• "Italie 13" : La politique de la table rase.

     

    Les tours des Olympiades. Au premier plan, le seul bâtiment restant des usines Panhard et quelques rares maisons rescapées.

     

    L'opération Italie 13 est la réponse-type au diagnostic souvent formulé, dans les années 50, par les architectes et les politiques pour l'aménagement des arrondissements périphériques de Paris.


    Ce diagnostic est le suivant: ces arrondissements comprennent de nombreux îlots jugés insalubres ou simplement "mal construits". Comment améliorer cet existant "bancal" ?
    La réponse sera celle-ci: la rénovation de ces îlots doit se faire non par un simple assainissement des immeubles mais par une réorganisation d'ensemble de ces quartiers dans l'esprit de la Charte d'Athènes de Le Corbusier, à savoir: construction en hauteur afin de libérer des espaces au sol et ainsi assurer aux appartements une meilleure luminosité, mais aussi: séparation des voies destinées à la circulation automobile de celles consacrées à la desserte locale et aux trajets piétonniers.
    L'opération Italie 13 illustre à merveille ce programme. Mais nombre de principes pourtant essentiels pour Le Corbusier ont été oubliés pour ce quartier, comme celui de vastes parcs entourant les tours ...

     
    Autour de l'avenue d'Italie, on pratiqua donc la politique de la table rase afin de pouvoir construire - sur 87 hectares - une cinquantaine de tours. Finalement seulement 34 d'entre elles, seront érigées.
    Les tours doivent toutes avoir à peu près la même hauteur : une trentaine d'étages. Les architectes en charge du projet estiment en effet que l'urbanisme de tours, loin d'opérer une rupture traumatique avec le passé, prolonge la vieille tradition parisienne de l'unité de hauteur des bâtiments !?!

    Le résultat de l'opération ne sera pas vraiment un succès. A l'origine, dans les années 70, l'opération Italie 13 visait à séduire une population de jeunes cadres, en tablant sur le modernisme du quartier et la présence de nombreux équipements scolaires et sportifs. Or les tours, éloignées du centre de Paris, trop standardisées dans leur architecture, n'ont pas séduit les Parisiens.
    Loin de la structure traditionnelle du tissu urbain, le quartier a dérouté les futurs acquéreurs, car certaines rues où vous aurez votre adresse - comme les rues du Javelot et du Disque - sont totalement invisibles, enfouies sous la dalle, elles sont inaccessibles aux piétons et quasiment introuvables.

    Les tours sont alors restées inoccupées pendant plusieurs années et l'opération aurait sans doute été un échec cinglant sans l'arrivée des premiers réfugiés vietnamiens vers 1975. Ils vont rapidement occuper les lieux, vivant à plusieurs familles par appartement afin de payer les loyers élevés. Ils seront suivis par d'autres vagues de réfugiés et d'immigrés cambodgiens, laotiens, puis chinois. Beaucoup ont ouvert ou repris de petits commerces faisant ainsi le quartier asiatique que l'on connaît.

    De nos jours, le quartier Italie 13, dont la maintenance est complexe et coûteuse, fait l'objet de projets de rénovations lourdes …
    Mais cette fois, la politique de la table rase n'est plus à l'ordre du jour … et pourtant … ! 


    >> Voir aussi, sur Parisperdu : "Des tours à Paris : pour quoi faire ?"

     

     

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  • Commentaires

    3
    DIDIER CLAVERIE
    Vendredi 29 Avril 2011 à 12:45
    Usines Panhard_Paris 13e
    Bonjour et félicitations pour votre site. Je me permet de vous adresser, ci dessous, le petit courriel citoyen que j'ai envoyé à la Mairie du 13e/Urbanisme, au sujet de la transformation en cours du dernier ilot des usines Panhard. "Si vous le permettez, parlons un peu de patrimoine. La France restera le berceau de l'automobile, sans quoi le XXe siècle n'aurait pas été ce siècle extraordinaire que nous avons connu. L'automobile est toujours un outil structurant de notre siècle actuel, de nos sociétés, dans le monde entier, dans l'activité économique aussi bien que dans la vie privée. Pionnière, dès le 19e siècle, La marque PANHARD , fleuron de cette formidable épopée, à créé, tout au long de son existance, des véhicules extraordinaires, de renommée mondiale, grâce a talent de ses ingénieurs et designers. PANHARD, c'est la culture, culture industrielle de ce 13e arrondissement, qui vous est cher. Merci donc de permettre le taillage en pièce cet ultime ensemble immobilier datant de la guerre de 1914-1918, le long de l'avenue d'Ivry, miraculeusement conservé jusqu'il y a peu, au au milieu d'un environnement 100 % bétonné. Merci de ne garder que le moignon central, bientôt enclavé entre 2 éléments sans expression, bien "modernes" et bien étrangers au fait Historique et Ouvrier de PANHARD. Ils laisseront sûrement une trace dans l'histoire. Et bien sûr, j'oublie que les petits bâtiment anciens, n'ont plus le droit d'exister dans la capitale. Nous laisserons donc aux générations futures, le 13ème ( le quoi ?) , sans oublier, avant de mourir, d'erradiquer le maximum des derniers fragments de sa mémoire et de son ouvrière culture" .
    2
    Paule
    Mardi 9 Juin 2009 à 16:39
    Fuir ...
    J'ai habité le quartier (Tour Périscope), une tour très bien avec hall en marbre au RDC et piscine sur le toit. Ma hantise était d'en sortir tant tout le secteur donne la caffard, sans parler des agressions toujours possible surtout après 22heures. Je n'ai eu qu'une chose en tête durant 2 ans : fuir le quartier. Ce qui est fait depuis maintenant un an. maintenant dans le 17ème, enfin je respire.
    1
    Antoine
    Lundi 8 Juin 2009 à 10:15
    Sinistre
    Cet urbanisme est sinistre, et on voudrait nous en remettre une couche pour le "grand Paris" ? Non, merci.
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