• Doisneau chez son complice Cartier-Bresson.

    Robert Doisneau par Henri Cartier-Bresson, Paris, 1986 © Magnum Photos

     

    A travers une sélection d'une centaine d'épreuves originales, l'exposition de la Fondation Cartier-Bresson nous montre comment Robert Doisneau a su inscrire "Paris et sa banlieue" sur la pellicule, un monde dont il voulait nous prouver l'existence.

     

    Dès 1931, Doisneau arpente les rues de Paris et de la banlieue, faisant de ces lieux son studio. Tout au long de sa vie, Doisneau restera fasciné par la banlieue. Il y ressent le besoin de fixer ce qui est en train de disparaître, nous laissant ainsi le souvenir d'un petit monde qu'il aimait tant.

     

    Pendant plus de 60 ans, inlassablement, il va arpenter les rues de ces villes limitrophes de Paris, captant le charme - maintenant nostalgique - d'un café de coin de rue, d'une terrasse encombrée de landaus, d'une minuscule épicerie-buvette … toute une banlieue où l'on a encore de l'espace, où l'on peut encore rêver sur des bords de Seine campagnards…

     

    Doisneau avait le chic pour dénicher les perles de ces banlieues, à une époque où les prostituées remplaçaient les tagueurs et les bidonvilles les HLM. Il n’idéalise pas pour autant ce qu’on appelle alors la Zone. Le plus souvent, il prend de la hauteur et saisit un paysage fait d'un mélange de no man’s land, de taudis misérables et d’urbanisation monotone, le tout emprunt d'une gravité, d'une tonalité plutôt sombre. Mais, Doisneau, ce flâneur pétri de poésie urbaine, fait de cette gravité une œuvre rayonnante.

     

    Une grande complicité le liait à Henri Cartier-Bresson (HCB) ; aussi enfantins l'un que l'autre dans leurs rires, ils ne manquaient cependant pas de se consulter sérieusement dès que le métier l'exigeait. "Notre amitié se perd dans la nuit des temps et … sa bonté profonde, son amour des êtres et d'une vie modeste, sont pour toujours dans son œuvre", écrivait HCB en 1995, au lendemain de la disparition de son ami.

     

    Ils n'avaient pas la même conception de la photographie, l'imparfait de l'objectif  de Doisneau se conjuguant mal avec l'imaginaire d'après nature d'un Cartier-Bresson, plutôt adepte de la rigueur, influencé par la peinture et le dessin et totalement hostile au recadrage.

     

    Lorsqu'il "tire le portrait" de son copain, en 1986, HCB crée un cadre où figurent une foule de d'éléments symboliques de ce qui fait de Doisneau, un grand de la photographie. Tous deux ont grimpé sur un immeuble pour avoir Paris en toile de fond ; à perte de vue les toits de zinc d'un quartier populaire cher à Doisneau et en ligne d'horizon quelques monuments significatifs de la capitale. La tête de Robert est cadrée par un portique de fer, accentuant la rigueur graphique du portrait mais, pour ne pas donner un côté trop solennel à la pose, un chapeau de cheminée flirte avec la tête de Robert ! Ce dernier semble, d'un signe de la main, dire au cadreur : "C'est parfait !", avec au coin des lèvres ce petit sourire taquin qu'on lui connaissait bien …, un instant de belle complicité entre ces deux monuments de la photographie.


    >> Robert Doisneau, "Du métier à l'œuvre", à la Fondation Henri Cartier-Bresson, Jusqu'au 18 avril 2010

    >> Extrait de l'Expo: "Le nez au carreau, 1953"  © Atelier Robert Doisneau.

    >> Déjà sur Parisperdu: "Sur les pas de Robert Doisneau...", Les enfants de la place Hébert.



    « Tout le monde déteste les parisiens ...Voie AA/12. »

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  • Commentaires

    2
    Julien Rioux
    Jeudi 1er Avril 2010 à 17:32
    Hommage
    Bel homage d'un très grand à un autre grand de la photo.
    1
    Ariel
    Jeudi 25 Mars 2010 à 14:40
    Ouais ...
    Expo mal foutue : éclairage, présentation ... Quelques clichés peu connus sont par contre tès intéressants. Pour les fans de Doisneau exclusivement.
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