• Willy Ronis ou la preuve par 9 : Autoportraits (4_10)

     Autoportrait dans le Studio Roness Boulevard Voltaire _Paris, 1935_ © Willy Ronis

     

    L’autoportrait est un jeu auquel Willy Ronis s’est souvent livré et, avec des approches toujours fort différentes.
    Véritable flash-back sur un demi‑siècle d’existence, cette série de photographies nous fait passer du jeune homme plutôt sophistiqué au vieux monsieur bien intégré dans la vie.

    En effet, ses premiers autoportraits sont des images assez apprêtées, soigneusement éclairées et mise en scène. On y lit clairement l’influence du studio photo paternel.

    Puis, le photographe s’éloigne de ce passé et profite de son travail et de ses rencontres pour réaliser des images plus vivantes.
    Déjà, le célèbre autoportrait aux deux flashes, en 1951, est plus réaliste et techniquement plus élaboré. Le regard s’approfondit, témoignant d’une tendance évidente à l’introspection, tout en s’efforçant d’intégrer la réalité qui l’entoure, comme l’illustrent les autoportraits vénitiens de 1981.
    Cette démarche trouve son aboutissement dans l’image quasi surréaliste captée à Paris, rue des Couronnes, en 1985, où le photographe se fond en un double reflet de lui-même, intégré dans le jeu des miroirs d’une vitrine de magasin. Ronis signe-là un chef d'œuvre de sophistication pour ce type d'exercice de style.

    Dix ans plus tard, en 1995, Ronis souhaite nous léguer un ultime autoportrait, mais il cherche un moyen original, il y parviendra en se photographiant lui-même lors d'un saut … en parachute.
    Il avait 85 ans !

     

     

    >> Autoportrait Rue des Couronnes, Paris 20e (1985)

    >> Willy Ronis parachutiste, autoportrait pris avec un "Horizon" à balayage (1995).

    >> Petit échantillon des autoportraits de Willy Ronis. 

     

     


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  • Willy Ronis ou la preuve par 9 : Belleville Ménilmontant (2/10)
     

    Carrefour rue Vilin - rue Piat - Belleville - 1959 © Willy RONIS

     

    Willy Ronis et Belleville-Ménilmontant, c'est une longue histoire d'amour. Et celui qui en parle encore le mieux, c'est évidement Ronis lui-même. Alors voici en quels termes il nous raconte sa découverte puis de son attachement à Belleville et à Ménilmontant :
    "Je n’imaginais pas que Belleville prendrait dans mon travail une telle importance. C’est un peu le hasard qui m’a fait connaître le quartier. Je l’ai connu à un moment où il se présentait sous des dehors particulièrement intéressants. Fin 1947, quand j’ai commencé à m’y promener, il y avait moins de voitures dans Paris qu’en 1939. La guerre était passée par là. Il n’y avait plus d’essence, on avait réquisitionné la plupart des véhicules et l’industrie automobile redémarrait à peine. Imaginez des rues de Paris sans quasiment aucune voiture. Ça, pour un photographe, quel bonheur !
    Depuis tout petit, on m’avait dit : « Ne va pas dans ce quartier, c’est le milieu, les Apaches, les prostituées ». En plus de cela, j’avais, jeune homme, une grande fringale de monuments, de belles choses. J’allais sur les quais, les Champs-Élysées, les musées… Ce qui fait courir les touristes. Dans les quartiers populaires de Belleville, il n’y avait rien de tout ça. Je découvre donc Belleville fin 1947. Ma femme qui était peintre, connaissait un garçon du nom de Daniel Pipard qui habitait 88 rue de Ménilmontant et qui lui avait dit : "Tu devrais venir avec ton mari chez nous et tu verras, c'est un quartier intéressant." Et c’est ainsi qu'accompagnant ma femme, j’ai fait la connaissance et des Pipard et du quartier. Pipard m’a emmené deux ou trois fois voir certains coins pittoresques du quartier et au bout d'un certain temps, je lui ai dit : "Laisse-moi maintenant, je vais faire des photos, on verra bien ce qui en sortira."

    Et puis voilà, je me suis pris d'intérêt, d’affection pour ces lieux. Je me promenais comme dans une ville étrangère que j’étais peut-être amené à ne jamais revisiter.  Et comme j’aimais le quartier, je montais très souvent d’un coup de moto faire des photos entre deux reportages.

    Peu à peu a germé dans mon esprit que ça pourrait faire un livre. Mais personne n’en a voulu. Ça n’était pas un quartier vendeur. Pas le Paris que les touristes ou les provinciaux ont envie d’acheter pour montrer : « Regardez comme c’est beau, Paris ! ». Au bout d’un certain temps, j’ai cessé d’aller voir les éditeurs et j’ai rangé mes photos dans un tiroir. C’est seulement en 1953 que la fille de l’éditeur Arthaud m’a contacté. Son père venait de lui confier une collection – « Les imaginaires » - un peu en marge du caractère commercial de la maison. Je lui ai montré mon Belleville. Elle a été prise d’enthousiasme. Le livre est paru l’année suivante mais n’a eu aucun succès commercial.
    Mais une deuxième édition parait en 84, et là, elle a été épuisée en trois mois. Depuis il y a encore eu deux autres éditions.
    Dans le quartier, le livre et ses photos ont eu un grand écho car il y avait naturellement les nostalgiques, les gens qui habitaient là et qui ont vu changer le quartier, pas en très bien la plupart du temps, et puis également les gens qui s’intéressaient au vieux Paris et pour qui ce livre était le reflet d'un Paris disparu, enfin presque entièrement disparu".

    Et, en 2015 la Ville de Paris donne le nom de Willy Ronis au belvédère qui surplombe le parc de Belleville. La dénomination “Belvédère Willy Ronis” est ainsi attribuée à l’espace commençant au numéro 7 et finissant au numéro 33 de la rue Piat, à Paris 20ème.
    Même si l'on peut considérer qu'elle est un peu tardive, il s'agit d'une juste reconnaissance, car le Belvédère de la rue Piat occupe exactement l'emplacement où Willy a capturé cette célèbre photo, des gamins sur la grille de l'escalier de la rue Vilin ... c'était dans les années 50 !



    >> Willy Ronis raconte Belleville Ménilmontant.

    >> Willy Ronis : Evocation de Belleville (Document Ina)

    >> Willy Ronis ou la preuve par 9 (1/10)

     

     


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  • Willy Ronis ou la preuve par 9 ! (1/10)

    La passerelle du pont des Arts - Paris, 1964_ ©Willy Ronis

     

    On connait ici mon admiration et mon attachement pour Willy Ronis.

    Ce grand photographe humaniste a été pour moi une source d'inspiration et il m'a encouragé lors de la création du blog Parisperdu. Sur ce blog, depuis le début de mes publications, en 2005, 90 billets lui ont déjà été consacrés.
    Est-ce beaucoup ? Est-ce trop ?
    Sans doute n'est-ce toujours pas assez pour cet immense photographe, aussi à partir d'aujourd'hui j'entame une série de 9 billets supplémentaires.
    Pourquoi 9 billets me direz-vous ?

    Eh bien parce que le chiffre 9 m'apparait vraiment être le chiffre-clé de Willy Ronis.
    Jugez plutôt : il est né à Paris dans le 9e arrondissement et nous a quitté en 2009 à 99 ans, il obtient le grand Prix national de la photographie en 1979 et est nommé chevalier de la Légion d’honneur en 1990, il lègue son œuvre photographique de 90 000 clichés à la France en 1989 et  l'exposition-vente de sa succession a débuté un 9 décembre … et je pense que l'on pourrait trouver encore d'autres occurrences du chiffre 9 dans l'œuvre et dans la vie de Ronis !
    Nous voici donc au départ de cette série: "Willy Ronis ou la preuve par 9", soit une aventure de 99 ans en 9 chapitres dont le premier sera, sans doute, celui qui me tient le plus à cœur et aussi celui que j'ai le plus exploré à travers ses images et en arpentant moi-même le terrain, il s'agit bien sûr de : Belleville Ménilmontant.

     

    >> Les 90 billets de Parisperdu sur Willy Ronis.

     

     


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  • Et si la vie, comme la photo, n'était qu'une question de cadrage ?
    Willy Ronis tenant son Rolleiflex • Crédit : Lily FRANEY/Gamma-Rapho – Getty (1993)

     

    Willy Ronis que j'ai côtoyé sur le tard était un homme absolument merveilleux, un conteur hors pair, quelqu’un d’une humanité prodigieuse et d’une immense sensibilité. Tout cela se lit sur ses photos.

    En 2008, une année avant sa disparition, il disait : " Je ne crois pas du tout qu'une fée spécialement attachée à ma personne ait, tout au long de ma vie, semé des petits miracles sur mon chemin. Je pense plutôt qu'il en éclot tout le temps et partout, mais nous oublions de regarder. Quel bonheur d'avoir eu si souvent les yeux dirigés du bon côté ! "

    Je partage avec lui le sentiment que pour réussir une belle image il faut certes un jeu de circonstances, de hasard, d’instinct et de métier, mais qu’au fond une bonne photo sur le vif c’est avant tout une rencontre imprévue et fugace entre des gens qui ne se parleront pas, et que l’imprévu est le sel de toute chose pour les âmes curieuses. Et Willy Ronis d'ajouter : "Il y a parfois des moments qui sont si forts que j'ai peur de les tuer en faisant une photo".
    Et oui, si la vie, comme la photo, n'était qu'une question de cadrage ?


    >> "Le siècle de Willy Ronis".

     


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  • "Deux ou trois choses que je sais d'elle" : la vraie star c'est Paris …

      Crédit photo : Tamasa Diffusion

    À première vue, on pourrait penser que la star de ce film de Jean-Luc Godard, sorti en 1967, c’est Marina Vlady alias Juliette Janson, une épouse et mère ordinaire, vivant dans un grand ensemble de banlieue parisienne, récemment construit.

    Mais plus que Marina Vlady, la vraie star de "Deux ou trois choses que je sais d’elle", c’est Paris. Ou plutôt sa banlieue qui, en cette période prospère des Trente Glorieuses, est en pleine transformation. Aux portes de la capitale se construisent alors de grandes barres d’immeubles, afin d’accueillir des familles. Jean-Luc Godard observe ce phénomène d’urbanisation de l’Île-de-France avec un regard comparable à celui d’un sociologue. Le tournage du film se fait à la très moderne cité des 4000 à La Courneuve, qui à cette époque, représente une certaine révolution immobilière.

    Jean-Luc Godard signe un film où la fiction rencontre le documentaire et inversement. Mais surtout, le film est un condensé des différentes thématiques (idéologiques et esthétiques) de Jean-Luc Godard. Parmi les plus notables, citons celle sur l’impérialisme américain avec le discours sur la guerre du Viêt-Nam ou bien le jeu si particulier de ses comédiens.
    Mais c'est la bande annonce du film qui nous révèle ce que Godard entend par "ELLE".

     

    >> Voir la bande annonce du film.

    >> L'affiche du film.

    >> Jean-Luc Godard and Marina Vlady sur le tournage de "Deux ou trois choses que je sais d'elle" (1967) photo: © Giancarlo Botti



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