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parisperdu

Une certaine vision de Paris

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ParisPerdu aurait pu s'appeler ParisVolé car si souvent "cette certaine vision" de l'Est de Paris s'est définitivement évanouie, c'est qu'elle a été dérobée au regard par toutes les "avancées de la modernité".

Arpenter la ville à la recherche d'espaces promis à la démolition ou de personnes dont le destin va en être bouleversé : ce n'est pas pour regretter le passé. C'est pour montrer, nous montrer, nous rappeler, que la ville n'est pas une entité figée. La ville vit ... et comme tout être vivant, elle fait parfois des erreurs.

Ainsi va la ville, ainsi va la vie ...

"Ce qui nous incite à revenir en arrière est aussi humain et nécessaire que ce qui nous pousse à aller de l'avant." 
Pier Paolo Pasolini




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Toutes les photos sont de l'auteur :    © Pierre Barreteau sauf mention particulière.
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Album : "Les lieux retrouvés de Parisperdu"

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Voici un module Flickr utilisant des éléments d'un album intitulé Les lieux retrouvés de Parisperdu. Créez votre propre module ici.

Je reviens d'un lieu qui n'existe plus ... | 27 avril 2008


Face à la place Martin Nadaud, entre la rue de la Bidassoa et la rue Sorbier, sur un petit promontoire se dressait-là un quartier singulier. Dans ce petit périmètre, la vie s'organisait autour de trois anciennes rues pavées.

C'est là, en cette fin d'après-midi ensoleillée, que Virginie  - qui ne quitte jamais sa robe de chambre - part, dans la rue de la Cloche, à la recherche de ses chats. Elle trouvera son chat jaune, courant après les pigeons, rue de la Voulzie, et son chat noir et blanc dans la pente de la rue Westermann.

Aujourd'hui Virginie n'est plus là, ses chats non plus. Mais, plus surprenant encore ... plus aucune trace des rues de la Cloche, de la Voulzie, et de la rue Westermann. Le quartier n'existe plus !

A sa place, on rencontre en haut d'un talus herbeux, un jardin tout récent: le
square du Docteur Joseph Grancher, inauguré il y a tout juste un an.

Ici, de ces habitants d'autrefois, il ne reste rien pour évoquer un lieu de vie où des gens se sont construits, aimés, ont échangé ... Leur souvenir est maintenant effacé de nos mémoires. Or, c'est pourtant à eux que le square voudrait rend hommage.

Mais ici, tout sonne faux : des lampadaires à l'ancienne ... aux bancs double en bois ... qui voudraient recréer un certain esprit "Vieux Paris" ... Le paysagiste qui a conçu le square est même allé jusqu'à installer "des haies d'osier croisé évoquant symboliquement les murs des maisons d'autrefois" ! (... sic "La Mairie de Paris").

Tout cela "sent à plein nez" le décor, le carton-pâte ... Virginie n'oserait certainement plus y lâcher ses chats, ni sortir ici en robe de chambre ...

Aujourd'hui, je reviens d'un lieu qui n'existe plus ...


>> Le nouveau secteur Cloche-Bidassoa / Square du Dr. Joseph Grancher.

 

 

Publié par barreteau à 10:02:36 dans 75020 | Commentaires (4) |

Des villages dans la ville ... | 23 avril 2008


Villa de l'Ermitage - Paris 20ème

Dans les années 20, les voies privées (dénommées villa) - souvent en impasse et bordées de petites maisons individuelles - se généralisent dans Paris ... et aujourd'hui, ces villas parisiennes sont comme des "villages dans la ville".

Bien au calme dans ces havres de paix, leurs habitants sont à la fois "dans la ville" et "hors de la ville". Loin de l'agitation d'un "monde motorisé", ils peuvent ainsi accéder à quelque chose qui n'a plus de prix dans nos métropoles modernes : le silence.

Mais ne soyons pas sont dupes, toutes les villas ne se valent pas.
Passer d'une villa du 16ème arrondissement à une villa du 19ème ou du 20ème, ce serait comme quitter un grand banquier pour aller à la rencontre d'un cadre sans fortune ...
Car, en effet, les cadres moyens et les professions intellectuelles n'ont que les moyens d'une résidence dans les quartiers populaires de Paris ... Et s'ils veulent gouter à ces fameuses villas, ils devront "faire de nécessité vertu" et trouver un charme secret à une cohabitation inévitable au sein de ces arrondissements populaires.

Pas étonnant que les bobos, grands chantres de la mixité sociale, se ruent sur les villas de l'Est parisien ...


D'autres villas parisiennes dans Parisperdu:

>> Villa Hardy - Paris 20ème

>> Villa Riberolle - Paris 20ème

>> Villa de l'Adour - Paris 19ème

>> Villa du Danube - Paris 19ème

>> Villa des Tulipes - Paris 18ème
  

Publié par barreteau à 10:11:29 dans 75020 | Commentaires (3) |

Traces de vies ... | 19 avril 2008


Rue Robineau Paris 20ème

La pelleteuse a mordue à pleines dents dans ce bâtiment de la rue Robineau. Il ne reste plus maintenant que des pans de murs à la peinture écaillée et aux papiers peints en lambeaux ... Ce sont les derniers témoins des vies successives et désormais révolues des habitants de l'immeuble.
Seules ces traces, accrochées aux murs, disent qu'il y a encore peu de temps des enfants dormaient, ici, dans cette chambre... ou de joyeuses tablées se réunissaient, là, dans cette salle à manger ...

Et maintenant, l'on se trouve face à ce mur défraîchi, comme un archéologue sur un chantier de fouilles. Eventré, l'immeuble nous livre son vécu intime ... La vie des anciens occupants peut maintenant se lire à ciel ouvert. Même s'il ne s'agit que de traces, elles en disent beaucoup sur ce passé encore si proche d'un immeuble qui grouillait de vie.

La rue Robineau a été totalement réhabilitée et un avenir différent l'attend désormais. De nouvelles vies se dérouleront maintenant ici, à tous les étages ... et les dernières traces de vies de l'ancien immeuble seront à jamais rayées de la mémoire collective ...


Publié par barreteau à 09:30:00 dans 75020 | Commentaires (2) |

Au milieu de nulle part ... | 11 avril 2008



C'était au temps où le vocable "mobilier urbain" n'avait pas encore été inventé. On appelait alors ce type de construction : un refuge ou un îlot de sécurité ... Bref, il s'agissait d'un espace situé au milieu de la chaussée et où le quidam pouvait se mettre à l'abri de la circulation ... et là, il était en quelque sorte "rangé des voitures" ...

Ces refuges comportaient toujours le même type de poteau de couleur blanche, éclairé la nuit, mais aucune autre matérialisation. Rien ... ni sur l'édicule, ni au sol et en particulier, pas de "zebra crossing" - comme disent nos voisins britanniques pour désigner les passages piétons - en référence à cet animal à rayures blanches et noires alternées ...

Mais où sommes-nous exactement ?
Sommes-nous ici "au milieu de nulle part", ... "in the middle of nowhere", comme le diraient à nouveau les britanniques ?

Sommes-nous donc ici dans un lieu tout à fait banal ?
Ou bien cet  étrange carrefour, à la croisée de rues le plus souvent désertes et au point le plus haut d'une petite sommité, n'est-il pas plutôt le point central de quelque chose d'assez extraordinaire, de quelque chose d'assez grandiose ?

Peut-être même, serrions-nous là précisément - et sans le savoir - au centre du monde ? Tant la morphologie de ce rond-point peut faire penser à cette pierre circulaire près du temple du Ciel à Pékin, autour de laquelle les chinois se bousculent pour grimper ... sur le pivot central de l'univers !

PHOTO : "Au milieu de nulle part" : Retour à la réalité parisienne ...  c'est-à-dire au croisement des rues : Pelleport, du Borrégo, des Pavillons et de la Duée. Paris 20ème.


 
>> Tiantan (天坛) et le centre de l'Univers dans la Cosmogonie chinoise traditionnelle.

  >> Le point central de l'univers, au temple du Ciel à Pékin.

  >> Touristes sur le point central de l'univers, au temple du Ciel à Pékin.

 

Publié par barreteau à 09:07:38 dans 75020 | Commentaires (2) |

"C'est déjà ça ..." | 03 avril 2008

Photo © Jacques Grison


La cité "Piat-Faucheur-Envierges" dans le 20ème est ce qu'on appelle "un quartier difficile". Elle héberge environ
3000 habitants et l'essentiel des 82 nationalités recensées dans le quartier de Belleville. La cité a été classée en zone urbaine sensible (ZUS). Elle n'a pas bonne réputation dans le "quart Est" de Paris. On déconseille aux nouveaux arrivants de s'y installer. C'est une cité stigmatisée et "stigmatisante".

Les "jeunes" ne veulent surtout pas, disent-ils, "rouiller", "tenir les murs", se retrouver bloqués "dans le rien". Leur parcours scolaire est déjà un handicap, mais "on se bouge", jurent-ils. Ils parlent de "mener une vie normale". D'avoir quelque chose de concret: "un métier, quoi ... et aussi ... fonder une famille, comme tout le monde". "Mais on nous colle une étiquette, jeune d'ici égal glandeur, c'est pas bien !", proteste Farid, 24 ans. Lui et ses copains reconnaissent eux-mêmes qu'ils ont "une tête à faire peur" sous leurs capuches et leurs bonnets, les épaules rentrées et les mains dans les poches.
Alors qu'on on parle à Farid du tout récent plan "Espoir banlieue", il rétorque: "J'aimerais être optimiste, mais plusieurs plans sont déjà passés, et rien n'a changé. C'est quoi le problème des jeunes des cités ? En premier, c'est de trouver un travail. Je suis conscient que certains ne font pas d'efforts, mais pour les autres, il faut leur donner la chance d'aller au travail."

Plus surprenant, ce même discours "anti-glandouille" revient aussi chez ceux qui affirment volontiers, avec de lourds sous-entendus, qu'ils ne veulent pas se "lever à 5 heures du matin pour gagner 1 000 euros".
Farid ne cache pas que tous les moyens sont bons pour remédier à ce problème, ... si près des beaux et riches quartiers du centre ou de l'ouest parisien.
Et voilà comment il décrit sa "situation piège" : "On est dans une société parallèle, le temps ne passe pas, c'est insupportable. On est comme une secte. On n'a plus d'horaires, rien. Au bout d'un moment, ça devient une vie dangereuse. La porte est ouverte à tous les excès, à l'illégalité. Mais attention ... là j'explique, je ne légitime pas."

Finalement Farid n'a pas perdu espoir de tourner le dos à cette vie de petits arrangements : "Y'en a qui commencent à s'en sortir dans le bâtiment. Ils sont manœuvres, des trucs comme ça, ... mais ils ont un boulot, ... c'est déjà ça ..."


>> Ecouter Alain Souchon: "Je m'promène rue de Belleville ... c'est déjà ça ..."

>> Voir aussi sur Parisperdu: "Malaise à Belleville" (2/2).

>> Toujours sur Parisperdu: "Malaise à Belleville" (1/2)

 

Publié par barreteau à 09:43:17 dans 75020 | Commentaires (3) |

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