• Enfer ou paradis, voilà le dilemme du 20ème arrondissement de Paris.

    Pour certains, cet arrondissement n'est pas seulement le dernier numériquement. Il est aussi le dernier endroit où ils aimeraient vivre. Car pour eux, le capharnaüm de la mixité sociale qui règne ici, est vécu comme un véritable enfer.

    Pour d'autres tout au contraire, le 20ème est un éden, excentré sur ses hauteurs de Belleville et de Ménilmontant, ceux-là trouvent qu'il y fait bon vivre.

    Rien d'étonnant alors d'y trouver le "Passage Dieu", et non loin de là, "l'Impasse Satan" … !

    Si leur proximité est amusante, indubitablement le choix des noms de ces  voies de communication l'est tout autant : car il semble indiquer que servir Satan mène à une impasse, alors que l'autre voie serait un passage vers Dieu … 
    Ceci dit le panneau "Accès pompier" que l'on voit ici, aurait sans doute mieux sa place sous le "Passage Satan" !

    Et, entre le passage et l'impasse ... n'y aurait-il pas une place pour le purgatoire ?
    Mais on aura beau chercher, il n'y a pas de Place du Purgatoire dans ce 20ème arrondissement …



    >> Passage Dieu et Impasse Satan.

    >> Autres impasses dans le secteur …

     



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  • Vue prise de l'impasse de Bergame, vers l'impasse des Crins. Paris 20ème (juin 2012)

    Dans le 20ème arrondissement, entre la rue Planchat et la rue de Buzenval, on en trouve déjà 8, elles ont pour noms: Véran, Rolleboise, Casteggio, Poule, Crins, Bergame, des Souhaits et de la Confiance … ce sont les fameuses impasses du secteur Planchat, directement héritées du parcellaire de cet ancien quartier de maraîchage et de vignes.

    Un peu plus loin, entre la rue de la Réunion et la rue des Orteaux, ça recommence: à nouveau des impasses et des passages qui, cette fois-ci, donnent sur la rue des Vignoles. On trouve ici: Satan, Rançon, Savart, des Vignoles auxquels ont peut ajouter, donnant sur la rue des Haies, les passages Dieu et Dagorno, ainsi que les impasses Gros et St Paul … de quoi en perdre son latin certes, mais on peut aussi trouver un réel plaisir à s'enfoncer dans ces multiples interstices de la ville.

    Au début des années 2000, un vaste projet de réhabilitation de ce secteur a été entrepris car, il faut bien le dire, l'habitat dans ces impasses n'était pas très reluisant et même parfois "limite insalubre".

    Toutes les impasses n'ont pas été touchées, certaines sont encore "dans leur jus", comme à l'écart de la ville, à l'écart du temps …

    La restructuration la plus lourde a concerné trois impasses, celles des Crins, de Casteggio et des Souhaits. Elle a permis la réhabilitation de 11 logements et la construction de 88 logements neufs, 11 ateliers et 52 places de parking.

    Cette réalisation nommée "Eden Bio", par l'architecte en charge du projet, a certes densifié le secteur mais a heureusement respecté l'esprit du quartier en préservant ses passages et ses impasses. Les façades des nouvelles habitations alternent le bois, le métal et le végétal … Pour une fois que le béton n'a pas tout envahi, on ne va pas se plaindre !


    >> Parisperdu  pour les nuls (4/5): " De Planchat-Vignoles à la Place de Rungis"

    >> "Eden-Bio", le projet qui a réhabilité le secteur.


    >> 33 rue des Vignoles: l'impasse des anarchistes ...

     

     


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  • Passage du 33 rue des Vignoles_ Paris 20ème (Juin 1997)

    Lorsque que pour la première fois, je pénètre dans ce passage de la rue des Vignoles, je découvre une cour bordée d'ateliers. Un lieu comme il en existait encore beaucoup à cette époque, dans Paris. Tous les ateliers viennent alors d'être fraichement repeints en blanc, ce qui donne une impression de clarté, de propreté et même de standing à cet endroit pourtant banal.

    Ce qui attire immédiatement mon regard, c'est une pancarte. On peut y lire: "Flamenco en France". Je suis quelque peu intrigué que "La peña flamenca de Paris" ait élu domicile dans cet étroit passage. Arrivé au fond de l'impasse, je ne remarquerai rien d'autre …

    Lorsque je suis retourné récemment ici, le passage était toujours là, et ça, c'est un peu surprenant … car ce secteur du 20ème arrondissement a subi ces dernières années, un large processus de restructuration de son habitat. Toutefois, si la configuration des lieux n'a pas bougé, la couleur des ateliers du passage a radicalement changé: fini le blanc immaculé … tout ici a été repeint en rouge !
    Un rouge révolutionnaire sans doute car le passage abrite le siège d'une confédération que je n'avais même pas remarqué lors de ma première visite. Cette fois-ci, impossible de "louper" la Confédération Nationale des Travailleurs : couleur rouge omniprésente et, partout des drapeaux et fanions rouges et noirs siglés: CNT !
    La CNT est une confédération de type syndicaliste révolutionnaire et anarcho-syndicaliste qui a connu un essor important en Espagne durant la période antifranquiste de 1936-1939. De là à expliquer le voisinage en cet endroit des anciens antifranquistes et des adhérents à l'association Flamenco … ?

    Mais récemment, le passage du 33 de la rue des Vignoles a eu la surprise de tomber sur un avis de démolition de la mairie de Paris. Le "33" est situé dans l’îlot Planchat-Vignoles, un des îlots voué à destruction sans même savoir quelle construction est prévue à la place.

    Des engagements ont été pris par la Mairie pour régler le problème de ces "expulsés-expulsables", mais aussi pour conserver le parcellaire caractéristique de ce quartier. Jusqu’à présent aucun projet n’a toutefois été rendu public par la Ville. La mobilisation se poursuit donc … et en matière de mobilisation, de manifestations et de défilés en tous genres, la CNT est experte ... !

    Toutefois, l'impasse des anarchistes, comme certains la nomme dans le quartier, a sans doute entamé son compte à rebours avant ... la destruction finale.


    >> Le passage du 33 rue des Vignoles, aujourd'hui.

    >> Flamenco au 33 rue des Vignoles.

    >> La CNT syndicalisme révolutionnaire et anarcho-syndicalisme.

    >> Déjà sur Parisperdu : lieu semblable, destin semblable …

     



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  • Rue Pixérécourt, Paris 20ème _ 1984

    A Belleville, dans les années 1960, tout le monde sait que les vieux immeubles ne seront plus entretenus car ils ont vocation à être détruits lors de la future rénovation du quartier qui déjà se dessine. Les habitants commencent alors à déménager, souvent déplacés dans les nouveaux HLM "confortables" de Sarcelles ou de Créteil. Mais paradoxalement  de nouveaux venus, notamment des migrants du Maghreb, s’installent dans ce bâti libéré ... pour quelque temps.

    Dès la fin des années 70, les démolitions vont bon train et la rénovation des années 80, conduira à la "désastreuse" transfiguration de la Place des Fêtes, et à la politique des "Zones d’Aménagement Concertées" aux Amandiers à Ménilmontant ou dans le Bas-Belleville.

    Les conditions de la "rénovation" de ces quartiers, le relogement, la conception des constructions nouvelles sur fond de spéculation immobilière ne seront pas sans conséquence sur le plan social et humain. Elles conduiront à la détérioration des conditions de vie et à la destruction des structures sociales. Et aujourd'hui encore, on ne peut que dresser le constat d’un immense gâchis urbanistique et humain.

    Passant d’une image intimiste en noir et blanc à une poétique des ruines, la photo présentée ici semble de prime abord hétéroclite, mais elle dévoile finalement la réalité du fait social et urbain. Elle témoigne d’une société en construction, en constant changement, autant que d’un monde en décomposition.
    Car ici, trois générations d'habitat coexistent - encore pour quelque temps - dans un reliquat de jardin: un habitat précaire fait de planches et de matériaux de récupération, dernier témoin des baraques des bidonvilles des années 50, au second plan se trouve un des petits immeubles de rapport qui constituaient il y encore peu de temps, l'habitat majoritaire de ces quartiers et, occupant tout l'arrière plan, l'une des tours de la Place des Fêtes.
    Dans ce minuscule espace, c'est bien l'un des chantiers de la mémoire de Belleville, que l'
    on découvre ...


    >> Une rage de destruction ...

    >> Le ZACage du 20ème arrondissement.

    >> Démolition des murs ... démolition des vies.

     


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  • Ecole primaire 37-39 rue de Tourtille - Paris 20e arrondissement

    Le Bas-Belleville est l'un des derniers quartiers populaires de Paris. C'est aussi l'un des quartiers de Paris aux communautés les plus mélangées. Depuis toujours, Belleville a en effet été un lieu d’arrivée privilégié pour différentes couches d’immigration: les juifs russes et polonais fuyant les pogromes au début du 20e siècle, les Arméniens fuyant le génocide, les Espagnols arrivés pendant le régime de Franco, puis les pieds noirs tunisiens après l’indépendance, les travailleurs algériens et maghrébins quittant les bidonvilles, les Africains souvent logés dans des foyers et pour finir, est arrivée une forte vague d’immigration Chinoise et asiatique.

    Plus récemment, petit à petit, est arrivée la gentrification du quartier, le "populo" quitte Belleville, cédant la place au "bobo", à la classe moyenne voire moyenn e-supérieure.

    Mais comment vivent ensemble toutes ces communautés ?
    Comment cohabitent tous ces habitants d’origines si diverses que boulevard de Belleville, les jours de marchés, c'est la Tour de Babel: pas moins d'une cinquantaine de langues et de dialectes peuvent y être entendus …

    Eh bien, sur les collines de Belleville et de Ménilmontant, la cohabitation ne se passe pas si mal et, malgré de nombreuses transformations urbaines et sociales, ces quartiers ont su conserver leur âme. Il se dégage un charme particulier de ces hauteurs. Elles sont à la fois closes et aérées, faites de grandes artères et de petits chemins de traverse qu'il faut savoir observer en prenant tout son temps pour parcourir ce coin de Paris.

    Les habitants de Belleville, pour reprendre l'expression de Georges Perec, "habitent leur quartier",  entretiennent et perpétuent l'histoire et le mythe d'un village singulier, ouvrant ainsi pour l'avenir tout le champ des possibles ...


    >> Lire aussi sur Parisperdu: "Belleville de haut en bas".

     

     


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