• Mai 68 restera pour Elie une date importante, non pour les évènements qui marquèrent cette époque mais par le fait qu'il quitta alors, et en bons termes, son patron de la rue du Caire pour se mettre couturier à son compte, dans les hauts de Belleville.

    Elie s'installa près du métro Pyrénées aussi, avait-il coutume de dire qu'il avait atteint les Pyrénées en passant par "le Sentier" !
    Il occupait, au premier étage, un deux pièces que lui sous-louait son frère. C'est-là, dans un immeuble plutôt vétuste, qu'il implanta son atelier de "sur demi-mesure". Le terme ne figure pas au registre des métiers pour la bonne raison qu'à Paris, seul Elie a pratiqué cette activité.

    Elle consistait à fabriquer des costumes sur mesure à partir de vêtements "grands patrons", on dirait aujourd'hui XXL, souvent invendables et que lui cédait à bon prix son ancien employeur. Comme le costume n'était pas intégralement fabriqué "sur-mesure", Elie avait inventé le terme de "demi-mesure".

    Rapidement le bouche à oreille fonctionna et Elie fut obligé de chercher des sources d'approvisionnement complémentaires à celle de son ex-patron.
    Il faut dire qu'Elie avait le génie de la coupe et ne vivait que pour la couture. Aussi fallait-il le voir, tel un maître de ballet, le mètre-ruban autour du cou, la pelote d'épingles au poignet et la craie de couturier en main, tournoyer autour de son client pour lui ajuster au mieux sa tenue … ajouter un peu d'étoffe au niveau de la poitrine pour les messieurs à fort jabot ou au contraire en retirer pour ceux aux fesses plates …
    Pour le pantalon, il ordonnait au client de faire lui-même la mise en place de la "partie intime", en s'exclamant : "le fusil à gauche, s'il vous plaît, toujours à gauche, … !"

    Puis, à la fin de l'exercice pratique, Elie retrouvait rapidement son âme de commerçant : "Je te fais le second à moitié prix, crois-moi c'est une affaire" lâchait-il systématiquement, sans que l'on comprenne bien si la bonne affaire était pour le client … ou pour lui ?
    Mais vous aviez passé avec ce dôle de petit bonhomme un bon moment et vous repartiez toujours de la rue des Pyrénées, le cœur plus léger, … le portefeuille aussi.



    >> Denise, ouvrière en voie de disparition.

    >> Artisans, générations perdues.




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  • Il ya tout juste 10 ans, Alain Finkielkraut publiait "L'imparfait du présent ".  
    Se retournant alors sur l'année 2001, c'est aussi sur le vingtième siècle qu'il jette un regard.

    En soixante-dix courts textes qui prélèvent des fragments de l'actualité de notre monde chaotique, l'auteur nous invite à nous adonner à ce difficile et salutaire exercice : penser par soi-même.

    "L'imparfait du présent " est une méditation sur notre temps, pour nous dire le monde moderne comme il le voit, c'est-à-dire soumis à quelques alternatives sommaires et dégradé par un certain nombre d'avilissements.

    Dix ans plus tard, rien ne semble avoir changé, nous vivons toujours dans ce même monde impitoyable où l'Argent l'emporte sur l'Humain.
    Car, en ce moment, si le monde fabrique de plus en plus de profit, de moins en moins de gens en profite !

     

    >> Lire aussi sur Parisperdu: "Carré des biffins".

     

     


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  • Hall de l'immeuble 5C, dans l'un des quartiers Nord de la capitale.
    Mouss est au centre de l'image.


    On les appelle les "hitistes", littéralement les "teneurs de murs". Leur  nom est dérivé du mot “hit” qui en algérois signifie “mur”.
    Est hitiste, un jeune de sexe masculin, chômeur, adossé toute la  journée à un mur parce qu’il n'a pas plus d’espace personnel au domicile familial que d’espérance d’évolution dans la société. Le hitiste revient toujours squatter le mur nourricier qui l'a vu grandir, lui et ses congénères.

    En ce matin d'hiver, je pars dans les quartiers Nord de la capitale, à la rencontre de jeunes en galère, collectionneurs au mieux de petits boulots et tous marqués par l’échec scolaire.

    Je finis par croiser Mouss, 21 ans, qui cherche la voie qui lui permettrait de couper le cordon ombilical avec "les murs de chez lui" …

    Mouss est là, depuis des années, du matin jusqu'au soir, avec ses potes hitistes. Collés au mur toute la journée, ils regardent passer la vie …

    Mouss n'a jamais travaillé, n'a connu que l'ennui, le chômage, la petite délinquance aussi un peu… et les problèmes de logements: ils sont 8 dans le petit 3 pièces familial, … alors il est tout le temps dehors. Et il ne peut même pas déménager, "j'habite dans mes vêtements" dit-il, un brin désabusé.

    Alors Mouss n'en peut plus, depuis des années et des années il veut partir … ailleurs, n'importe où, mais ailleurs, … là  où il y aurait des activités et des occupations autrement plus épanouissantes …
    Mais il est où, cet ailleurs ?


    >> "C'est déjà ça …"

     


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  • En cyclo-pousse dans le Sud-est… parisien.

     

     

    Paris n'est plus Paris.
    Où est passée sa gouaille, celle des ouvriers, des artisans, des crieurs sur les marchés, des piliers de bar dans les petits bistrots de quartier ...?  Où sont les bus chargés de populo qui, le dimanche, allaient à la campagne, loin, très loin de Paris ... là-bas ... sur les bords de Marne ?

    Qu'en reste-il aujourd'hui ?

    Une grande partie de l'Est parisien s'est embourgeoisé pour laisser peu à peu place à des rues propres certes, mais sans âme et où il manque souvent la vie.

    Il suffit de regarder les devantures, à chaque carrefour: banques, compagnies d'assurance, bureaux d'agences immobilières … ont pris la place des bistrots, des épiceries, des échoppes d'artisans … tout un monde disparu pour toujours.

    Aujourd'hui, Paris m'exaspère et m'oppresse.

    Dans le 20ème, il faut voir les boutiques "standardisées" de Jourdain et de Télégraphe, elles sont devenues identiques à celles du 16ème. Le dimanche,  les bobos et leurs poussettes "high-tech" envahissent, au plus près de chez eux …"leur" campagne et sa pseudo-Guinguette des Buttes Chaumont.

     

    Ne serions nous pas tous devenus un peu "bobo sur les bords", lorsque nous nous adonnons aux us et coutumes de ce petit monde qui confond souvent "buzz" et culture ?
    Alors demain … tous bobos ?



    >> Le blog qui vous raconte tout sur la tribu des bobos.

     

     

     


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  • Sticker trouvé dans le métro: "I love rien, I'm parisien"

     

     

    C'est bien connu, le Parisien est un être fat, hautain, vaniteux, agressif, méprisant, antipathique, xénophobe et, pas très accueillant … avec son regard en coin et son sourire en berne. Bref, le parisien joue son rôle et s'y tient.

     

    Allons, Parisiens : serrons nous  les coudes et faisons la gueule.

    C'est comme ça qu'on nous veut, c'est comme ça qu'on nous aime !

    On a un rang à tenir, que diable et il faut être à la hauteur de sa légende, car au final, il semble bien que le Parisien soit définitivement d'utilité publique : unanimement détesté, il incarne ce que l'ensemble des Français n'aiment pas chez eux !
    Il est la part d'ombre de notre inconscient national. Car n'oublions pas que le Parisien en tant que tel n'existe pas : il n'est qu'un provincial de passage…


    >> Voir aussi "Tout le monde déteste les Parisiens".




     

     

     

     


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