• Nous sommes le 25 juin 1996, et demain l'équipe de France de football joue - à Manchester - les demi-finales du championnat d'Europe contre
    la République Tchèque.

    René, l'artisan-coiffeur du 108 de la rue de Bagnolet, est plongé dans la lecture de l'Equipe, ... et il est fort perplexe. Il découvre en effet, que le jeune Zidane, qu'on annonce comme un futur grand parmi les maîtres à jouer, s'est blessé hier, à l'entraînement.

    Voilà un sujet de discussion que René ne manquera pas d'aborder avec son prochain client. Mais, depuis l'ouverture d'un salon franchisé très tendance - un peu plus haut dans la rue - les clients se font rares. Car il faut bien avouer que, face à ce nouveau concurrent, le salon de René a pris "un sacré coup de vieux".

    Demain la France sera battue aux "tirs au but" et René - dépité - risque fort de s'assoir à nouveau dans les fauteuils désertés par ses clients.

    Décidemment, on vit une sale époque ...



    >> Pour les "footeux" : en savoir plus ...



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  • Kiné presse le pas pour rentrer chez elle. Elle habite ici, 6-8, passage Goix - avec son mari et leurs quatre enfants - au Grand Hôtel des Vosges. Un "meublé" voué à la démolition comme la plupart des autres bâtiments extrêmement dégradés de cet îlot situé au cœur du quartier Stalingrad.

    De ses fenêtres le spectacle est permanent. Un terrain vague baptisé "la jungle", massif broussailleux mal défendu par des palissades en tôle, sert de "chambre de shoot". S'aventurer au milieu de ce champ d'immondices, s'avère particulièrement dangereux tant le sol est jonché de seringues et de cuillères ... Le passage Goix, cette sinistre ruelle, est devenu une zone interdite: qu'on s'en approche, qu'on y risque un regard appuyé, et un homme s'avance, vient vous demander d'un ton rogue ce que vous voulez.

    Kiné et sa famille vivent ici dans des conditions invraisemblables : l'extrême délabrement des lieux, la présence permanente de dealers, de drogués, de squatters, les intrusions incessantes dans leur immeuble, ... sans parler des rats et du saturnisme qui menace ses enfants ... tout cela devient très vite insupportable. Mais quand on est clandestin il faut tout supporter : c'est le prix à payer.

    Vu du Sénégal, Paris ne ressemblait pas du tout au Passage Goix ...



    >> Le nouveau passage Goix   

      
    >> Le quartier est aujourd'hui entièrement réhabilité




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  • Manu ne veux pas être considéré comme taggeur, mais comme graffeur. 

    La différence? Le tag, c'est une signature sur des murs, des garages, des camions, ... bref tout ce qui salit et détériore l'espace urbain. Le graff serait au contraire une expression artistique.

    Mais écoutons plutôt Manu : "Lorsque je fais du graff avec mon groupe, je ne pense plus à rien. Je me concentre sur ce que j'ai à faire. Lorsque tu « graffes » en laissant libre cours à ton imagination c'est apaisant. Mes graffs expriment un certain mécontentement par rapport à l'imperfection de la société, mais aussi des scènes avec des brins d'espoir. On préfère peindre de jour, car nous ne sommes ni des vandales ni des délinquants : on ne choisi que des murs délabrés, des friches urbaines, des sites désaffectés ...".

    Le graff est le travail sans salaire de Manu, l'artiste-Rmiste mais c'est aussi son seul loisir car le graff peut revenir cher. Une bombe de peinture peut coûter jusqu'à 7 euros, et pour 25 m2 de fresque, il faut parfois jusqu'à 500 bombes: 3500 euros ... le prix d'une œuvre d'art ....

       
    >> Un des premiers graffs de Manu, en 1997


    >> Graffiti.org : la bible des Graffeurs et des Taggeurs


     


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    "Méfiez-vous de vos rêves de jeunesse, disait Goethe, ils finissent toujours par se réaliser."

    Aujourd'hui, Roger rentre chez lui, car depuis 1974, il réside là : Sentier de la Station.
    Là où déjà il rêvait d'habiter, lorsque encore tout gamin, son père l'amenait sur ce lieu. Il lui racontait qu'il devait courir sur ce sentier pour attraper chaque matin le premier train de la Petite Ceinture à la Gare "Pont de Flandre" qui se dresse encore fièrement là-haut, tel un phare.

    Car Roger, cet ancien cheminot qui réside dans une gare, devant laquelle plus aucun train ne passe, est un peu comme le gardien d'un phare.
    Lui aussi se sent isolé au milieu de cet océan urbain, et lui aussi doit entretenir la lumière ; celle de l'espoir (un peu fou) de revoir un jour s'animer sa chère station du Pont de Flandre.

     

    >> Parfois un train s'y égare ...

     

    >> En savoir plus sur la petite ceinture.

     

     


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  • Maurice Caner se définissait lui-même comme le "dernier tapissier" de Charonne. Il faut dire que sa spécialité : la réfection de matelas et de sommiers n'était plus très en vogue même si son "avantage marketing" - pourtant bien en vue sur sa carte de visite -  était : "PRIS LE MATIN, RENDU LE SOIR".

    La donne du marché de la literie ayant changé, Maurice se tourna alors vers la réfection des sièges "de style ou moderne" précisait-il. Dans ce domaine, le savoir-faire rare de cet artisan devint vite très recherché et Maurice travailla pour les plus prestigieuses des adresses : château de Versailles,  palaces-hôtels de luxe des grandes métropoles ... et même les palais des émirs du Moyen-Orient.

    Il fallait le voir à l'œuvre, dans le bric-à-brac de son atelier du 19 de la rue des Orteaux, dans le 20ème, pour comprendre que son geste rapide, précis et sûr devait avoir peu d'équivalent de par le monde. Et le tout sans un mot ... évidemment puisque Maurice avait la plus part du temps la bouche pleine de clous ... qu'il distribuait un à un entre ses dents avec la régularité d'un métronome !


    >> La carte de visite de Maurice ...


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