrave, la lumière éclate de toute part …
Publié par barreteau à 09:53:54 dans 75012 | Commentaires (3) | Permaliens
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