• Sabine Weiss, 80 années de déclic.

    A Paris en 2005, chez Sabine et Hugh Weiss lors du tournage du film : "Sabine Weiss : Un regard sur le temps".
    Photo : ©Lily FRANEY

     

    Elle a été sans doute la dernière grande représentante de l’école humaniste de la photographie française d'après-guerre. Sabine Weiss, née Sabine Weber en 1924, nous a quittés fin décembre 2021, elle avait 97 ans… et 80 ans de prises de vue "derrière elle".
    Et il faut croire que la photo humaniste assure à qui la pratique une belle longévité : Ronis a vécu jusqu'à 99 ans…

    Sabine Weiss démarre la photographie très jeune, parce que la manipulation chimique du développement l'intéresse ; son père est ingénieur chimiste.

    Genevoise d'origine, une peine de cœur la fait fuir à Paris en 1946. Elle y débarque au petit matin sans point de chute mais rapidement devient l’assistante du photographe de mode Willy Maywald. Trois ans plus tard, elle rencontre son mari – le peintre américain Hugh Weiss – et se lance comme photographe indépendante. Elle fait alors de tout : de la publicité, de la mode, du reportage et des portraits d’artistes.

    En 1950, elle fait le portrait de Miro, ce qui lui vaut un rendez-vous avec le directeur de Vogue. Elle dira : « Je suis arrivée avec mes photos de clochards et de morveux. Un monsieur assis à côté de moi, hochait la tête en disant : "Bien, bien". C’était Robert Doisneau. Je ne connaissais même pas son nom à l’époque. Tout de suite, il m’a proposé de rejoindre l’agence Rapho. »

    Le fondateur de Rapho, Charles Rado, exporte alors le travail de Sabine Weiss aux Etats-Unis, où elle devient alors plus connue qu’en France.

    Sabine Weiss photographie beaucoup pour Vogue mais ce sont ses clichés en noir et blanc, des instantanés captés dans les rues de Paris, qui marqueront l’histoire de la photographie du XXe siècle.
    Sens de la composition, maîtrise de la lumière et de l'instant décisif, elle s’inscrit dans la lignée d’un Cartier-Bresson ou d’un Willy Ronis, les géants de la photographie française de l’après-guerre.  Plus tard, elle déclarera : « Je n’aime que les photographies prises dans la rue, au hasard des rencontres. » 

    Sabine a photographié surtout les gamins et les clochards des rues de Paris, les passants, les amoureux et les musiciens, avec une sensibilité et un talent formidable pour la composition.

    Dans les années 1980, Sabine Weiss multiplie les voyages et se penche notamment sur la thématique des religions.
    Elle arrête la prise de vue à la fin des années 90 car, avec une épaule cassée, elle dit ne plus pouvoir tenir convenablement l’appareil… Elle est naturalisée française en 1995.

    Elle se consacre alors à la gestion de ses archives avant d'en faire le don au Musée de l’Elysée, à Lausanne : 200 000 négatifs, 7000 planches-contacts, quelque 2700 tirages vintage et 2000 tardifs, 3500 tirages de travail et encore 2000 diapositives… eh oui, 80 années de déclic !
    Merci Madame !


    >> Sabine Weiss, site officiel.

    >> Hugh Weiss, site officiel.

    >> Le film : "Sabine Weiss : Un regard sur le temps".

     

     

     

     


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  • Miss Tic, la pionnière de l'art urbain en France nous a quitté…

    Pochoir et aphorisme de Miss-Tic : "C'est la vie, ça va passer ..."

     

    Miss-Tic vient de nous quitter.
    C'était l'une des grandes figures du street art.
    Plasticienne et grapheuse elle était surtout connue pour ses pochoirs parisiens de femmes monochromes, toujours assortie d'aphorismes piquants.

    Tous ceux qui ont parcouru les quartiers excentrés de la capitale ont, un jour ou l'autre, croisé une œuvre de Miss-Tic. Son dessin épuré est immédiatement reconnaissable et ses textes d'accompagnement, volontairement ambigus, sont toujours bien vus.

    Miss-Tic a subtilement orné les vilains murs de la ville pour nous la rende supportable ...
    On est loin des graffs tapageurs qui défigurent souvent les murs de Paris.

    Bon voyage la Miss...

     

    >> Miss-Tic sur Parisperdu

     

     


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  • Ophélie et Nymphéa, deux approches artistiques.

     De haut en bas : Ophélie ©Lily Franey et Nymphéa ©Ange Leccia

     

    Lily Franey et Ange Leccia sont deux artistes très différents mais j’ai décelé un fort cousinage dans l’une de leurs réalisations. En effet, tous deux se sont intéressés au thème de la femme et de l’eau pour nous proposer des images qui nous font rêver, voyager dans un imaginaire contemplatif.

    Ophélie par Lily Franey

    Lily Franey est une photographe professionnelle dont le travail s’inscrit dans le mouvement des photographes humanistes. Elle a côtoyé les plus grands : Willy Ronis, Sabine Weiss…

    Mais parfois elle s’autorise un pas de côté, vers une démarche poétique, onirique… et là encore elle y excelle. Ainsi en 1996, Lily installe un décor dans son appartement et fait appel à des danseuses contemporaines pour travailler sur le thème de l’eau et d’Ophélie.

    Il en naîtra une première exposition intitulés « Miroirs d’eau » où se mêlent photographies et sculptures textiles. La performance a lieu à la piscine de Villeneuve-Le-Roi où le décor et les photographies (accompagnés d’un spectacle de danse) sont situés sur le bord du bassin alors qu’une partie des spectateurs est dans l’eau.

    Puis ces photographies seront projetées à l’Institut du Monde Arabe, en grand format, pour une performance chorégraphique sur le poème Ophélie d’Arthur Rimbaud :
    Sur l’onde calme et noire où dorment les étoiles
    La blanche Ophélia flotte comme un grand lys,
    Flotte très lentement, couchée en ses longs voiles…
    On entend dans les bois lointains des hallalis…

    Nymphéa par Ange Leccia

    D’abord peintre, Ange Leccia se tourne rapidement vers les arts filmiques. Ses “arrangements”, comme il les nomme, naissent d’un travail sur l’image, filmée ou photographique.

    A Nantes, en 2007, Ange Leccia réalise une œuvre pour ESTUAIRE, une manifestation annuelle organisée par Nantes Métropole.

    À la tombée de la nuit, une jeune femme, nymphe ou sirène, évolue tranquillement dans l’environnement aquatique d’un canal. La créature semble prisonnière du canal, son corps semble se prolonger dans ce boyau inhospitalier. La lumière de la projection joue à la surface mouvante de l’eau, hommage bien perceptible d’Ange Leccia aux recherches picturales de Claude Monet. Cette ondine est incarnée par Laetitia Casta, icône adulée de notre société, devenue ici nymphe mythique contemporaine.


    Et lorsque l’on sait qu’en anglais, Nymphéa se dit : « Water lily », Ange Leccia ne ferait-il pas un clin d’œil à Lily Franey ?


    >> Lily Franey, site officiel.

    >> Lily Franey déjà sur Parisperdu : (1) et (2)

    >> Ange Leccia, site officiel.

     

     


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  • Lily Franey, amie humaniste de Willy (2).

    © Lily Franey"Lucie, la cueilleuse de genêts"_ Auvergne, 2000_ (Vue partielle, image inversée)
    © Willy Ronis : "La cueilleuse de thym, Lagnes (Vaucluse), 1980"

     

    En approfondissant ma connaissance de l’œuvre photographique de Lily Franey, j'ai de nouveau été touché par l'une de ses photos qui - là encore - me renvoi en écho une autre photo de Willy Ronis.
    J'ai appelé ce rapprochement : "Les cueilleuses ".

    L'histoire est celle-ci : une cueilleuse de genêts par un matin froid d'hiver rencontre une cueilleuse de thym dans la chaleur de l'été.

    Les deux photographes humanistes nous racontent leur photos :

    Willy nous dit : "dans ce village du Vaucluse la cueilleuse n'était pas venue au rendez-vous, c'est Marie-Anne - ma femme - qui prendra sa place pour le cliché !"

    Quant à Lily lorsqu'elle rencontre Lucie, la cueilleuse de genêts, en plus du croisement de leurs regards, il y a un autre échange. En effet, Lily raconte : "me voyant arriver tête nue, Lucie m'avait passé un de ses bonnets de laine en me disant, il faudra que je vous tricote des chaussettes de laine à vous. Depuis, je l'appelle ma mamie chaussettes".

    C'est un peu la fable de la cigale et la fourmi !

     

     

    >> Lily Franey, site officiel.

    >> Les photographes humanistes sur Parisperdu.

     


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    Lily Franey, une amie de Willy.

    © Lily Franey"Cité du Val de Marne" (1991), sur le thème du poème "Tout dire" de Paul Eluard.
    © Willy Ronis : "Place Vendôme - Paris, 1947".

     

    J'ai fait récemment la connaissance de la photographe Lily Franey via l'Agence Gamma-Rapho qui gère ses droits. C'est ainsi que j'ai acquis l'autorisation de la publication du portrait de Willy Ronis qui figure sur un récent billet de Parisperdu, une photo prise par Lily Franey en 1993.

    Lily Franey est née à Paris en 1947. Issue du monde ouvrier, elle travaille en usine dès l’âge de 14 ans. A partir de 1980, elle s’oriente vers la photographie. Mariée, mère de deux enfants, elle part pendant trois ans au Maroc avec sa famille. Elle y réalise ses premiers reportages qui seront publiés dans la presse. Puis, bien d'autres suivront : Au Nicaragua, elle photographie les Indiens Miskitos, au Mexique elle s’intéresse au sort des réfugiés du Guatemala, en Éthiopie et au Soudan, elle témoigne de la famine de l’hiver 1985. Elle parcourt ainsi l’Afrique de l’Ouest, le Vietnam, Madagascar, le Laos, l’Afrique du Sud, le Kurdistan et le Liban.

    Son travail s’inscrit dans la démarche des photographes humanistes. Ses interventions constantes dans le monde du travail l’amènent à participer en 1991 à une grande exposition sur la vie des machinistes de la RATP, parrainée par Robert Doisneau. Les problèmes sociaux, plus précisément ceux de la vie des femmes, de la jeunesse et du monde de l’enfance sont au cœur du travail de Lily Franey qui se veut témoin de son époque.  Elle s’intéresse également à la ruralité et a réalisé une enquête photographique sur la transmission de la mémoire et les relations entre générations dans les villages du Livradois en Auvergne.

    J'ai choisi ici une photo, sans doute un peu atypique du travail de Lily Franey mais pour moi, à la vue de cette photo, cela a été comme une évidence : j'ai instantanément revu une photo de Willy Ronis : "Place Vendôme - Paris, 1947".
    Je suis certain que Lily ne m'en voudra pas d'avoir un peu occulté son combat qui souvent est au cœur de son travail photographique. Mais comme Willy était son ami, il est juste qu'elle se retrouve maintenant ici, en sa compagnie.

     

     

    >> Lily Franey, site officiel.

    >> Les photographes humanistes sur Parisperdu.

     

     

     


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