• "Une amitié argentique", regards croisés de deux maîtres du noir et blanc.

    " Une amitié argentique", regards croisés de deux maîtres du noir et blanc.

    "C'est ça Paris" 1954 © Gianni Berengo Gardin - Courtesy Fondazione Forma per la Fotografia

    " Une amitié argentique", regards croisés de deux maîtres du noir et blanc.

    "Les Communiantes de la rue de l'Evangile" Paris 18ème 1978 © Elliott Erwitt - Magnum Photos

     

    "Une amitié argentique" rassemble 120 tirages noir et blanc de Gianni Berengo Gardin et d'Elliott Erwitt, réalisés entre 1950 et 2014 et présentés, la semaine dernière, au Salon de la Photo 2015 à Paris.

    D'un côté, Elliott Erwitt. Né à Neuilly en 1928 et fils d'immigrés russes, il sera remarqué par Robert Capa qui l'introduira à Magnum. Il finira d'ailleurs par diriger la prestigieuse agence. Il a traversé la deuxième partie du XXe siècle en posant les jalons de la photographie moderne, laissant à la postérité les images les plus fameuses de Marylin Monroe, tout comme de nombreux portraits de chiens croisés dans la rue.

    De l'autre, Gianni Berengo Gardin. Né en 1930 près de Gênes, il débute la photographie à 14 ans comme un acte de rébellion: en 1944, l'armée italienne sous le joug de l'Allemagne nazie confisquait à la population armes et appareils photos. Il s'est dit que la photo devait être bien intéressante pour occuper autant les esprits des soldats. Moins connu du grand public qu'Erwitt, il demeure l'un des plus grands photographes du XXe siècle, qu'il a documenté dans 250 livres.

    Quels sont les points qui rassemblent ces deux photographes et qui justifient de leur consacrer une grande exposition commune?

    Il y a d'abord le noir et blanc comme réponse évidente. Si Gianni Berengo Gardin ne pratique pas la couleur, Elliott Erwitt ne le fait qu'à contrecœur. Il y a aussi l'argentique, comme l'indique le sous-titre de l'exposition: "Une amitié argentique". Comme pour la couleur, l'un ne le pratique pas (et voudrait même interdire Photoshop), quand l'autre ne le fait que pour les commandes. Mais ce qui les rassemble est beaucoup plus intime.

    Ce n'est pas parce que leurs approches se complètent l'une l'autre qu'ils vont si bien ensemble. Au contraire, Gianni Berengo Gardin résume les choses en deux mots: "Nos deux regards sont très semblables. Ils ne sont pas complémentaires, mais similaires." Une façon de photographier qu'Elliott Erwitt précise: "Cette approche est très simple, elle est en fait une manière d'être. Je me lève le matin, je prends mon appareil photo, et je fais des photos." Pour Gianni Berengo Gardin, cette attitude est la marque d'une époque: "C'est un geste naturel, je crois que c'est propre à notre génération de photographes."

    L'amitié qui lie les deux photographes depuis plus de trente ans a un même creuset: la photographie humaniste. Quand, en 1954, Gianni Berengo Gardin emménage à Paris, c'est en partie pour rencontrer le grand photographe Willy Ronis: "J'avais chez moi un petit livre de reportages de Willy que l'on m'avait offert. Je voulais absolument le rencontrer. Nous sommes devenus très amis, nous sommes allés photographier Ménilmontant ensemble. Il est mon véritable maître."

    Ils adoptent tous deux la posture du témoin: "Ce sont les sujets qui s'imposent, ce sont eux qui me suggèrent la photo que je dois faire", explique Gianni Berengo Gardin. "Qu'est-ce que je cherche quand je prends une photo? Je ne le sais pas jusqu'à ce que je le trouve...". Une spontanéité reconnaissable aussi bien dans le travail de l'un comme de l'autre. Dans la fascination qu'Elliott Erwitt entretien pour les chiens, par exemple, et qui a donné de nombreuses scènes cocasses. Elle dure depuis les années 40, mais ce n'est que des années plus tard, en examinant des planches contacts, qu'Erwitt réalise la place de ces animaux de compagnie dans son travail.

    Les arts graphiques ont aussi leur part de responsabilité dans l'esthétique d'Elliott Erwitt: "Je m'inspire aussi de la peinture, mais encore plus du dessin." Pourquoi le dessin en particulier? "Parce que le dessin est plus direct." C'est là que se rejoignent Elliott Erwitt et Gianni Berengo Gardin dans leur pratique artistique: comme le noir et blanc, le dessin "est une synthèse". Il ne garde que l'essentiel sans s'encombrer de ces couleurs qui distraient le regard. Quand on fait du noir et blanc, il n'est plus question que de lumière.
    Et l'exposition du salon de la Photo 2015 le démontre parfaitement.

     

    >> En savoir plus sur l'exposition.

     

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  • Commentaires

    3
    Jean Paul Morice
    Vendredi 20 Novembre 2015 à 09:09

     Paris, c'est pour ça qu'on l'aime

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    2
    Claudine Montreer
    Vendredi 20 Novembre 2015 à 09:07

     Les bus avec la plate forme derrière, l'époque était plus sereine

    1
    Thierry Renard
    Jeudi 19 Novembre 2015 à 16:39

     Paris l'amour, Paris Prévert, Paris Doisneau, Paris toujours...

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