• Paris du temps perdu.

    Marcel Proust et Eugène Atget bien que contemporains ne se connaissaient pas.

    Leurs œuvres monumentales témoignent de cette même volonté patiente et méticuleuse de restituer la vie de leur temps, ce Paris légendaire de la Belle époque. 

    Tandis que Proust s'attachait à décrire la complexité de l'âme humaine, Atget, lui, photographiait les rues, les places, les jardins, les échoppes qui servaient alors de décor au peuple parisien.

    Dans l'ouvrage "Paris du temps perdu" que les Editions Hoëbeke viennent de publier, les photographies de l'un font subtilement écho aux mots de l'autre. Et c'est Odette ou encore Albertine que l'on croit reconnaître derrière de furtives passantes, et c’est l'hôtel de la duchesse de Guermantes que dissimulent les lourdes portes cochères photographiées par Atget.
    Ces deux regards croisés sur un Paris irrémédiablement perdu suscitent une vive émotion teintée d'une douce mélancolie.

     

     

    >> Atget sur Parisperdu

     

     


    1 commentaire
  • Le grand bouleversement du quartier des Amandiers.
    Rue des Amandiers et rue de Tlemcen_ Paris 20ème

     

    J'ai souvent parlé, ici, du grand bouleversement qu'a connu le quartier des Amandiers au cours des 40 ou 50 dernières années.

    Depuis les années 60, cette partie de Ménilmontant a en effet été presque entièrement détruite puis rebâtie. Théâtre de toutes les politiques urbaines, sa démolition a parfois été facilitée par des opérations quelque peu "border-line", car murages illégaux, détériorations volontaires du bâti et incendies criminels furent des faits courants aux Amandiers.

    Pourtant aujourd'hui, une promenade dans le quartier, permet de constater que tout n'a pas été rasé. Les associations de riverains qui ont beaucoup lutté - "La Bellevilleuse" en tête - pour conserver l'âme du secteur, ont réussi à sauver, ça et là, quelques rares constructions.

    Ainsi, toute la rive paire de la rue Robineau n'a pas été touchée alors qu'ailleurs ce n'est plus que ponctuellement que l'on retrouve les bâtiments d'avant le grand chambardement.

    Rue Désirée, seuls les numéros 6 à 10 et aussi le 13 ont été conservés en raison de leur bon état.

    Mais, rue des Mûriers, le mitage est patent car seuls restent aujourd'hui: les 6 et 8 (sur rue); le 12 (sur rue et cour); le 18 (sur rue); le 26 (sur rue et cour); le 28 (sur rue et cour).

    Rue des Partants, on n'a pas finassé avec le bulldozer aussi retrouve-t-on seulement le numéro 30 dans sont état d'origine.

    Les habitants de Ménilmontant qui ont connu le quartier avant ces multiples et récentes transformations font des récits bien nostalgiques de la démolition, des expulsions et de la reconstruction qu'ils ont vécues ici. Tous témoignent de l'esprit chaleureux et populaire de l'ancien "Ménilmuche", d'un esprit de village et d'un mode de vie aujourd'hui presque oublié. Et tout cela contraste tristement avec les images actuelles d'un quartier aseptisé et sans âme.

    Aussi c'est bien un constat à la fois révolté et désabusé d'un immense gâchis urbanistique et humain, qu'il faut désormais dresser.


    >> "Les Amandiers", déjà sur Parisperdu

    >> "Les Amandiers". Projet de l'architecte Antoine Grumbach: "Quartiers anciens, approches nouvelles" 1998

     

     


    2 commentaires
  • Comment un quartier se transforme : l'exemple du 10ème arrondissement. 

    179 Rue Saint-Maur, 75010 Paris

     

    Des rues qui se métamorphosent, des commerces qui disparaissent, des prix qui grimpent… A Paris, en quelques années, des quartiers entiers peuvent voir leur identité complètement remise en question.
    Exemple dans le 10ème arrondissement de Paris.

    Considéré jusque dans les années 1990 comme un quartier "mort", le sud du Xe arrondissement de Paris est en pleine transformation. Décrit comme le nouveau paradis "bobo" de la capitale, les grossistes en prêt-à-porter et les salons de coiffures africains ont peu à peu été remplacés par d'innombrables bars à bières et autres cafés festifs … à la mode du moment.

    Seules quelques petites bijouteries fantaisie apportent, avec des enseignes telles "Merveilles & Bagatelles", "Paris Gold" … un peu de diversité à un quartier qui désormais en manque passablement.

     

     

    >> Voir aussi "Gentrification".

     


    7 commentaires
  •  Belleville entend défendre son territoire.​
    Au
    48 rue Ramponeau_Paris 20ème: le fond de la cour et la porte de la métallerie Grésillon

     

    Comme chaque décennie depuis les années 70, Belleville doit faire face à une nouvelle vague de rénovation urbaine qui, ici comme dans d’autres quartiers du Nord-Est de Paris, conduit à repousser toujours davantage aux marges de la ville ceux qui, hier encore, parvenaient tant bien que mal à s’y loger et aussi à y mener leurs activités.

    Toutefois, aujourd'hui enfin, Paris entend lutter contre la désindustrialisation en constatant qu'elle ne peut pas tout sacrifier sur l’autel du tourisme. 

    Nous avons déjà parlé ici du cas de la cour du 48-50 rue Ramponeau où l'atelier de métallerie Grésillon et d'autres ateliers mitoyens sont menacés par la spéculation immobilière. Face à cette tendance lourde, observable à Paris comme dans toutes les capitales où les scintillements de la ville touristique et de la rentabilité à court terme aiguisent les appétits, il conviendra de suivre avec attention les conclusions que la mission "Fabriquer à Paris" a récemment rendues.

    Il faut rester confiant car Belleville a déjà su, dans le passé, faire entendre la voix de ses habitants et faire revenir à la raison ceux qui envisageaient de construire le quartier sans sa population.


    >> Conclusions et préconisations du rapport de la Mission d’Information et d’Evaluation "Fabriquer à Paris" 

    >> Le 48 rue Ramponeau ne veut pas mourir …

    >> Cour de la métallerie Grésillon.

     


    2 commentaires
  •  

     La petite fille de Venise.

    Fondamente Nuove _Venise 1959 © Willy Ronis

     

    Pour moi, il n'est pas question d'aller à Venise sans aller faire un tour au Fondamente Nuove. Et lorsque je suis sur ce quai, invariablement je pense à cette petite fille que Willy Ronis a photographiée ici. C'était en 1959.

    Plus aucun enfant ne joue désormais là, ni au bord de la lagune ou le long des canaux de Venise... La cité des Doges est devenue bien trop touristique, bien trop encombrée pour laisser le moindre terrain de jeux aux enfants ….

    Pourtant de nouveau, le mois dernier, je suis allé vérifier si, au Fondamente Nuove, la magie révélée par l'image de Ronis, opérait encore … ?

    Aujourd'hui le quai n'est plus qu'une accumulation de pontons (les "zattere"), de mâts affublés de caméras de surveillance, de cabines et d'installations diverses … si bien que, si par le plus grand des hasards, une petite fille s'aventurait sur la lagune, on ne la verrait même pas …

    Pourtant il nous reste le cadre de l'image, tel que Ronis l'a choisi. Il a peu changé avec son palais en toile de fond comme pour nous dire que malgré le temps qui passe, nous sommes bien encore et toujours à Venise … Une cité unique au monde, incomparable et … espérons-le … éternelle.

    Alors une fois encore, merci Willy …

     

    >> Le quai "Fondamente Nuove" aujourd'hui (2015) et hier (1959).

    >> Analyse d'une photographie d'enfant.

     

     

     

     


    2 commentaires