• Ecluse du Square Eugène Varlin - Canal St Martin Paris 10ème

    Raymond aime son métier de batelier indépendant, parcourant les canaux de l'Est et du Nord de la France. Contrairement au marinier-salarié d'une grande entreprise dont les tâches et les horaires sont bien définis, Raymond est un homme libre.
    Il est le propriétaire de l'Aster, un bateau transmis par son père qui était lui aussi batelier ... On n'arrive pas dans ce métier par hasard. C'est souvent une affaire de famille.
    Et cela continue car Raymond travaille en couple avec Ginette, sa femme, qui l'assiste dans les manœuvres délicates et le remplace à la barre quand il s'occupe de l'entretien. Car à bord des petites péniches, comme sur l'Aster, il n'y a pas de mécanicien. C'est au patron d'assurer les petites réparations sur le moteur, de surveiller les niveaux d'huile, de prendre soin de l'installation électrique, de la robinetterie ... Il faut savoir se débrouiller seul, mais cela ne dérange aucunement Raymond, au contraire, il adore cette liberté d'action.

    Raymond et Ginette sont parfois aidés d'un matelot, pour les longues périodes de navigation, lorsqu'ils vont à Rotterdam ou en Allemagne ... Raymond préfère toutefois éviter cet équipage car "un matelot à bord, ça vous bouffe le bénéfice" dit-il.

    Aujourd'hui, dans le transport de marchandises, les artisans, comme Raymond, ont du mal à survivre face à la flotte industrielle. Pour s'en sortir, certains de ses collègues ont été amenés à s'orienter vers le tourisme fluvial. Une perspective que Raymond se refuse à envisager, il préfère sa vie de bohème, entre tâches polyvalentes ... et revenus aléatoires.


    >> Voir aussi sur Parisperdu : la traversée du 10ème via le canal St Martin.

     


    3 commentaires

  • Place des Vosges, 1972


    En cette après-midi d'été, lorsque je pénétrai sur la place des Vosges, mon regard fut immédiatement attiré par une masse sombre, celle d'une auto pas comme les autres...

    Il s'agissait d'un London cab, un ancien taxi londonien. Je fis une photo où "l'engin" se coulait dans la célèbre perspective des arcades de la place. Mais je n'étais pas sûr du résultat. Aussi, me rapprochai-je du véhicule, en pensant à Robert Capa, ce photographe de guerre qui disait: "Si ta photo n'est pas bonne, c'est que tu n'étais pas assez près".

    Et là, quelle ne fut pas ma surprise: à l'intérieur du "cab", se tenaient deux messieurs: l'un, assis, avait gardé son chapeau, l'autre allongé, l'avait posé à côté de lui. Tous deux étaient immobiles, ... morts peut-être. Mais soudain un léger ronflement s'échappa par la vitre baissée, tous deux dormaient ... profondément.

    Comme souvent dans ces cas-là, face aux scènes insolites que je photographie, je me mets à imaginer l'histoire de la photo. Que faisaient donc ces deux dormeurs place des Vosges ?

    J'ai d'abord pensé qu'ils étaient partis de Londres, qu'ils avaient roulé toute la nuit, et que d'épuisement ils s'étaient endormis à leur arrivée à Paris. Ou peut-être encore, de façon plus improbable, qu'après avoir pénétré, par hasard, place des Vosges, ils n'en avaient plus retrouvé la sortie et après avoir tourné en rond, pendant des heures, le sommeil avait eu raison d'eux ...!

    Plus sérieusement, j'ai extrait cette photo de mes archives après avoir vu l'exposition de Robert Frank, "Paris/Les Américains" au  Jeu de Paume, car l'une de ses photos ("Detroit, 1955") me semble faire écho à nos "Dormeurs de la place des Vosges".

    Les photos de Robert Frank, un des derniers géants de la photographie du XXème siècle, témoignent d'une prise de parole neuve - pour son époque - qui rapprochait, de façon vraiment révolutionnaire, le photographe du sujet photographié. Dans la rue aussi, "si ta photo n'est pas bonne, c'est que tu n'étais pas assez près".


    >> Robert Capa, photographe de guerre

    >> Robert Frank, "Paris/Les Américains" au  Jeu de Paume



    4 commentaires
  • Mod's Hair - 102, Boulevard Ney - 75018 Paris

    Elle, c'est Lisa. Mais Eric, son petit ami, l'appelle toujours Mona !
    Sans doute à cause de l'admiration qu'il porte à Léonard de Vinci ?
    Mona-Lisa était donc toute désignée pour devenir le modèle d'un artiste-peintre, d'un sculpteur ...

    Mais c'est un photographe qui, un jour, l'enrôla pour une séance photos. Oh, rien de très artistique, il s'agissait de produire un poster, destiné à promouvoir une chaine de coiffeurs franchisés.
    Au dernier moment, le modèle masculin qui devait poser aux côtés de Mona, fit faux-bon ... et c'est Eric qui le remplaça ... au pied levé.
    Eric fut soigneusement peigné, on le maquilla et il dû enlever sa chemise, "pour faire plus naturel" lui dit-on.

    Au photographe qui lui demandait son prénom, il dit : "Moi, c'est Léonardo, je vis avec Mona, enfin je veux dire ... Lisa". Le photographe ne perçu pas l'allusion et, en une demi-heure, la séance fut bouclée.

    Aujourd'hui, Mona-Lisa et Léonardo-Eric s'affichent dans les vitrines d'une multitude de magasins et ce, à travers l'Europe entière. Mais c'est à la porte de Clignancourt que nous les avons réellement rencontrés ...


    1 commentaire

  • 79, rue des Haies Paris 20ème

    On est parfois conduit, par le plus pur des hasards, dans une rue calme et silencieuse, une rue sans charme spécial, une rue qui demeure comme abstraite...
    Mais soudain, d'un coup d'œil, d'un détail aperçu, cette rue peut révéler une réelle poésie.

    Rue des Haie, dans le "20ème profond", le hasard fit que, par un jour de soleil, je levais les yeux sur cette façade au revêtement ocre jaune.
    Et là, quelle ne fut pas ma surprise ? Ce fut une apparition... A l'une des fenêtres, une fillette à demi-cachée par le garde-corps, dressait, vers le ciel, ses frêles bras ... gantés de lourds gants de boxe !

    La fillette ne resta là qu'un instant, dans une position qui pouvait, tout à la fois, exprimer la violence ou la victoire.
    Soudain elle disparue et, sans elle, la façade de l'immeuble me paru bien fade ...
    De nouveau, le silence rempli toute la rue ...


    >> Voir aussi sur Parisperdu :"Enfances parisiennes".

     


    6 commentaires


  • Sur la butte Montmartre, la place du Tertre est connue pour être le lieu de prédilection des peintres. Toulouse-Lautrec, Van Gogh, Modigliani, Poulbot, Pissarro et beaucoup d'autres ... moins prestigieux, ont trouvé l'inspiration sur la butte.

    Léon est l'un des leurs, même si, avec sa modestie naturelle, il se qualifie de "gribouilleur". Et voilà près de 40 ans, qu'il a établi son "atelier à ciel ouvert" sur la bien nommée place du Tertre qui culmine à 130 mètres d'altitude.

    Léon, qui a aujourd'hui 79 ans, est installé au centre de la place, au milieu des quelques 300 artistes qui pratiquent, ici, différents styles de dessin. Ses confères l'appellent "Monsieur Léon" car, toujours "tiré à quatre épingles", il dégage un prestige certain.

    Des touristes venus du monde entier s'attardent, parfois longuement,  pour voir la création de ses œuvres en "direct live", car Léon, l'un des portraitistes les plus doués, n'a pas ici son pareil pour "vous tirer le portrait" en quelques minutes.
    Fusain, crayon ou pastel tenus fermement par ses vieux doigts secs mais toujours agiles, glissent sur la feuille de velin d'arches avec grâce et précision.

    Amélie Poulain et son "fabuleux destin" a boosté la venue des touristes qui désormais, sont présents à Montmartre tout au long de l'année, et ce, pour le plus grand plaisir de Léon qui - dit-il - "ne pense pas prendre sa retraite avant 2020", date à laquelle, il suffira "de lui faire traverser la place !". Comprenez, qu'il a réservé une concession depuis longtemps au petit cimetière de St Pierre de Montmartre ... 

    "Monsieur Léon", un artiste montmartrois "à la vie, à la mort" ... essayez-donc d'en trouver un plus authentique que lui ...


    >> Les peintres de la place du Tertre, l'esprit bohème de Montmartre.

    >> La place, un soir d'hiver.




    2 commentaires


    Suivre le flux RSS des articles de cette rubrique
    Suivre le flux RSS des commentaires de cette rubrique