• Les émigrés chinois se comptent par dizaines de milliers à Belleville. Qu’ils viennent de l'ex-Indochine, de Wenzhou, au sud de Shanghai ou de Dongbei, au nord-est de la Chine, ils restent largement méconnus du reste de la population de ce quartier populaire de Paris car, parmi eux, beaucoup sont "sans papiers" et cherchent à rester discrets.

    Ces "Chinois sans-papiers" n’ont ni nom, ni existence officielle, et pourtant ils sont nombreux à peupler les rues de Belleville. S'ils se mélangent peu avec le reste des habitants du quartier, c'est que la barrière de la langue est bien réelle. Et peu de Wenzhou font en effet l’effort d’apprendre le français, par manque de temps ou par facilité car ils connaissent toujours un parent pour faire la traduction. Soutenus par un groupe extrêmement solidaire, ils demandent très rarement de l’aide à l’extérieur. Pourtant, beaucoup pourraient le faire afin de mener à bien leurs régularisations, mais l’affaire emblématique de l’école Rampal a renforcé la crainte de la police et accentue le repli sur soi. Nombreux sont les Chinois qui ne sortent pas beaucoup de chez eux et ne fréquentent que leur famille.


    Entre eux, l’entraide fonctionne à plein, comme en témoigne la multitude de petites annonces rédigées en mandarin et qui couvrent les vitrines des commerces. On y vend un peu de tout et on y offre divers services, comme la garde d’enfants ou des heures de ménage. On y trouve aussi des cigarettes de contrebande. Des annonces proposent même une quittance EDF, ou une carte vitale à partager … !

    À Belleville, la myriade de restaurants et de magasins d’alimentation laissent entrevoir l’importance du commerce chinois qui s’est mis en place. Mais tout le monde n’a pas aussi bien réussi. Pas loin du boulevard de Belleville, on rencontre fréquemment des prostituées chinoises. Elles marchent très lentement et regardent les hommes "droit dans les yeux". Sur le trottoir d’en face, trois autres femmes attendent en groupe. Ces prostituées sont en général originaires de Dongbei, une province qu'elles ont quittée pour fuir une grande précarité. Les "Dongbei" sont très minoritaires ici, à Belleville, ce qui fait qu'ils ne bénéficient d’aucune entraide, contrairement aux Wenzhou qui représentent 85% de la communauté chinoise de Belleville. Quant aux hommes, ils cherchent à survivre grâce à différents petits boulots. Au coin d’une rue, ils sont deux, accroupis autour d’un sac, à échanger des magazines. Ce sont des revues qu’ils récupèrent dans les poubelles et revendent plus loin sur un marché. Ils font la même chose avec les vêtements …

    Avec la crise actuelle qui, en Chine aussi, ferme les usines et l’exode rural qui malgré tout continue, les vagues de migrants ne sont pas prêtes de s’arrêter. En attendant, se poursuit à Belleville la chasse aux "sans papiers", les isolants toujours un peu plus du reste de la population …


    >> L’affaire de l’école Rampal (mars 2007).

     

     


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  • 47 et 49 rue Vilin 75020 Paris - Photo ©Philippe Hiraga - 1971


    Il y a quelque temps, nous avions posé la question:
    "De quelle couleur est Belleville ?"
    Et, lorsque sur ce sujet, j'ai récemment interrogé Willy Ronis - lui qui, dans les années 50 a beaucoup photographié le quartier- le grandissime photographe m'a répondu très directement :" La couleur ? Je ne m'en souviens pas, car à l'époque où je faisais ces images, ma vision était exclusivement en noir et blanc".
    Puis, lorsque j'insiste pour savoir si toutefois, il "revoit" la couleur du mur du bistrot qui sert de toile de fond à sa photo "Au repos de la Montagne", Willy me rétorque :
    "Ce n'est pas la couleur qui avait fait que je m'étais arrêté-là, mais le type en marcel qui prenait un verre à l'intérieur " !
    Finalement, nous n'en saurons pas plus auprès de Willy Ronis ...

    Mais aujourd'hui, ce sont les photos prises par Philippe lors de la démolition de la rue Vilin, au cours de l'été 1971, qui nous donnent la réponse.
    Belleville était donc dans des camaïeux de rouge, de bordeaux, d'orange, de rose, ... c'est dire si les couleurs étaient gaies, et surtout contrastaient fortement avec un état du bâti ... plutôt triste, tant il était dégradé.

    Mais pourquoi ces immeubles à la dérive, suintant de pauvreté, sont-ils restés aussi longtemps dans cet état ? Parce qu'ils ont une histoire bien à eux ...
    Beaucoup de ces immeubles sont des bâtiments qui ont servi à abriter des gens venus ici pour construire la ville, pour travailler dans ses ateliers et ses usines... Autrement dit, ce sont les HLM d'une autre époque, des édifices construits à la va-vite, avec des murs constitués de matériaux de piètre qualité et, pour leur donner un peu de "standing", ... on les peignait de couleurs chatoyantes.

    Au fil du temps, avec la politique de blocage des loyers de l'après guerre, on assista à l'appauvrissement des propriétaires et le quartier s'est rapidement "ghettoïsé". Tout cela a souvent empêché de faire les indispensables travaux d'entretien et, années après années, ces immeubles sont devenus de véritables ruines ...
    Et lorsque ces bâtiments ont trop coûté en entretien, lorsque la rentabilité des loyers a trop diminuée, on les a démolit !
    Oui, finalement Belleville en a vu ... de toutes les couleurs.


    >> Voir aussi :"Elles tombent l'une après l'autre"
    - Photo © Philippe Hiraga

    >> "Au repos de la Montagne"
    - Photo ©Willy Ronis

    >> Voir aussi : "Mélanges de couleurs"




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  • Entrée du 18, rue des Partants - Paris 20ème

    Nous voilà à nouveau rue des Partants, une rue symbole de Parisperdu, tant elle a vécu, ces dernières années de profonds bouleversements.
    Dans la rue, presque toutes les maisons sont murées, leurs habitants ont déserté les lieux.
    Seule, au n° 18, une porte reste ouverte, grande ouverte, ... sans doute un locataire récalcitrant qui a refusé de partir !

    Au fond de l'entrée, la lumière venue du jardin, irradie l'espace et incite irrésistiblement à pénétrer plus avant. C'est comme un appel vers l'inconnu, vers un souffle de vie dans ce quartier moribond.

    Dans la lumière dense de cette fin d'après-midi de juillet, ce couloir désolé apparaissait alors comme un chemin abstrait, comme le départ vers l'infini et même au-delà, comme un passage aboutissant à d'improbables paradis ...


    >>
    Escalier intérieur du 18, rue des Partants: "Vers l'infini et même au-delà ... "


     


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  • Photo © Philippe Hiraga

    Nous sommes en 1971, et désormais, Belleville est désertée par ses habitants, les boutiques ferment les unes après les autres et partout, on mure portes et fenêtres. Belleville tombe peu à peu en déliquescence ...

    Au début du siècle précédent, Belleville était une sorte de campagne avec des pavillons aux jardins peuplés de poulets ou de canards et, aujourd'hui encore, il subsiste quelques traces de ce passé.
    Pendant plus de 30 ans, les habitations sont restées vétustes, sans chauffage ni électricité, vouées à être détruites, ... mais il existait une forme de solidarité entre les habitants car la misère et les épreuves, supportées en commun, soudaient les habitants entre eux ....

    Maintenant que les démolitions débutent, les habitants regrettent, non pas leurs habitations vétustes mais, l'ambiance si particulière de ce quartier.

    Désormais, certains quittent Belleville, d'autres sont relogés dans de nouvelles habitations. Mais, pour tous, il n'est pas simple de briser les liens tissés par le temps et d'accepter que l'histoire de ce quartier s'arrête là.

    Depuis le milieu des années 90, le quartier a changé, beaucoup changé et, si l'habitat a beaucoup gagné en salubrité, on ne peu en dire autant sur la solidarité et la sécurité des Bellevillois.

    On va encore me dire que j'idéalise trop le passé, mais il est patent que le climat n'est plus le même à Belleville où un large périmètre a été classé en ZUS (Zone Urbaine Sensible), c'est dire si les pouvoir publics reconnaissent les difficultés que vivent, au quotidien, les habitants de ce territoire. Dans La cité "Piat-Faucheur-Envierges", des ados tiennent les murs, bloqués "dans le rien". Le soir, dans le parc de Belleville, il n'est pas toujours très sûr de se promener seul(e) dans les allées périphériques ou de s'approcher des porches des villas où l'on traficote et où parfois, des bagarres éclatent ...
    Il n'y a, bien souvent, qu'un pas de la déliquescence à la délinquance  ...


    >> Belleville : "C'est déjà ça ..."

    >> Voir aussi dans Parisperdu: "Démolition des murs ... démolition des vies ..."

    >> Voir aussi sur Parisperdu : "Jours tranquilles à Belleville"

     

     


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  • Dès que j'eus pénétré dans la cour de la rue du Retrait, j'eus une impression très particulière: nous n'étions plus dans les années 2000 !
    Je ne savais plus en quelle année nous étions : certes pas dans les années 50, mais cela ressemblait aux années cinquante ... ou soixante.
    L'isolement du lieu avait-il ralenti le temps ?

    Pourtant tout autour, les constructions modernes ne manquaient pas, les gens étaient habillés normalement, les voitures étaient toutes récentes, ... mais ici, il semblait que l'on pouvait vivre différemment, et surtout plus fort qu'ailleurs.

    Et même si, à cet instant, je trouvais l'impasse totalement déserte, l'ombre de la petite fille photographiée, ici, par Willy Ronis, semblait gravée, à jamais, sur le pavé encore intact ...
    Il en résultait une impression de bien-être et d'optimisme qui recréait l'ambiance d'une époque où l'on croyait encore à l'avenir ...


    >> Cour, rue du Retrait Paris 20 ème - La photo de Willy Ronis (© Willy Ronis).

     

     


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