• Trainée ou Poulbot ?

    Rue Poulbot Paris 18ème, février 2017

    Jusqu'en 1967, au cœur du vieux village de Montmartre, l'actuelle rue Poulbot se nommait rue Trainée. Et, la petite impasse mal pavée qui donnait sur cette rue, portait le même nom, c'était l'impasse Traînée...

    On peut penser que ce changement de nom est le bienvenu car il semble préférable de rendre hommage à l'artiste qui a immortalisé les gamins du quartier plutôt qu'à une trainée, une femme de mauvaises mœurs.

    Erreur, vous n'y êtes pas du tout... car la traînée dont il s'agit n'est pas la femme des rues ou des impasses, c'est une manière de chasser les loups en tirant sur le sol une charogne qu'on met ensuite dans un piège dissimulé par une trappe. On disait alors que l'on chassait le loup "à la traînée".

    Utrillo qui a peint l'impasse aurait du mal à la reconnaître aujourd'hui. Pourtant l'ancienne ruelle a conservé une allure de village avec ses maisons blanches, ses jardins et sa palissade en bois.
    Au fond de l'impasse en pente, un portail bleu, et derrière celui-ci la cour de récréation d'une école : Eh oui, les Poulbots sont bien toujours là ! …


    >> Je reviens d'une rue qui n'existe pas ...

    >> "Impasse Trainée", par Utrillo

    >> "Impasse Trainée", par Izis (1)

    >> "Impasse Trainée", par Izis (2)

     

     

     

     


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  • Photographes Humanistes (1/13) : Marcel Bovis

    Marcel Bovis, Boulevard Beaumarchais, Paris, 1954

     

    Il y a une dizaine d'années, j'écrivais : "on ne se lassera jamais de regarder les images de ces photographes humanistes : celles des célébrissimes Ronis, Doisneau, Boubat, Izis, Brassaï et celles d'auteurs moins connus -mais tout aussi représentatifs de ce courant- que sont : Marcel Bovis, René-Jacques, Jean Dieuzaide, Janine Niepce, Sabine Weiss, Jean Marquis, Jean-Philippe Charbonnier, Édith Gérin, Ina Bandy, André Papillon, Léon Herschtritt, Jean-Louis Swiners ou encore Eric Schwab ..."

    Et bien à partir d'aujourd'hui, je vais vous faire découvrir ou mieux connaître ces photographes humanistes peut-être moins célèbres mais tout aussi représentatifs de ce courant.

    Ils sont donc 13 et le premier d'entre-eux, qui d'ailleurs est sans doute le plus connu, est Marcel Bovis.

    Bovis est un photographe au tempérament discret, un travailleur acharné, un manuel et un homme curieux que tout intriguait.
    Né à Nice en 1904, donc avant Willy Ronis (1910), Izis (1911) et Robert Doisneau (1912), Marcel Bovis découvre la photographie au service militaire, à Briançon. Premiers sujets : les paysages enneigés et ses copains de régiment, des photos qu'il développe dit-il : "dans l'écurie du colonel, le seul endroit où il y avait de l'eau".

    C'est un hobby certes, mais il le pratique avec sérieux, patience et précision car, par exemple, n'ayant pas de cellule, il devait intuitivement deviner le temps exact de pose.

    Tout en gagnant sa vie comme décorateur, Bovis continue à apprendre et, sur un coup d'audace, rejoint l'équipe de la revue Arts et Métiers graphiques. De cette époque des années trente, datent ses beaux reportages sur Paris la nuit, puis, plus tard, ses clichés sur les fêtes foraines, dont il saura préserver la densité poétique.

    En 1941, désormais rattaché au monde de l'image, Marcel Bovis devient un photographe-illustrateur pour des éditeurs, ou même des auteurs. Chartres et ses vitraux, Bourges, Nîmes, Avignon, la France l'accueille à bras ouverts, comme naguère le fakir Motto Louis avec sa femme volante.
    S'il est plutôt resté en coulisses, témoin modeste loin des stars et des sunlights, on lui doit toutefois un somptueux portrait de Duke Ellington. Marcel Bovis a aussi expérimenté les solarisations, tenté quelques collages, osé quelques nus et beaucoup étudié l'histoire de la photographie : ­ il était fou d'Eugène Atget et de son esprit indépendant, "fidèle à la ligne qu'il s'était tracée".
     
    En 1991, Marcel Bovis fait don à l'Etat français de tout son trésor, plus de vingt mille négatifs et contacts originaux, réalisés entre 1927 et 1977.
    "J'ai essayé de faire au mieux", confiera-t-il lors de sa rétrospective au Palais de Tokyo (1992), heureux de cet hommage qui lui donnait l'occasion d'évoquer Paris.
    Il nous a quittés en 1997, il avait 93 ans …

     

     

    >> Marcel Bovis au Jeu de Paume

    >> Les Humanistes sur Parisperdu

    >> La photo humaniste a-t-elle un avenir ?

    >> Voir aussi : Paris dans l'œil des maîtres. (3/3)

     

     

     


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  •  Chais de Bercy : l'esprit d'un lieu en déshérence

    Rue du Mâconnais - Paris 12ème (1997)

    C'est un décor fantôme, où l'on ressent l'abandon souverain qui habite le lieu.
    Drôle de lieu d'ailleurs, presqu'un non-lieu …

    Les jeux des lumières, les matières vieillissantes, les perspectives et la structure du bâtiment sont mis en évidence et magnifiés par le silence qui règne ici.
    Ce silence omniprésent, parait correspondre à un temps qui se serait tu, il en émane une atmosphère énigmatique, questionnant le spectateur sur la vie passée et l'esprit de ce lieu en déshérence.

    Mais il me semble que quelqu’un est là … alors que l'on n'aperçoit que … quelque chose ! Alors oui, en fermant les yeux, on imagine aisément la vie de ce local aujourd’hui abandonné. On devine le tintement des bouteilles, l'omniprésente odeur du vin rouge qui vous prend à la gorge, la silhouette furtive d’un maître de chais … Et toutes ces présences invisibles deviennent l’esprit de ce lieu désert.

     

     

    >> Dans les Chais de Bercy.
     

    >> Voir aussi: Aurélien Villette, photographe des lieux en déshérence

     


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  • Cité de la Mairie.

    La Cité de la Mairie, est une petite impasse d'à peine 25 mètres de long. Elle a l'air insignifiante mais elle nous en apprend beaucoup sur l'histoire de Montmartre et du 18ème arrondissement.

    Son nom vient en effet du voisinage avec l'ancienne mairie de Montmartre. Celle-ci se situait à l’angle de la rue et de la Place des Abbesses. Le jeune Georges Clémenceau y siégera en 1870, ainsi que Jean Baptiste Clément, l'auteur du "Temps des Cerises".

    Mais à compter de 1860, les Communes de Montmartre et de La Chapelle sont intégrées au tout nouveau 18ème arrondissement. Le petit bâtiment municipal de la Place des Abbesses devient alors très vite trop étroit pour faire face à l’augmentation de population.
    Aussi, en 1892 la Mairie du 18ème est transférée Place Jules Joffrin. Toutefois, ce nouvel édifice ne sera achevé qu’en 1905. Aussi ce n'est qu'à cette date que l’ancien bâtiment, voisin de la Cité de la Mairie sera démoli.
    À son emplacement se tient aujourd’hui le Square Jehan Rictus, avec son célèbre "Mur des Je t'aime".


    >> Le mur des "je t'aime".

    >> Ancienne Mairie du XVIII-ème arrondissement, Place des Abbesses.

     

     


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    C'est l'ère de la nouvelle économie.

    Passage Pouchet, à l'angle du 81 rue Pouchet_Paris 17ème (1997)

     

    Nous sommes du côté de la Porte Pouchet et là aussi, les commerces de bouche ont pratiquement tous disparu. La rue est désormais acquise aux magasins de téléphones portables, de cartouches d'encre pour les imprimantes et de cigarettes électroniques …. Un peu plus loin, Clignancourt déroule son coulis de minables qui vendent téléphones et Marlboro d'occasion …

    De même plus aucune trace d'artisans, d'horlogers, de papetiers ou même de fleuristes … leur disparition a entrainé un appauvrissement de l'ambiance des rues, jusqu'à imposer à ces dernières la misère des distributeurs de billets de banque, des bureaux d'assurances et d'agences immobilière, qui s'adjugent désormais l'espace commun sous l'œil froid des caméras de surveillance.

    C'est parait-il l'ère de la nouvelle économie, celle de la croyance dans le progrès qui implique que l'humain ira vers un monde toujours meilleur … sauf que certains ne suivront pas et seront abandonnés en chemin …

     

    >> La disparition des petits commerces.

    >> On ferme …

     


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