• Avenue Simon-Bolivar. Juillet 2012

    La Butte Bergeyre est un village parisien isolé, méconnu et peu fréquenté. A l'écart du tumulte de la ville, la butte est seulement desservie par une unique rue et par trois escaliers plutôt abrupts. Depuis l'avenue Simon Bolivar c'est une volée de 75 marches qui mène à ce village haut perché, si haut que certains habitants du quartier surnomment cet escalier "la pyramide aztèque".

    En 1950, Willy Ronis a capturé ici, l'une de ses images cultes.
    L'écouter raconter ses prises de vue a toujours été pour moi un délice.
    Voilà ce qu'il nous dit à propos du fameux cliché "Avenue Simon Bolivar" :

    "Cette photo, je l'ai faite en 1950. J'étais là, dans cet escalier, j'attendais quelque chose, parce que je voulais qu'il y ait un peu de monde qui passe. À un moment donné, j'entends une voix de femme derrière moi, qui parlait à son enfant, qu'elle tenait dans ses bras. J'ai attendu qu'elle me dépasse, et miracle, miracle qui arrive quelquefois dans la photographie : quand elle est arrivée en bas, est passé cet attelage étonnant - car même en 1950 il n'y avait plus tellement d'attelages avec des chevaux. Et ce qui est amusant, c'est qu'il y a en même temps cet ouvrier municipal, qui est en train de réparer ses feux tricolores, et des femmes qui promènent leurs enfants dans des poussettes derrière. Et puis le petit cordonnier qui parle avec le client. Et le petit chat noir, en bas de l'escalier. C'est une photo pleine d'histoires !"

    Alors, aujourd'hui, une fois encore,  je suis retourné sur les lieux. Bien sûr la prise de vue s'imposait et sous un angle voisin de celui du Maître … mais le résultat est loin, très loin d'être à la hauteur du sien …


    >> Avenue Simon-Bolivar, 1950 ©Willy Ronis/ Agence Rapho

     
    >> Voir aussi : "N'est pas Willy Ronis qui veut ?"

     


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  • Entre les deux bistrots cultes: "Aux Folies" et "Au vieux Saumur" s'ouvre la rue Dénoyez, le "paradis du graff"_ Paris 20ème (juin 2012)


    Belleville n'est pas Oberkampf, aussi ne trouve-t-on ici que très peu de bars branchés ou décalés. Quelques bars à vins dans la mouvance "bobo-chicos" ont bien essayé de s’implanter mais le quartier demeure encore largement orienté vers le demi de bière pas cher et la faune alternative "qui va avec". 

    L'adresse incontournable de Belleville : "Aux Folies" est située au coin des rues de Belleville et Dénoyez, ce café attire une énorme clientèle, venue de tous horizons, qui s’agglutine ici dans le bruit et l'agitation.

    Mais Belleville reste avant tout le quartier des petits restaurants pas chers qui vous permettront de faire le tour du monde en parcourant seulement quelques rues. L'Asie est largement représentée avec: "Au Poivre de Szechuan" (chinois), "Krung Thep" (thaï) et d'innombrables restaurants vietnamiens servant leur soupe pho, très insolite mais non moins addictive !

    On trouve aussi des bars à tapas espagnol (Chez Ramona), des restaurants argentins (Chez Valentin), des "épiceries- sandwichs" aux prix imbattables (Chez les polonaises Adriana et Margot) …

    Toutefois on peut aussi rester dans la tradition culturelle et culinaire française en fréquentant "Le Baratin", une vénérable maison à la cuisine de bistrot ou mieux encore "Au Vieux Belleville" un repaire d’un autre temps, avec bal musette et vin rouge … ambiance garantie !

    Le soir venu, pour danser ou écouter un concert, on peut se rendre à "La Bellevilloise", une ancienne coopérative parisienne, un lieu chargé d’histoire; mais on peut aussi lui préférer "La Java", une salle de concert insoupçonnée située dans le bas-Belleville, au fond d’une galerie marchande des années vingt.

    A Belleville, de jour comme de nuit, le monde est à vous  …

    (merci de nous avoir suivi au cours des 6 étapes de ce "Voyage" ...)



    >> "La Java", une salle de concert située dans le bas-Belleville.

    >> Belleville, embarquement immédiat ...

     


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  •  Parc des Buttes-Chaumont _ Paris 19ème.

    Le quartier de Belleville possède plusieurs parcs publics à l’identité très différente.

    Au Nord, le parc des Buttes-Chaumont est le plus beau parc à l’anglaise de Paris. Ses pelouses en pente, son lac, ses grottes, le belvédère néo-classique fiché au sommet d’un éperon rocheux et le pont suspendu donnent à l’endroit une allure très pittoresque. Ses 24 hectares, sont les bienvenus au milieu de la forte densité urbaine environnante. Aux beaux jours, son aspect vallonné se prête bien à la mode actuelle des pique-niques et des apéritifs dînatoires.

    Au Sud, à la limite de Ménilmontant, le parc de Belleville ouvert en 1988, a remplacé un îlot du Paris populaire souvent photographié par Willy Ronis et par ses compères du courant des photographes humanistes. La présence ici de ce parc est très appréciée tant les espaces verts font défaut dans cette partie de la ville. Dessiné à flanc de colline, il possède outre l'une des plus longues fontaine-cascades de la capitale, une vigne qui rappelle la tradition viticole de Belleville et surtout, le long de la rue Piat, en haut du Parc, un beau panorama, avec une vue imprenable sur Paris étendu à vos pieds.

    Mais, Belleville possède aussi le plus grand jardin de Paris intra-muros. On n'y pense pas spontanément car il s'agit d'un jardin un peu particulier : c'est …le cimetière du Père Lachaise !

    Eh oui, le plus prestigieux des cimetières parisiens est aussi le plus vaste des espaces verts de la capitale !

    Sur ses 44 hectares, on dénombre 5300 arbres, essentiellement des érables, des frênes, des marronniers, auxquels s'ajoutent quelques platanes, robiniers, hêtres, tilleuls, acacias, sophoras, noyers… Excusez du peu !

    Mais les visiteurs ne viennent pas seulement ici pour s'oxygéner et profiter de l'hyper-calme du lieu, … la promenade au Père Lachaise permet aussi de rencontrer de très nombreuses personnalités … ou plus exactement leurs sépultures !

    Au fil du temps, le Père-Lachaise est en effet devenu un lieu d'exposition à ciel ouvert de l'art funéraire. Chaque année, le cimetière est visité par plus de deux millions de personnes, ce qui en fait l'un des lieux les plus visités de Paris, après la Tour Eiffel, le Louvre et Notre-Dame.

    (A suivre …)

     

    >> Le Père-Lachaise, l'un des lieux les plus visités de Paris.

     



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     Cour du 48 rue Ramponeau_Paris 20ème (juin 2012)

    Dans le bas-Belleville, la rue grouille de monde et, ce bourdonnement, cette agitation pourraient bien quelque peu vous étourdir. Mais en remontant vers le haut-Belleville vous entrez dans un autre univers et, derrière les façades des vieux immeubles ouvriers règne souvent une grande quiétude.
    Si l'on peut avoir un accès aisé à ces endroits cachés à l'occasion des "Journées portes ouvertes des Ateliers de Belleville", chaque année en mai, le reste du temps il vous faudra "jouer du digicode" pour pénétrer dans les impasses privées et les cours intérieures qui nous rappellent le passé à la fois campagnard et ouvrier de Belleville.

    Un peu plus loin, des ruelles soignées, bordées de maisonnettes colorées, sont habitées par des bellevillois heureux de perpétuer l’esprit d'un village, à la fois convivial et solidaire. Comme à la Cité du Palais-Royal par exemple, ainsi surnommée parce que la Comédie Française (située au Palais-Royal) y entreposait autrefois décors et costumes.

    Mais tout le vieux Belleville n’a pas été sauvegardé … loin de là !
    Les hauts immeubles de béton qui ponctuent et enlaidissent le quartier en témoignent. Toutefois, la nostalgie pour ce Paris disparu reste tenace. Et, pour retrouver ce passé proche, on peut regarder "Le ballon rouge", ce merveilleux film tourné en 1956 par Albert Lamorisse à Belleville et à Ménilmontant. On peut également relire "W ou le souvenir d'Enfance" de Georges Perec, un ouvrage paru en 1975. L’écrivain y raconte ses jeunes années, rue Vilin, une artère aujourd’hui aux trois-quarts détruite mais que l'on retrouve rayonnante, dans les photographies de Willy Ronis.

    Cependant l’œil curieux se rend vite compte que tout n’a pas été rasé à Belleville. Ainsi, entre la  rue des Cascades et la rue de la Mare, la placette Henri Krazucki est un lieu hors du temps et loin du tumulte. C’est donc l'endroit idéal pour prendre un café en terrasse, au calme.

    Forte d'une identité singulière, Belleville suscite un attachement, voire un véritable amour, à tel point que ses habitants s’engagent fréquemment pour défendre leur territoire, et souvent ils résistent plus … et mieux qu'ailleurs.

    Belleville n’a pas de monuments, pas de lieux célèbres à visiter, rien de pittoresque ou de particulier.
    On ne vient pas se promener ici pour voir le Paris des circuits touristiques … mais pour faire un tour dans un village vivant, attachant, à l'écart des flux urbains … et ça, … ça vaut vraiment le détour !

    (A suivre ...)


    >> Le Ballon Rouge, 1956 - Albert Lamorisse : Regardez un extrait du film.


    >> Place Henri Krazucki, le carrefour stratégique du 84 rue des Cascades / 43 rue des Envierges. 

     

     

     


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  • Rue Dénoyez _75020 Paris (juin2012)

    Il suffit d’arpenter le pavé bellevillois pour se rendre compte à quel point l’art est partout, … même dans la rue.

    Dans les années 80, de nombreux artistes ont investi les arrières-cours pour y occuper les ateliers désertés par les artisans. Et, en continuant à faire vivre ce patrimoine ouvrier, typique des faubourgs parisiens, ils l’ont mis en valeur.

    C’est justement ce que l’on découvre chaque année au mois de mai à l’occasion des Portes ouvertes des "Ateliers d’Artistes de Belleville" : une concentration insoupçonnée d’artistes et de créateurs, invisibles habituellement car installés en retrait du tumulte de la rue.
    Le plan distribué gratuitement à l'occasion de cet évènement est indispensable pour dénicher - et pas toujours facilement - ces espaces cachés. L'an dernier, ce sont plus de 250 artistes qui ont ainsi ouvert au public les portes de leurs ateliers. 

    Dès sa création en 1989, l’association des AAB (Ateliers d’Artistes de Belleville) s’est inscrite dans une démarche non seulement artistique mais aussi militante. Constituée pour préserver le bas-Belleville alors menacé par un projet de ZAC (une vaste opération de destruction très contestée), l’association a su médiatiser sa cause et faire de l’ouverture des ateliers un rendez-vous original et incontournable. Et, ces mêmes artistes de Belleville ont aussi beaucoup œuvré au sein d'une autre une association "la Bellevilleuse". Ensemble, ces deux associations ont  sauvé le quartier du bas-Belleville des bulldozers.

    Mais à Belleville, s’il est un lieu qui porte en lui tout "l’ADN artiste" du quartier, c’est bien "la Forge". Située au 23-25, rue Ramponeau, cette ancienne usine de clés est blottie au fond d’un terrain vague improbable, avec tout autour des murs recouverts de tags colorés et de dessins gigantesques. Sauvée de la démolition par des artistes-squatteurs, cette friche industrielle est aujourd’hui gérée par … la Mairie de Paris… aussi peut-on se demander si l’esprit purement autonome Bellevillois n'est pas en train de disparaître ?

    Dans le bas-Belleville, impossible de manquer la singulière, l'incroyable, la foisonnante rue Desnoyez. Investie, chargée et surchargée depuis des années par les graffeurs et autres virtuoses du "street-art", cette rue, baptisée par certains "Le paradis du graff" est en effet l’un des rares endroits de Paris où ce mode d'expression est toléré, voire mis en valeur.
    Dans cette drôle de rue, n'hésitez pas à pousser la porte de la "Maison de la Plage" ou de la galerie "Frichez nous la paix" : dépaysement et surprises garantis.  

    Belleville attire aussi désormais de nouvelles galeries qui quittent le centre pour s’installer ici. Cependant il faut bien dire que certaines d’entre elles, peu ouvertes sur l’extérieur et sur les habitants du quartier, attisent les critiques de la communauté artistique locale.

    Enfin, à Belleville, il faut aussi "visiter" les nombreux murs peints du quartier : Némo et ses pochoirs poétiques, Kouka et ses guerriers ou encore Jérôme Mesnager qui, avec ses corps blancs, a marqué de son empreinte de nombreuses rues du coin.

    Au niveau du 50 rue de Belleville et au coin de la rue Julien Lacroix, deux grands murs impressionnants se font face sur la place Fréhel : l’un est signé Ben et l’autre Jean Le Gac. Deux "spots arty" incontournables comme diraient les bobos du quartier ....

    (A suivre …)


    >> Déjà sur Parisperdu : "A Belleville, La Forge n'est plus ce qu'elle était ..."

    >> Les murs peints de Belleville.

     



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