• Rue Marx Dormoy,  Paris 18ème.

     

    Lorsque j'ai croisé Camille et Nacira, rue Marx Dormoy, j'ai parié qu'elles étaient du quartier et donc qu'elles pourraient me renseigner sur mon itinéraire.

    La conversation fut tout de suite amicale, mais elles ont refusé que je les prenne en photo, ou alors : "de dos, si vous voulez, car ici on est surveillées" m'ont-elles dit.
    Surveillées, mais par qui, et pourquoi ? "Par les garçons pardi", ont-elles répondu en cœur!
    Alors ici, même si l'on n'est pas en banlieue, ce serait donc quand même un peu la loi des cités?

     

    Oui, mais sauf qu'à Paris, les filles sont en voyage. La structure de la ville est ainsi faite que leur coiffeur est à Marx Dormoy, les boîtes de nuit dans le quartier d’à côté, le lycée à plusieurs kilomètres de chez elles, et le cinéma à Gambetta.

    Ainsi dans tous les cas, Camille, Nacira et leurs copines peuvent aisément circuler en métro ou en bus, et elles ont de bonnes motivations de le faire, c’est-à-dire des motivations qui les protègent de toute suspicion de la part des garçons : elles vont quelque part, pour faire quelque chose de dicible et de légitime.

    Qui plus est, une fois passées deux ou trois stations de métro, elles s’engouffrent dans la masse anonyme, et deviennent beaucoup moins contrôlables que dans les cités de banlieue.

    Camille et Nacira ont une scolarité satisfaisante, leur famille les responsabilise, elles ne touchent pas à la drogue. Leurs loisirs sont "bon enfant", elles ont de petits amis mais "ça leur prend pas trop la tête". Déjà elles se projettent dans la vie professionnelle au travers de stages et d'activités parascolaires.
    Camille et Nacira, parisiennes ordinaires d'un quartier populaire, sont des filles bien.



    >> Voir aussi sur Parisperdu : "La fille de Bercy".



     

     


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  • Quartier de Belleville. Paris 20ème

     

    Aujourd'hui il y a autant de catégories de parisiens que d'arrondissements: bohèmes ou populaires, plus ou moins chics, plus ou moins colorés …

    Pour ma part, je suis très attaché à Belleville dont j'apprécie les bars, les petits restos sympas et les salles de concert sans chichis.

     

    Mais l'âme de Paris est morte depuis que la couche populaire a été mise à la porte. Et je me demande parfois si Paris n'est pas devenu une boutique de luxe fréquentée par des bobos snobinards, ou d’ex-provinciaux oisifs ou surbookés mais qui trouvent tout de même le temps et l'argent pour courir les cantines de luxe et les spas "de rêve"….
    Quand, je vois tout ça, je finis par croire que nous ne parlons pas de la même ville.

     

    Fini le titi parisien, finies les concierges parigotes, finis les voisins qui spontanément vous donnent un coup de main, finis les coiffeurs de quartier et les "bistrotiers" qui s'intéressent à vous et peuvent vous "tenir le crachoir" pendant des heures …

    Pas étonnant qu'ensuite, tout le monde déteste les parisiens...


    "Parigots, têtes de veaux; parisiens têtes de chiens" … peut-être … mais, pour les néo-bobos de Paris une chose est sûre: la ringardise est l'avenir inéluctable de leur "branchitude".

     

     

     

     

    >> "Bobo attitude", les bobos sur Parisperdu.

     

     

     

     

     

     

     

     


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  • Photos:

    1. Bernard quitte définitivement son atelier.
    2.
    Rue des Partants, béance des terrains vagues et commerces fermés.
    3.
    L'Atelier de Bernard, luthier, 26 rue des Partants Paris 20ème(1996).

     

    Aujourd'hui, Bernard quitte son atelier, le cœur lourd.

    Ce soir est le dernier soir … c'est le "clap" de fin.

    Demain il reviendra, mais ce sera uniquement pour terminer le déménagement de son atelier. Et il n'y aura plus de luthier, rue des Partants.

     

    Bernard était "théoriquement" expulsé depuis déjà deux ans. Il savait bien que ce jour finirait par arriver … Il savait bien que le quartier était condamné, que son atelier allait être rasé, comme tout le côté pair de la rue Gasnier-Guy et de la rue des Partants.
    Aujourd'hui, ce jour est arrivé, et cela fait encore plus mal qu'il aurait pu le croire.

    Pourtant longtemps, avec ses voisins, il a lutté pour repousser l'échéance. Il a adhéré à plusieurs associations de défense : celle du quartier des Amandiers dans les années 70, celle de la rue des Mûriers dans les années 80, puis enfin celle de la rue des Partants dans les années 90 … Mais, au bout du compte tout cela a été vain, le résultat a toujours été le même : inéluctablement les bulldozers ont toujours eu raison des immeubles et … des associations de défense du quartier.

     

    Alors aujourd'hui, Bernard quitte sa rue des Partants, une rue au nom prédestiné …

    Et, il n'est  pas étonnant qu'il parte ainsi, le dos voûté, l'esprit songeur, morose, désabusé…

    Demain ou après-demain, tout sera détruit … son atelier, son travail, ses souvenirs, une grande partie de sa vie, … tout va disparaître en un instant.

     

     

     

    >> Autre lieu, autre luthier …

     

     

     


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  • Rue Caillé - Paris 18ème, septembre 1996

     

    Voici l'image d'un "homme qui attend". Certes … mais que fait-il exactement ?
    Ne fait-il tout simplement rien ou … au contraire, son attente n'est-elle pas une démarche, une quête vers quelque chose ou vers quelqu'un qui lui permettrait de s'échapper ailleurs, dans un autre monde, dans un autre univers ?

     
    À l’ère de la vitesse, des échanges en temps réel, de l'Internet ultra-haut débit, de la communication à tout-va, de la mobilité (terme récurrent du management postmoderne…), du "bougisme" ("si tu bouges pas, t'es mort !") … l’attente, la pause, la méditation prospective ou la suspension active … sont forcément des démarches subversives.
    Mais, Dieu merci, il nous reste encore le temps de la flânerie …

    Flâner, ce n’est pas simplement se promener, errer sans but, sans objectif, c’est plutôt produire en pure perte, pour le seul plaisir de produire, de se produire.
    Il y aurait encore à faire une théorie de la flânerie, même si elle a déjà été bien entamée. Souvenons-nous de l’école péripatéticienne, de Baudelaire, de Walter Benjamin, des "écrivains-voyageurs", des surréalistes, les vrais inventeurs de la dérive, puis de leurs fils spirituels, les situationnistes.

    Dans la rêverie gratuite, dans le temps perdu, nous sommes hors de toute raison ratiocinante, dans une dépense toujours génératrice d’ouverture, d'illumination ... Car, grâce à "l'apparition d’un lointain … si proche soit-il", comme l'écrivait Walter Benjamin, la flânerie stimule la pensée, puis l’écriture … et plus généralement la créativité.


    Oui flâner est un art …

     

     

    >> Du bon usage de la lenteur.

     

     

     


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  • C'est au parc de la Turlure, sur la butte Montmartre, que j'ai fait la connaissance de Christophe.

    Une fine silhouette, allongée sur un banc contre lequel un vélo était adossé, m'avait intrigué. Je dû attendre de longues minutes avant qu'il ne se relève. Alors, toute suite, nous avons engagé la conversation. Il faut dire que Christophe est du genre bavard et … il en a des choses à raconter …

    J'appris d'abord qu'il venait de grimper, en danseuse, la rue Lepic pour atteindre le sommet de la butte. Je compris mieux l'état de fatigue dans lequel il était. Mais ce n'est pas là son moindre exploit car, le goût du voyage, Christophe l'a depuis qu'il a 5 ans.
    Bambin aventureux, il profite de l'inattention de ses parents pour s'enfoncer dans un bois. On ne le retrouvera qu'à la nuit tombée … Vingt ans plus tard, il enfourche son vélo pour une chevauchée intrépide autour de la Méditerranée.

    Entre-temps, il se passionne pour les sciences, l'astronomie et l'histoire des religions. A la sortie de l'adolescence, il étudie le commerce international, atterrit dans une start-up parisienne au poste de responsable commercial, puis il décide finalement de tout plaquer pour une petite balade en vélo à travers les seize pays du pourtour méditerranéen.
    Il devient alors, comme il le dit lui-même, un "intermittent du cyclisme" … tout comme il y a des intermittents du spectacle !

     

    Croyez-vous qu'il va s'arrêter là ? Certainement pas, il recherche actuellement le sponsor qui devrait lui permettre d'attaquer, toujours à vélo, la transaméricaine. Une route qui le conduira d'Anchorage en Alaska à Ushuaia à l'extrême pointe de l'Argentine.

    Et précisément, sur ce banc, au chevet du Sacré Cœur, il vient de rêver qu'il avait enfin trouvé son sponsor et qu'il débutait son expédition …
    Sûr, il entrera tout à l'heure dans la basilique mettre un cierge pour que son rêve se réalise …



     


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