• Dans ses billets intitulés "Démolition des murs ... démolition des vies" , Parisperdu a montré comment la volonté de certains avait eu raison de quartiers entiers de Paris. Parfois cette "rage de destruction" n'est pas le fait des hommes mais celui d'un tragique destin qui s'acharne sur certains lieux de vie.
    Dans le sud de la France, après Perillos, un village perdu des Corbières, après Celles un village ruiné et dévitalisé au terme d'une longue épopée; après Comes un village abandonné suite aux terribles périodes de sécheresse des années 20; après Flassa, un autre village abandonné qui gît, posé sur la pente ... dans un paysage magnifique...
    Parisperdu a visité le village d'En. (Prononcer "N").
    Chaque village perdu porte les ruines de notre mémoire.



    Au départ de Nyer, le sentier pierreux est abrupt, direct, sans concession pour le marcheur. Un panneau en bois indique: "En : 30 minutes". Il en faudra bien plus pour apercevoir les premières maisons ruinées de ce village perdu.

    En (Prononcer "N") s'est peu à peu désertifié, un abandon progressif: d'abord par manque d'eau, puis par l'attrait de la riche plaine, vue comme un remède à la pauvreté qui régnait ici depuis la fermeture des mines de fer d'Escaro qui assuraient un salaire aux familles de la région.

    A son apogée, au début du XIXème, 65 habitants vivaient au hameau. Mais entre les deux guerres, En ne comptait plus que 3 familles, dont les enfants allaient à l'école à Nyer, à pied.

    Puis, en 1955, le village est définitivement abandonné, les derniers habitants descendent habiter Nyer. Les herbes envahissent alors rapidement les anciennes cultures, et beaucoup de maisons vont s'écrouler. Une communauté de hippies squattera les lieux dans les années 70, laissant après son départ, un champ de ruines. 

    Deux natifs du village de Nyer ont entrepris de restaurer des maisons, l'un a terminé son ouvrage, l'autre en a encore pour deux ans. La grande bergerie aussi devrait être reconstruite.

    Mais pour autant, le village n'est pas prêt à reprendre vie car, depuis le départ des derniers habitants, les conditions se sont durcies à En.
    Plus d'électricité, la ligne en 110 volts a été coupée il y a bien longtemps. Plus d'eau non plus, car la source qui approvisionnait chichement le village a été détournée, plus haut vers un réservoir anti-incendie. Aussi le lavoir, pourtant parfaitement restauré, reste aujourd'hui désespérément à sec.
    Seuls des troupeaux de bovins font une étape dans les rues du hameau et les prés alentours, avant et après la période estivale, laissant derrière eux une multitude de bouses qui finissent par sécher au soleil …

    Mais, légèrement à l'écart, seule, isolée dans un grand pré jauni, perchée sur son promontoire, reste le joyau du village: l’église romane Saint Just et Saint Pasteur du XIIe siècle, avec sa nef unique, son abside semi-circulaire et son mur clocher.

    Ici, près du sanctuaire, comme dans le village abandonné, les dernières traces humaines se font rares: seuls les restes de trois tombes anonymes émergent du terre-plein du petit cimetière …



    >> L’église Saint Just et Saint Pasteur d'En, le joyau du village.

    >> Balade dans le village d'En.

     

     


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  • De passage à Moissac pour visiter sa merveilleuse abbatiale, qu'elle n'est pas ma surprise de tomber sur un bâtiment de briques rouges dont le fronton porte l'inscription suivante :" Don de la ville de Paris - 1930" ? 

    Pourquoi donc la ville de Paris aurait-elle offert à Moissac cette halle marchande, récemment transformée en salle de spectacles ?
    Et, que s'est-il donc passé cette année-là?

    En mars 1930, une véritable catastrophe s'abat sur Moissac, sans doute la ville la plus touchée par la grande inondation qui dévaste alors tout le Sud-ouest. A Moissac, l'on dénombrera en effet 120 morts, 1 400 maisons détruites et près de 6000 sans abris.

    Face à ce désastre, un immense élan de solidarité se dessine partout en France.
    Un vaste programme de reconstruction succède rapidement à la catastrophe. Près des berges du Tarn, de très nombreux logements individuels, redessinant des rues entières, sortent de terre dans le plus pur style Art déco. Ce qui donne aujourd'hui un charme tout particulier à la cité.

    La ville de Paris, quant à elle, choisit d'aider Moissac, en lui offrant la reconstruction de ses halles centrales.
    Erigé sur la place du marché, le nouveau bâtiment sera nommé "le Hall de Paris", vitré et décoré de fresques rouges au motif du fameux chasselas doré de Moissac.
    Et sur le fronton, aperçu ce jour, a en effet été gravée une inscription à la mémoire de la Ville de Paris, en hommage à sa vive générosité.


    >> En savoir plus sur les évènements de mars 1930.

    >> Moissac, site officiel de la ville.

     


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  • Dans ses billets intitulés "Démolition des murs ... démolition des vies" , Parisperdu a montré comment la volonté de certains avait eu raison de quartiers entiers de Paris. Parfois cette "rage de destruction" n'est pas le fait des hommes mais celui d'un tragique destin qui s'acharne sur certains lieux de vie.
    Dans le sud de la France, après
    Perillos, un village perdu des Corbières, après Celles un village ruiné et dévitalisé au terme d'une longue épopée; après Comes un village abandonné après de terribles années, entre 1921 et 1926, quand la sécheresse eût raison, saison après saison, de chaque récolte; Parisperdu a visité Flassa, un autre village abandonné qui gît là, posé sur la pente ... dans un paysage magnifique...


    Chaque village perdu porte les ruines de notre mémoire.




    Il faut marcher longtemps, grimper surtout et, bien après que le souffle soit devenu court, … dans un ultime lacet, apparaît soudain la récompense: l'église Saint-Maurice de Flassa, aux avant-postes du village.

    Si loin du tout, posé sur la pente, sans même un panneau pour signaler son existence, Flassa se baigne, en ce matin, dans un soleil d'été.

    C'est d'abord le silence qui vous accueille ici, celui de l'abandon, du vide.
    Pas un être humain, pas un animal, rien de vivant, … à Flassa, même les arbres sont morts !

    Dans les années 60, la fermeture des mines de fer et des marbrières, le déclin du pastoralisme, l'attrait des villes … ont été les facteurs du dépeuplement de ce territoire. A Flassa, la poignée d'irréductibles, partisans de la vie en montagne va alors se réduire progressivement, jusqu'au tournant de l'année 2000. Cette année-là, Flassa avait encore un dernier habitant, un berger, vieux, tenace, fidèle à sa maison musée alors que le reste du hameau continuait à se rider, à se creuser. Il est allé jusqu'au bout, avec ses quelques moutons et tout cet espace où le regard plonge et se perd.

    Dans sa maison, dorénavant elle aussi abandonnée, la seule encore habitable, un cantonnier de la commune voisine a pris le relai.
    Il y loge de temps à autre, surtout pendant la période des foins, où il est chargé de couper les herbages et de les stocker au rez-de-chaussée de l'habitation. Le fourrage nourrira les troupeaux de passage, jusqu'à l'approche de l'hiver.

    Pour lui rendre la vie un peu plus facile, on lui a installé une dizaine de m2 de panneaux photovoltaïques : seul signe de modernité dans le vieux village abandonné.
    Alors, timidement Flassa se dénoue de son abandon, les quelques salades et tomates cultivées par ce nouveau résident, en sont les témoins.

    Face au Canigou omniprésent, la montagne sacrée des catalans, Flassa garde une certaine noblesse. Et, lorsque Jean Giono écrit: "Comme les hommes, les pays ont une noblesse qu'on ne peut connaître que par l'approche et la fréquentation amicale. Et il n'y a pas de plus puissant outil d'approche et de fréquentation que la marche à pied.", on peut penser qu'il est venu un jour jusqu'à Flassa !

    Alors nous aussi, nous vous invitons à marcher, à suer, à peiner pour atteindre ce village perdu …
    Et, tout comme Aladin qui frotte sa manche à la lampe magique, en frottant vos chaussures à la terre, à la roche, vous réveillerez l'esprit des lieux, l'esprit de ce village abandonné … au moins pendant le court temps de votre visite.


    >>  L'église Saint-Maurice de Flassa, aux avant-postes du village.

    >> Balade dans le village de Flassa.

     

     


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  • Dans mon village de vacances, on me dit qu'il existe un "petit Paris".
    Un petit Paris ?
    Je me fais, bien sûr, un devoir d'aller voir ça de plus près.

    Sur la presqu'ile qui referme le port sur lui-même, sur une hauteur qui domine même le clocher du village, il y a là, une petite dizaine de maisons, le long de deux rues minuscules : c'est le petit Paris.

    Mais rien ne semble justifier une telle appellation, ici rien de capital, tout respire la modestie … dans une torpeur bien méditerranéenne. Point d'agitation dans les rues où seuls quelques chats se prélassent au soleil et quelques résidents âgés se reposent à l'ombre du figuier.
    Alors pourquoi le petit Paris … ?

    Il faut aller chercher la réponse, dans la déformation du vocable catalan du lieu, le petit Paris serait en fait … le petit Barri, le petit quartier !
    Et, là on comprend mieux, car ce petit quartier est bien en fait une annexe du village … et ce "barri" a un charme fou … un peu comme Paris finalement !


    >> Le Petit barri de Port-Vendres (Pyrénées-Orientales)



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  • Place des Moulins, quartier du Panier, Marseille.

    De passage dans la cité phocéenne, mon attachement pour les quartiers populaires de nos métropoles me conduit naturellement au Panier.

    Une charmante guide de l'Office du Tourisme encadre la visite : sa connaissance des lieux et son amour pour Marseille seront sans doute les gages d'une balade réussie.

    Mais quel n'est pas mon étonnement lorsque nous arrivons à la Place des Moulins d'entendre mon cicérone s'exclamer: "Voici l'endroit qui devrait devenir notre Place du Tertre" !

    Certes la Montée des Accoules peut faire penser aux "escaliers de la Butte" parisienne, certes certaines ruelles du Panier peuvent vaguement rappeler Montmartre, mais de là à imaginer que la Mairie de Marseille veuille faire du Panier, le Montmartre marseillais, il y a de quoi s'étonner.

    Comment une ville qui entretient une rivalité certaine avec la capitale, pour ne pas dire une détestation du parisien, peut-elle avoir l'idée de copier Montmartre ?
    Car la comparaison Panier / Montmartre s'arrête à la topographie des lieux et, Montmartre n'est pas qu'une butte. Montmartre c'est une longue histoire qui va de la Commune de Paris en 1871 au lieu phare de la peinture des 19-20ème siècles. Montmartre a en effet, accueilli des artistes comme Pissarro, Toulouse-Lautrec, Van Gogh, Modigliani, Picasso... Montmartre c'est aussi le Sacré-Cœur, le Lapin Agile, Le Moulin de la Galette, des musées, la fête des vendanges …
    Le Panier n'a ni cette histoire ni ce potentiel, aussi vouloir singer Montmartre n'a pas de sens …

    Place des Moulins, il n'y a plus de moulins, alors qu'au coin de la rue Lepic, le Moulin de la Galette est toujours en état de marche. Et, vouloir implanter des peintres avec leurs chevalets au Panier, ne sera pas chose aisée, les jours de mistral …

    Vouloir développer l'attrait touristique du Panier n'est peut-être pas une mauvaise idée, mais pour cela, vouloir copier Montmartre n'en est certainement pas une bonne !



    >> La Montée des Accoules.

     

     

     


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