• Retour sur les installations d'artistes pour la sauvegarde de la rue Gasnier Guy.
    (Billet du 1er mars 2007)  

    Les lavabos, les pommes de douche et les baignoires rémanentes sont bien ici ... tracés à leur emplacement d'origine. Ces dessins en aplat sont comme une tentative dérisoire pour remplir le grand vide créé par la destruction des appartements. C'est un cri désespéré, poussé par les artistes-peintres du quartier.

    Némo, le célèbre illustrateur des rues de Paris, viendra à la rescousse avec ses pochoirs, dont le poignant : "Ne cassez-pas nos maisons ! ".

    Tout cela sera sans effet ... la rue Gasnier-Guy sera totalement rasée.


    >>  Le grand cri de Némo ...

    >> Némo, porté disparu ...

    >> La dernière fois que j'ai fait du ménage, chez moi aussi la maison s'est écroulée (Némo).


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  • Le 140 rue de Ménilmontant est une cité dans la ville, un bloc d'habitations bâti en 1925, une imposante forteresse avec son portail unique ouvrant sur une cour centrale distribuant les accès aux logements.

    Le site a longtemps été qualifié de "zone sensible" ou de "quartier difficile". La délinquance y est alors endémique, fondée sur des trafics locaux de stupéfiants, d'objets ou de véhicules volés ou recelés : toute une économie souterraine. Les trafiquants y agissent en bandes et suscitent - dans tout le quartier - un réel climat de peur. Les gens ne peuvent plus circuler tranquillement dans les cours ouvertes de ces immeubles, car certains caïds se comportent en propriétaires du territoire.

    Les passants qui osent s'attarder ici - surtout si de surcroît, ils photographient ou filment les lieux - sont immédiatement suspectés de vouloir nuire au « business » et sont éloignés par intimidation verbale. J'en ai personnellement fait l'expérience.

    Dès mon arrivée, des adolescents me demandent de quitter les lieux et de ne pas prendre de photos. J'argumente sur le fait que je souhaite seulement photographier la tour Eiffel qui se dessine au loin dans la longue perspective de la rue de Ménilmontant. On me laisse préparer mon cadrage, mais le réglage de la prise de vue est sans doute un peu trop long au goût de mes interlocuteurs ... car tout à coup retentit un cinglant : "Eh ... toi là-bas, t'arrêtes avec ta tour Eiffel ... ". Instantanément, je prends conscience que la situation peut dégénérer très vite et qu'une violence extrême peut frapper à tout instant. Je quitte rapidement les lieux, après avoir pris un seul cliché.

    En octobre 2005, Jean-Claude Irvoas aura eu moins de chance ... Il a été lynché à mort, devant sa femme et sa fille, alors qu'il photographiait du mobilier urbain ... en banlieue parisienne.

    Quant au 140 rue de Ménilmontant, il a maintenant fait l'objet d'un vigoureux programme de réhabilitation et de réaménagement. Aujourd'hui, la cité a été désenclavée : l'unique entrée a été complétée par le percement de nouveaux accès et 8 bâtiments, sur les 30 existants, ont été
    détruits pour créer un jardin et aménager une voie publique coupant, en son centre, la vielle cité.

    Après ces transformations radicales, le quartier retrouva un peu de calme. Mais aujourd'hui encore, les photographes n'y sont pas les bienvenus ...



    >> La tour Eiffel se dessine au loin dans la longue perspective de la rue de Ménilmontant. 

    >> Jean-Claude Irvoas : la mort en 24 secondes ...

     

     


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  • En 1997, rue Gasnier Guy,  la ZAC des Amandiers pose de difficiles problèmes de relogement ... aussi, progresse-t-elle avec beaucoup de difficultés. L'emprise de la ZAC est pourtant en mutation incessante - avec des immeubles rasés, d'autres murés et partout des terrains en friche.

    Tout cela crée de lourds inconvénients pour le paysage et la vie du quartier. Cette situation suscite aussi de vives critiques contre le projet et favorise l'éclosion de diverses interventions.

    Ici,  ce sont des artistes-peintres du quartier qui ont reproduit, sur les murs mis à nus, le mobilier présent il y a encore peu de temps dans les appartements maintenant détruits : baignoires, cheminées, tables ... réapparaissent alors comme pour témoigner de leur volonté de ne pas voir le quartier disparaître.

    Presqu'en même temps, une action intitulée « La mémoire des habitants, 1997 » réunissant plusieurs intervenants du groupe JLNDRR, a eu lieu ici même. Par l'installation au cœur de "l'îlot insalubre n°11" d'une photographie géante de la façade d'une maison récemment démolie, il s'agissait de signifier, de manière physique, la persistance sensorielle des maisons rasées, dans un quartier où les démolitions n'ont pas cessé depuis 1953.

     

    >> Les actions et installations du groupe JLNDRR

    >> Persistance sensorielle d'une maison rasée (© JLNDRR)


    >> Rue Gasnier Guy, la rue-symbole de Parisperdu (1)

    >> Rue Gasnier Guy, la rue-symbole de Parisperdu (2)

    >> Rue Gasnier Guy, la rue-symbole de Parisperdu (3)


     


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  • La technique de la dent creuse appliquée par la ville de Paris à la rue Gasnier Guy a parfaitement réussie. La rue nous délivre ici une vision de ville sinistrée par la guerre. Attaquée de toute part, elle est  "chaos debout" ...

    Bientôt vont s'élever ici des immeubles "biens propres sur eux" mais d'une triste banalité.
    Le programme initial prévoyait de  reloger sur place les anciens résidents mais en fait, ils seront poussés hors du quartier par l'inflation du coût des nouveaux appartements ...

    En 30 ans, le quartier des Amandiers aura perdu tout son habitat populaire qui en faisait un lieu si particulier, comme à l'écart de la ville, ... un grand village entre Belleville et Ménilmontant.


    >> La technique de la dent creuse 

    >> La rue Gasnier Guy en 1997 ...


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  • La définition du Larousse est brève et sans équivoque: "un marchand de sommeil est un logeur qui exploite ses clients". Par extension, on pense à un propriétaire qui loge ses locataires dans des conditions indignes, tout en leur réclamant un loyer important, voire exorbitant, en totale disproportion avec la qualité de l'habitat.

    Mohamed habite ici au dernier étage de cet immeuble de la rue de la Mare, dans le 20ème. Il paye l'équivalent de 1 100 euros, soit l'essentiel de son salaire de balayeur pour vivre dans 12 mètres carrés - avec sa femme et ses deux enfants - dans des conditions de confort d'un autre âge. Pas d'eau chaude, des carreaux cassés, un seul lit dans la chambre. "C'est pire qu'en prison, raconte-t-il. Dans une cellule, on n'a pas davantage de place, mais on la partage seulement à deux."

    Dans ce même immeuble, les services d'hygiène de la ville ont découvert des familles entières entassées dans des lieux humides, dépourvus de tout confort et souvent sans eau courante. La faillite de la copropriété, la démission du syndic ont en effet entraîné la coupure de l'alimentation en eau. La ville a même dû ouvrir un point d'eau sur le trottoir pour les dizaines de personnes qui habitent l'immeuble.

    Contraint et forcé, le propriétaire a retapé le toit, la rampe d'escalier et les huisseries. Les raccordements sauvages à l'antenne TV de l'immeuble voisin ont disparus. Pour le reste, il impute les dégradations aux locataires et n'envisage pas d'autres travaux car la maison n'est plus déclarée insalubre.

    Aujourd'hui, Mohamed et les siens ont au moins des fenêtres neuves et il ne pleut plus par le toit.
    La famille n'envisage pas de déménager car ... ailleurs c'est peut-être mieux mais c'est surtout beaucoup trop cher ... 

    Le marchand de sommeil de la rue de la Mare peut dormir tranquille ...


    >> L'immeuble aujourd'hui après les travaux d'urgence ... (© Photo : François Legendre)

     

     


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