•  Suite du voyage à Gordes: "Vincent aéromodéliste".

    "Vincent aéromodéliste" Gordes, 1952 © Willy Ronis

     

    Lors de mon récent voyage à Gordes, j'ai pu tout à loisir déambuler au plus près et tout autour de la maison de Willy Ronis (la "Maison Vieille"), aux endroits où précisément, entre 1948 et 1958, il a réalisé quelques uns de ses clichés mythiques.

    Et soudain, je me rends compte que je marche sur la terrasse où Willy avait demandé à son fils Vincent de lancer son modèle réduit d'avion afin que, de la fenêtre de la cuisine, il puisse saisir, en pleine lumière, son garçon dans l'action … c'était en 1952, Vincent avait 12 ans.

    Dans cette image intitulée "Vincent aéromodéliste", l’importance des ombres est primordiale. Willy Ronis disait d'ailleurs : " Ce n'est pas la lumière qui m'a inspiré, c'est ce qu'elle éclaire". Et en effet ici, Vincent émerge du clair-obscur de la terrasse, laissant au sol son ombre portée.

    Cette photo est tellement emblématique de l'œuvre de Willy Ronis qu'elle figure en couverture du Photo Poche n° 46. Dans cette prestigieuse collection, c'est le numéro qui lui est consacré.

    Impossible toutefois de ne pas saisir le caractère prémonitoire de cette photo, car Vincent son fils aimé, ou plutôt comme il le précisait: le fils de Marie-Anne, décédera en 1987, à 47 ans, dans un accident … de deltaplane.

    Marqué à jamais par la disparition de Vincent dans ces brutales circonstances, Ronis décide en 1994, (il a alors 84 ans !) - peut-être comme pour conjurer le sort - de faire son premier saut en parachute. Pour l'occasion, il n'omettra pas d'immortaliser la scène avec son Minox. Mais Willy, le perfectionniste, n'est pas pleinement satisfait du cliché, il recommencera début septembre 1995 et pour ce second saut, cette fois-là il avait emmené son "Horizon à balayage" afin d'élargir le champ couvert. Le résultat vous est donné ci-dessous ...

     

    A suivre, la fin du voyage à Gordes : "Et le chat aussi … "

     

    >> La terrasse de "Vincent aéromodéliste".

    >> La fenêtre de la cuisine de la "Maison Vieille" à Gordes.

    >> Couverture du Photo Poche n° 46 consacré à Willy Ronis.

    >> Willy Ronis parachutiste, autoportrait pris avec un "Horizon" à balayage (1995).

    >> Lire aussi : "En visite chez Le Nu Provençal".

     


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  • En visite chez "le nu provençal" …

    Le Nu Provencal, Gordes, 1949 © Willy Ronis

    On connaît ici mon admiration pour Willy Ronis et mon attachement à ses photos qui savent si bien décrire le Paris que j'aime, celui des petites gens et des quartiers populaires de Belleville et de Ménilmontant.

    Mais il est une autre partie de son œuvre que je méconnaissais et que je souhaitais explorer plus avant, il s'agit de ses photos réalisées en Provence et plus particulièrement dans les deux villages du Vaucluse où il résida successivement, à Gordes puis à l'Isle sur la Sorgue.

    A ce propos, Willy nous dit :"En juillet 1947, j'emmène à moto ma femme dans le Vaucluse. Le village de Gordes nous fascine et nous y trouverons l'année suivante une ruine, sans eau ni électricité, pour les vacances futures".

    Et, le mois dernier, je me suis rendu dans le Vaucluse et j'y ai retrouvé cette maison, en partie grâce à l'aide de la Mairie de Gordes que je remercie vivement. La ruine dont nous parle Ronis, justement appelée "Maison-Vieille", est aujourd'hui devenue une résidence secondaire de charme, appartenant depuis près de 30 ans à une famille étrangère qui … et c'en est presque comique, … ne connait rien de Ronis, ni de l'histoire de cette maison … ! Comique mais un peu décevant tout de même …

    Mais qu'importe, car pour moi l'émotion est bien là lorsque que je découvre le lieu exact où Willy Ronis réalisa plusieurs de ses images cultes. Ainsi, sur la façade principale, j'ai en face de moi la fenêtre de la chambre du premier étage qui est celle du "Nu Provençal". Puis, au rez-de-chaussée, la fenêtre de la cuisine-séjour qui servie de cadre au cliché intitulé "Vincent Aéromodéliste" et je retrouve même la petite fenêtre de l'entrée, avec sa barre de défense, qui est celle du "Chat derrière la vitre". C'est donc là, dans cette haute maison aux volets verts et aux pierres blanchies par la chaleur du midi, qu'ont été pris successivement dans les années 1949, 52 et 57, ces trois mythiques clichés.

    Voyons tout d'abord "Le Nu provençal". Incontestablement c'est la photo fétiche de Ronis, une photo mondialement connue, au sujet de laquelle il avait coutume de dire : "Le miracle existe. Je l'ai rencontré". Et c'est Philippe Sollers, dans l'ouvrage "Nues", qui en parle le mieux: "La composition est magistrale, elle dit la vraie joie de vivre dont notre époque est si tragiquement et piteusement dépourvue. Le miroir, la cuvette, le petit tapis, les craquelures du sol, voilà des cercles qui ne demandaient qu'à dialoguer. La fenêtre ouverte, le volet, le mortier, le pichet, la chaise se répondent dans la verticale (cette photo aurait ravi Cézanne). Tout vit, tout vibre doucement et veut être vu. Le corps nu est la résultante de cette magie matérielle. La lumière est là pour dire l'harmonie indestructible de l'ensemble (soleil sur les épaules, bénédiction du temps). On est tellement loin de l'imagerie exhibitionniste et grimaçante d'aujourd'hui qu'on se demande si ce conte de fées a pu exister.

    Ronis parle de miracle. Il a raison, c'en est un que seul celui qui en a vécu un semblable peut comprendre".

     

    A suivre, dans un prochain billet sur ce voyage à Gordes, un autre cliché culte: "Vincent aéromodéliste".

     

    >> Le Nu Provençal (les 3 autres prises sur la planche contact), Gordes, 1949

    >> La Maison de Willy Ronis à Gordes (1948-1958) dont trois fenêtres ont servi de cadre à trois photos mythiques.

    >> A lire aussi : "Sur la traces des domiciles parisiens de Willy Ronis".


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  • Le lieux retrouvés de Parisperdu.

    Lieux Retrouvés n°44, le 10 rue des Mûriers Paris 20ème

     

    Une composition supplémentaire dans l'album des Lieux retrouvés.

    Cette album montre des photographies où sont associées, mêlées ou superposées sur une même image deux vues d'un même lieu : l'une en couleur et l'autre en noir et blanc. Ce dédoublement, ou ce collage, puise sa raison d'être dans un questionnement lié à la mémoire. En effet, il ne s'agit pas de créer un document réel, mais plutôt de faire apparaître concomitamment plusieurs strates temporelles: celle du passé (l'image en noir et blanc) étant partiellement recouverte par celle du présent (l'image en couleurs). C'est ainsi une façon de s'interroger sur ce que pourrait être une photographie objective, en dressant le constat de l'impossibilité pour l'instantané photographique de décrire le réel tel qu'on le perçoit, c'est-à-dire avec une dimension spatio-temporelle supplémentaire : celle de la mémoire.


    >> L'album des Lieux retrouvés.

     

     

     


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    Quand on a goûté aux balades parisiennes, on n'a surtout pas envie de s'arrêter. Les diamants ne sont-ils pas éternels … ?

    Dans "A la recherche du temps perdu", à la lecture de Sodome et Gomorrhe, Marcel Proust nous offre une vision d'un par(ad)is perdu … où s'y perdre est délicieux !

    Mais c'était au temps où la vie et les sentiments n'étaient pas encore formatés … car aujourd'hui, Twitter te fait croire que tu es une personnalité, Instagram que tu es un photographe et Facebook que tu as des amis. Le réveil risque d'être difficile !

     

    >> Les Editos de Parisperdu.

     

     


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  • Dans le square Sarah-Bernhardt, face à la rue Frédéric Loliée_ Paris 20ème (Juillet 2012)

    Plusieurs fois je me suis rendu rue de Lagny pour rendre visite à mon cher professeur, comme j'aimais à l'appeler. Willy Ronis, puisque c'est de lui qu'il s'agit, goutait pourtant moyennement l'expression. Mais il n'en laissait rien paraître tant il était un parfait modèle de courtoisie. Une qualité "à l'ancienne" … et qui tend à disparaître.

    Je n'étais pas encore retourné dans le quartier depuis la disparition de Willy. Je n'en avais guère envie tant je savais que cette excursion raviverait le vide que je ressens depuis son départ.
    Pourtant, en cette fin d'après-midi, le square Sarah-Bernhardt m'apparaît lumineux. Lumineux, mais rigide avec ses immeubles typiques des limites de la capitale et dont la brique rouge vire à l'orange sous le soleil couchant. Ils éclairent encore les fonds du square et l'égayent, bien que d'une façon pour ainsi dire technique et administrative, conforme à sa fonction de loisir. Je dirais volontiers que c'est scandinave, socialiste-humaniste dans le sens qui reconnaît mais réduit les droits de la personne, relativement à une moyenne qu'elle accepte d'incarner.

    Aux alentours, on a vite fait le tour des commerces: la moitié des rares magasins sont fermés, rien d'indispensable ou d'urgent n'explique la présence des autres: un teinturier, un marchand de tapis, un vague électricien … Il faut certainement remonter jusqu'à la rue d'Avron pour trouver du pain, des œufs, des journaux, des légumes, du vin, du tabac, des gens qui circulent … et rien ne prouve que cette distance d'environ quatre cents mètres n'étouffe pas toute velléité d'effort.
    Il y a tout de même un cordonnier. Sa vieille blouse grise, ses cheveux blancs, le foutoire qui l'entoure, la lampe orange qu'il vient d'allumer humanisent le cube abstrait qui lui tient lieu d'échoppe, en ce soir d'été, rue de Lagny.
    Pourtant le fracas qui nous vient du cours de Vincennes nous indique qu'un autre monde vivant, bouillonnant, existe … tout près.

    Il fait quasiment nuit maintenant sur le square Sarah-Bernhardt, ce qui produit un climat apaisant et m'apporte des pensées positives sur Willy.
    Je quitterai pourtant les lieux sans un regard au 46 rue de Lagny …


    >> Sur le banc avec Willy Ronis …

    >> Chez Willy Ronis.

     


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