• "Passatges" - Port-Bou,  Juillet 2009



    En 1935, le philosophe allemand Walter Benjamin entreprend un ouvrage qu'il intitule: "Le Livre des passages" et où il tente d'analyser l'entrée dans la modernité à travers les vestiges du Paris du 19e siècle. Resté inachevé, l'ouvrage constitue la matrice intellectuelle des derniers écrits du philosophe allemand et inscrit sa pensée aux confluents de l’esthétique, de l’histoire, des études urbaines et de la sociologie de la culture.

     

    Dans cet ouvrage, l’apport principal de Walter Benjamin est sans doute d’avoir conçu la ville comme l’espace d’intelligibilité de la modernité. "Le Livre des passages" représente, en effet, une tentative sans précédent pour déchiffrer dans l’architecture parisienne du 19e siècle la préhistoire de la modernité. Walter Benjamin y développe une conception sémiotique de la ville. Celle-ci se donne à lire, un peu comme un livre. On trouve un héritage direct de cette approche dans l’ouvrage de Karlheinz Stierle, "La Capitale des signes", qui place la question de la lisibilité au cœur de l’expérience moderne de Paris.

     

    Loin de Paris, c'est dans la petite ville catalane de Port-Bou, là où Walter Benjamin, tentant d’échapper au nazisme, s’est donné la mort le 26 septembre 1940, que s’élève, depuis 1994, une œuvre spatiale de Dani Karavan, en mémoire du grand penseur juif allemand. Cet hommage à Walter Benjamin, nommé du nom catalan "Passatges", fait directement référence à son ouvrage inachevé, "Le Livre des passages".

    Si vous le visitez, il ne faudra surtout pas vous arrêter au premier aspect, plutôt abrupt, du monument, car ce mémorial est avant tout une formidable machine à émouvoir et à penser.

    Tout comme l'est aussi l'œuvre littéraire de Walter Benjamin.


    >> Karlheinz Stierle, "La Capitale des signes".



     

     


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  • Hier, ce fut comme une apparition : une jeune fille, seule, un peu perdue au milieu du vieux château, à 728 mètres d'altitude, face à l'immensité de la plaine …

    Immédiatement cette image en appelait une autre et, en écho, me revenait l'image de "La fille de Bercy", elle aussi seule sur la terrasse surplombant le fleuve, face à la démesure de la Très Grande Bibliothèque …


    >> En écho, dans Parisperdu : "La fille de Bercy".

     

     

     

     

     


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  • "Collioure 1954".  © Edouard Boubat


    Dans les années 50, Edouard Boubat photographie beaucoup Paris, surtout ses parcs, ses jardins... Puis il se met à voyager à travers le monde et, lorsqu'il traverse le Roussillon, pour lui - comme pour beaucoup - une halte à Collioure lui semble indispensable.

    Boubat tient alors absolument à voir les lieux précis où Matisse et Derain ont, quelques 50 ans auparavant, inventé le "fauvisme". Il ira même jusqu'à rechercher, avec minutie, tous les angles de vue choisis par les deux "fauves" pour croquer le petit port catalan.

    Il accédera ainsi au premier étage de la maison Soulier. Et c'est de ce balcon où Matisse et Derain peignaient, que Boubat prendra cette image sobrement intitulée : "Collioure 1954".

    Aujourd'hui,  la maison Soulier est devenue le Café "Chez Simone", et ses balcons ont été totalement remaniés.
    Toutefois, en déambulant dans le village, il est possible de retrouver certaines fenêtres dont les balcons arborent un délicat ouvrage de fer forgé ... le même que celui qui n'avait pas manqué d'attirer l'œil d'Edouard Boubat, tant il dialoguait parfaitement avec l'imprimé de la jolie robe de Sophie, sa compagne ...


    >> Détail de "Fenêtre à Collioure" d'Henri Matisse. (1905)

    >> Collioure aujourd'hui: "fenêtre et balcon à l'identique".

    >> Edouard Boubat, récemment à la Maison Européenne de la Photographie.
     
    >> Boubat, la rétrospective ... sur Parisperdu



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  • A quoi cette photo peut-elle bien vous faire penser ? Vous ne voyez pas ?
    Mais si, ... des gamins occupés à jouer près d'une grille de protection, quelque part dans une rue ?
    Oui bien sûr, cela évoque la célébrissime photo de Willy Ronis, captée sous les escaliers situés à l'angle de la rue Vilin et de la rue Piat, dans le 20ème arrondissement.

    Mais là, nous ne sommes pas à Belleville, ... et nous ne sommes pas non plus dans les années 50, car la photo date ... d'hier.
    Elle est le résultat d'une rencontre furtive avec de jeunes catalans, dans une rue de Collioure.

    Comme le temps ou le vent qui jamais ne s'arrêtent, les jeux des enfants sont constamment-là devant nos regards ... et il nous suffira d'être attentif ... pour être sous le charme des gamins de Paris, de Collioure ou d'ailleurs ...
    Hier, l'esprit de Willy Ronis voyageait dans le sud...


    >> La célébrissime photo de Willy Ronis : "Les gamins de l'escalier de la rue Vilin".

     


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  • Dans ses billets intitulés "Démolition des murs ... démolition des vies", Parisperdu a montré comment la volonté de certains avait eu raison de quartiers entiers de Paris.

    Parfois cette "rage de destruction" n'est pas le fait des hommes mais celui d'un tragique destin qui s'acharne sur certains lieux de vie, comme à Perillos , un village des Corbières que vous avez pu découvrir récemment sur Parisperdu.
    Dans d'autres cas, comme à Celles, un village au cœur d'un paysage remarquable associant la terre rougeâtre et les eaux bleues d'un lac ... le village a été ruiné et dévitalisé au terme d'une longue épopée ... 


    Dans les années 50, le village de Celles (Hérault) compte 80 habitants, pour la plupart viticulteurs. Ici, en 1959, la crise viticole amène les pouvoirs publics à envisager la reconversion du vignoble en verger, ce qui nécessite la création d'une réserve d'eau pour l'irrigation. Les études s'orientent vers l'édification d'un barrage sur le ruisseau du Salagou dont les crues sont souvent spectaculaires.
    Pendant dix ans, jusqu'en 1968, se succèdent alors rachats et expropriations des propriétés concernées par la mise en eau de la vallée, prévue en deux temps : tout d'abord à la cote (altitude) 139 puis à la cote 150. Le village de Celles (altitude 143 mètres) est donc condamné à être englouti lors de la seconde étape de la réalisation de la retenue.
    Mais, bien qu'indemnisés, les habitants restent pour la plupart attachés à leurs terres et à leur village.
     
    Le département de l'Hérault devient donc, suite aux expropriations, propriétaire de la quasi-totalité du village, hors les bâtiments communaux (mairie, ancienne école, église, logement du curé et de l'institutrice) qui sont  juridiquement non-expropriables.
    La mise en eau du barrage a lieu en Octobre 1969. Les anciens propriétaires quittent alors le village devant la montée des eaux, mais le statut de commune perdure.
    Dès 1970, on assiste au pillage des maisons par ceux qu'on dénommera "les bricoleurs du dimanche". Puis c'est une communauté hippie qui s'installe à Celles; elle y restera 3 ans.
    En 1980, Joseph Envenido, surnommé "Bichette", occupe les locaux municipaux d'où - sans eau, ni électricité, ni téléphone - il assure le gardiennage du village. Les vols deviennent moins intensifs mais les maisons déjà dépouillées de leurs tuiles, fenêtres, carrelages ... se délabrent rapidement.
    Entre 1985 et 1989, on assiste à la réhabilitation du secrétariat de mairie, de l'église puis à l'aménagement de deux appartements dans des bâtiments communaux. On procède également à leurs raccordements électrique et téléphonique.
    En 1990, suite la  décision du Conseil d'Etat en faveur du maintient du statut de commune, le conseil municipal de Celles, espérant faire "bouger" le département pour revitaliser le village, met en demeure le conseil général, propriétaire des ruines, de les sécuriser au titre de la sécurité publique. Le résultat escompté- la remise en état des maisons - débouche en fait sur une action de cristallisation du village avec le bétonnage des crêtes, des murs et la pose de grillages autour des maisons, rendant l'ensemble encore plus sinistre qu'auparavant ...
    Aussi, lorsque vous parcourez le village vous pensez invariablement ...  à Oradour-sur-Glane, ... à un village martyr, victime de la folie humaine !
     
    En février 1996, c'est le coup de théâtre, le conseil Général de l'Hérault fixe la "cote maximale définitive" des eaux du lac à 139 mètres, libérant ainsi officiellement le village de Celles de la menace de submersion entretenue depuis 30 ans.
    Depuis lors, la municipalité de Celles ne cesse de batailler pour briser les barrières et les rigidités administratives, pour résoudre les nombreuses difficultés techniques, juridiques et financières et pour finalement faire aboutir la réhabilitation du village.  
     Le dur parcours de cette petite commune en ruines se poursuit donc ... sans savoir encore si un jour le village, qui finalement fut "sauvé des eaux", pourra revivre normalement ?


    >> Celles, un village au cœur d'un paysage remarquable.

    >> Mesnager, un grand de l'art urbain : de Paris à Celles, le même combat.



      
     


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