• Presque tous les jours, Gilbert est là, à ce même endroit de la rue Azaïs, à deux pas du Sacré-Cœur, et il y joue de l'harmonica. Son répertoire est tourné vers les airs du Paris populaire, ceux de Francis Lemarque, de Mouloudji, ... mais son morceau préféré reste: "La vie en rose".

    Et pourtant la vie de Gilbert n'a pas toujours été rose ... Ancien régisseur d'un grand cabaret parisien dont il ne veut pas révéler le nom, il gagnait alors confortablement sa vie et habitait les beaux quartiers. Au tournant des années 80, une succession de désastres s'abat sur lui : il perd son emploi, sa femme le quitte et son fil unique se tue dans un accident de moto ... Gilbert essaiera de surmonter tout cela avec l'aide ... des alcools forts. Ils le rendront encore plus fragile ...

    Aujourd'hui, il survit tant bien que mal d'une maigre pension qu'il essaye d'améliorer ici, dans la rue Azaïs, avec son petit harmonica ...

    Les passants qui lui donnent une pièce sont sans doute plus sensibles à son physique dramatiquement, déformé par l'alcool, qu'aux notes un peu mièvres qu'il tire maladroitement de son modeste instrument.

     

     


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  • Depuis 15 ans, Denise passe ses journées ici, à l'Atelier de petite maroquinerie Fréjac, dans le 20ème. L'atelier est plein des couleurs et des odeurs des peausseries les plus exotiques : crocodile, lézard, python, autruche, buffle, et même ... éléphant, ou kangourou.

    Pour réaliser un portefeuille, Denise va mettre environ une heure. Elle en assurera toutes les étapes : de la coupe au parage des bords, du collage à l'assemblage et la couture finale. A part cette dernière étape pour laquelle elle va s'asseoir devant la robuste PFAFF, Denise est constamment debout devant sa table de travail.
    Elle ne se plaint pas, mais elle souhaiterait que ce métier - qu'elle exerce avec tant de talents - ait enfin une place reconnue parmi les métiers d'art, car aujourd'hui son travail est souvent galvaudé et assimilé à l'idée plutôt désuète que l'on se fait de l'artisanat.

    Toutefois, pour son patron, Denise est une excellente professionnelle. Dotée d'un fin toucher, elle peut reconnaitre d'un geste rapide les diverses textures et ... sa grande dextérité lui permet d'assembler avec précision les cuirs découpés.

    Mais les commandes se raréfient et Denise est inquiète pour son travail et pour son avenir. Elle regrette les nombreuses importations asiatiques bon marché et dont la qualité est à des années-lumière de celle qu'elle réalise.
    Et par-dessus tout, elle craint que son patron délocalise l'atelier en Chine, au Vietnam ou ... ailleurs...

    L'horizon de la fabrique de petite maroquinerie du 20ème ... est plutôt sombre.



    >> L'atelier Fréjac en 1997.

     

     


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    Juliette habite dans le 19ème, et aujourd'hui, elle se rend à la journée d'information, à destination des chiens, organisée pour la première fois à Paris. L'opération s'intitule assez justement "Ma cité a du chien" ...

    Bien sûr, ses deux caniches Belle et Bianca l'accompagnent. Il faut dire que les deux toutous de Juliette ont des progrès à faire du "côté du caniveau" ...
    Mais qui est le premier responsable : le chien ou son maître ? Les chiens guides d'aveugle sont dressés à faire leurs besoins dans le caniveau alors, pourquoi pas Belle et Bianca? Il s'agit donc bien, pour Juliette, d'une question d'éducation...

    Cet après-midi, des éducateurs canins vont expliquer à Juliette comment devenir une vraie "Cani-citoyenne". Belle et Bianca, sous l'autorité de leur maîtresse, devront apprendre à respecter l'environnement. Et cela passe par la responsabilisation de Juliette qui sera dorénavant informée donc prévenue, et ... éventuellement sanctionnée.

    Mais, pour cette dernière extrémité, jusqu'où devra-t-on aller ? Jusqu'à demander le contrôle de l'ADN des crottes de chien ?
    La question est sérieusement étudiée en Allemagne, par la ville de Dresde !


    >> L'Adn contre les crottes de chiens
     

     


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    Au 35 de la rue de Tourtille, dans l'épicerie-buvette de Françoise Lajoy (dit-Fanfan), on se croirait encore en province dans les années cinquante.

    Au mur, ce sont, pêle-mêle, des bouteilles, des boîtes de conserve, des paquets de sucre ou de biscuits, ... Quelques frusques d'un autre âge sont suspendues dans un coin. Au fond, il y a une seule table avec des chaises de cuisine et surtout ce comptoir qui a vu défiler tant d'habitués ... depuis des décennies.

    Fanfan joue ici, dans le bas-Belleville, un rôle social très important : elle vous dépanne le soir lorsqu'il vous manque quoique ce soit en cuisine et toute la journée elle écoute, console ou conseille les gens du coin venus au comptoir lui conter leurs difficultés... Elle pourra même vous garder le courrier, vos clés, voire vos enfants ... tant sa générosité est sans borne.

    D'un tempérament d'une grande gaité, elle a toutefois les larmes aux yeux, lorsqu'elle évoque toutes ces années passées, ici, depuis que sa mère a ouvert l'épicerie dans ce local acheté par sa grand-mère en 1932 et qu'elle a reprise après son CAP...

    Car maintenant, dehors, la restructuration du quartier a commencé, et dans la rue où tous les autres commerces ont déjà fermé, l'ambiance n'est pas gaie. Une grande partie des habitants a déjà quitté le quartier ... les plus âgés sont morts. Qu'est devenu Jeannot qui, avec son accordéon, faisait danser les gens sur le trottoir les soirs de 14 juillet ?

    Mais Fanfan se résigne mal à un avenir ailleurs. Aussi, elle fait de la résistance et ses amis sont solidaires : leur dernière pétition (Collectif "Y'a D'la Joie")
    a recueilli des milliers de signatures pour essayer d'obtenir un dernier sursis à cet ultime bistrot de quartier menacé de disparition.

    Pourtant, Fanfan devra fatalement, tôt ou tard, laisser la place à l'agrandissement de l'école maternelle mitoyenne ... qu'elle a fréquentée, petite. C'est un crève-cœur, mais elle se résout à accepter la situation car "si c'est pour les gosses alors ça va ..., dit-elle, ... au moins je ne pars pas à cause d'un promoteur".

    Finalement l'épicerie-buvette sera rasée, l'école maternelle agrandie et Fanfan quittera sa chère rue de Tourtille. Des opportunistes lui rachèteront "son nom, sa marque", et une nouvelle enseigne "Fanfan Lajoy" ouvrira tout près d'ici, rue Jouye-Rouve. Mais il s'agit d'un café-galerie de la "néo-branchitude". Rien à voir donc avec l'épicerie-buvette authentique de Fanfan qui pourtant, elle aussi faisait galerie - à son corps défendant toutefois.

    En effet, n'y avait-il pas, au fond du bistrot, une photographie originale d'Izis ?
    Comment un tirage de ce grand photographe avait-il pu atterrir ici ?
    Fanfan était plus que discrète sur le sujet ...


    >> Fanfan Lajoy, ... sujet d'un mémoire universitaire ! 



    >> La photo d'Izis chez Fanfan (« Dans une cour, Paris 1948 »)


     

     


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  • Il est un peu plus de 8 heures et ... ce matin Manuel s'accorde un peu de repos. Le cirque qui l'emploi est arrivé ici, au Square de l'Amiral Bruix, cette nuit vers 3 heures.

    Manuel est-il artiste ? Il aurait aimé l'être. Mais malgré son prénom vaguement tzigane, Manuel est gadjé et un gadjé doit être disponible pour tout faire ... Ainsi, dans quelques minutes le montage du chapiteau va commencer ... et on l'attend déjà pour « donner la main ».

    Manuel travaille maintenant depuis près d'un an pour Joseph Bouglione. Il est « homme de peine » comme on dit dans le milieu du cirque. Car s'il y a des « filles de joie », il y a aussi ... des « hommes de peine ». Manuel sera, dans cette même journée tout à la fois garçon de piste, aide à la ménagerie pour nourrir les bêtes et changer leurs litières, vendeur de cacahuètes à l'entr'acte, préparateur des repas à la cantine pour la caravane... Il devra aussi monter le chapiteau, passer le balai, démonter le chapiteau, conduire le camion, placarder les affichettes... et bien d'autres menus travaux qui l'occuperont à temps plein.

    Toute la journée, Manuel va trimer : un véritable homme-orchestre, mais en dehors de la lumière des projecteurs. Manuel c'est le cirque sans les paillettes, l'envers du spectacle ... aussi ces quelques minutes de repos et de rêverie, seul sur ce banc, dans la fraîcheur et la lumière du matin, sont un véritable délice...


    >> Le Cirque Joseph Bouglione : la sixième génération ...

    >> Izis, un maître de la photographie amoureux du Cirque ... Fasciné par le monde du cirque et des fêtes foraines, Izis publiera en 1965 : « Le Cirque d'Izis », un ouvrage préfacé par Jacques Prévert.

    >> Autre cirque sur Parisperdu ...

     


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