• Avenue de France - Paris 13ème


    Dès le début de l'opération Paris Rive Gauche, les architectes chargés d'aménager la ZAC se sont trouvés face à la configuration bancale du site dont les deux pieds ne sont pas au même niveau. L'un est perché sur de nouvelles avenues et l'autre sur le tapis ancien des voies ferrées.

    L'aménagement d'un site ne pouvant se concevoir sans celui de son environnement, il aurait pu sembler nécessaire de couvrir les voies ferrées. Mais cette couverture est particulièrement hasardeuse dans ce secteur de Paris-Rive Gauche, puisqu'il faudrait "charcuter" sous les voies ferrées pour fonder les appuis d'une dalle. Mais là, en-dessous, il y a trois tunnels: deux pour le RER C et un autre qui permet de faire transiter les trains grandes lignes de la gare d'Austerlitz.  Comme les plafonds de ces trois tunnels ne sont pas en mesure de supporter le poids de la "dalle funéraire" de Paris Rive Gauche et de ses plantations rabougries et comme ils ne peuvent pas non plus être traversés par des piliers, vu la multitude des aiguillages à cet endroit: la "solution" a donc consisté … à laisser les lieux en l'état !

    Ce qui nous vaut ces sinistres avenues, démesurées, longues comme un jour sans pain, surchargée sur un côté de bureaux aux dimensions brutales et bordées sur l'autre côté par le vide, avec en contrebas un univers où le rail est omniprésent, sale, bruyant, odorant …

    Le "clou" de cet urbanisme bancal, ce sont les avenues de France et Mendès-France, deux désertiques dorsales. Avec leurs grilles et leurs lampadaires d'autoroute, elles longent les quatre équerres de la BNF et son esplanade des courants d'air … triste programme !

    Au secours, rendez-moi mon vieux 13ème, celui de Tardi et de Léo-Mallet.



    >> Une configuration bancale du site dont les deux pieds ne sont pas au même niveau.

    >> La mémoire de la Nouveauté.

    >>"Brouillard au pont de Tolbiac"  de  Léo Mallet et Jacques Tardi.

     



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  • Passerelle de la gare du Boulevard Masséna- Paris 13ème - Juin 1996.

     

    Au bout de la passerelle, la gare du Boulevard Masséna, une ancienne gare de la ligne de la Petite Ceinture, a encore fière allure. A l'époque, le RER C la dessert encore et cette passerelle est quotidiennement empruntée. La gare sera fermée en décembre 2000 lors de l'ouverture de la toute proche station "Bibliothèque François Mitterrand". Mais le site n'a pas été définitivement condamné et les quais sont maintenus en l'état, … au cas où une réouverture se justifierait.

    Le cinéma a largement exploité le lieu. En 1967, Jean-Pierre Melville, y tourne une scène de son film "Le Samouraï", dont Alain Delon tient le rôle principal de Jef Costello. La scène où Jef vient toucher son argent pour le meurtre qui lui a été commandé, se passe sur cette passerelle métallique, surplombant les voies ferrées.

    Mais là aussi, la monstrueuse avenue de France est venue bouleverser ce paysage de marge urbaine qui n'en demandait pas tant.
    La gare Masséna, qui a été abondamment squattée, est aujourd'hui en piteux état. La passerelle est maintenant inaccessible … et, dans cet environnement de friches, tout cela sent la fin d'un monde, comme un ultime combat, … un combat perdu d'avance par le Samouraï.



    >> La gare Masséna, une friche urbaine.

    >> Le Samouraï, un film réalisé par Jean-Pierre Melville, en 1967.



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  • Chantier de la nouvelle rue Watt (mars 2009)

     

     

    Lorsqu'aujourd'hui, je me rends rue Watt, un air de Charles Trenet me vient immédiatement à l'esprit :" Que reste-t-il de tout cela, dites-le-moi ?".

     

    Où sont les réverbères qui distillaient cette lumière blafarde qui convenait si bien à l'endroit ?

    Où sont passées les puissantes colonnes en fonte ? Qu'est devenu le trottoir surélevé avec son aérienne rambarde en fer forgé ? …

    Tout cela a disparu, pour laisser place à une voie sous-terraine d'une triste banalité, un quelconque tunnel comme il en existe des dizaines dans Paris.
    Boris Vian doit se retourner dans sa tombe !

     

    Pour les photographes qui avaient ici un sujet si sensible, toute la magie du lieu s'est définitivement "envolée".
    Maintenant, c'est: "Circulez, y'a rien à voir" ….



    >> Voir aussi sur parisperdu : "C'était comment avant ?"




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  • A l'angle de la  rue Fulton et du quai d'Austerlitz - Paris 13ème– octobre 1995.

     

     

    Jusqu'en juin 2000, se tenait-là, le bar de la Marine, un bistrot fréquenté autrefois par les "Mariniers". Son comptoir, en véritable zinc, était décoré d'une guirlande de raisins et la même frise courait sur l'immense glace du fond de la salle. Dans un aquarium encastré au mur, nageaient de petits poissons de Seine, un don de mariniers et d'agents de la fluviale.

     

    Ce bistrot de Paris, rebaptisé un temps "Bar de la NEVY" (sic), a survécu jusqu'à l'arrivée de l'opération "Paris Rive Gauche", car nous sommes-ici dans le secteur Austerlitz-Nord de la célèbre ZAC. Là a surgi, il y a une dizaine d'années, un nouveau front de Seine composé essentiellement d'immeubles de bureaux, des bâtiments à l'architecture soignée mais sans beaucoup d'âme.

     

    La nouvelle avenue Pierre-Mendès-France, une triste rocade qui prolonge la colossale avenue de France, surplombe d'une dizaine de mètres le quai d'Austerlitz et tourne le dos à la Seine pourtant toute proche. Aussi, pour les piétons qui auraient l'idée saugrenue de vouloir s'aventurer jusqu'au fleuve, il a bien fallu réserver quelques ouvertures à travers la muraille d'immeubles. On les a équipées d'escalators, d'ascenseurs et de deux escaliers baptisés Edmond Flamand et Fulton. Bonjour la poésie des bords de Seine …

    Le Bar de la Marine, qui avait encore des allures de guinguette, une clientèle populaire, gouailleuse et "qui faisait époque",  n'avait donc plus rien à faire ici.
    Il fut rasé sans autre forme de procès !


     

    >> Voir aussi dans Parisperdu, un autre bistrot de Mariniers, le Bar "Le Pont tournant".


    >> Panorama d’aujourd’hui, à l'angle de la  rue Fulton et du quai d'Austerlitz.

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     


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  • Pour les photographes parisiens, la rue du Javelot serait-elle devenue "la nouvelle rue Watt" ?

    Peut-être bien, car on y retrouve l'atmosphère particulière des rues sous-terraines, à la fois glauques mais envoûtantes, effrayantes mais terriblement esthétiques.

    La rue du Javelot est une vraie rue de la ville de Paris. Souterraine, ses entrées ressemblent plutôt à des entrées de parkings, l'éclairage y est médiocre... et partout fleurissent des panneaux de stationnement interdit, avec l'immanquable pictogramme signalant l'enlèvement du véhicule en cas d'infraction.

     

    Dans cette rue, beaucoup de petites choses qui seraient, ailleurs, sans importance deviennent ici complètement hallucinantes. Ainsi, vous y rencontrez des gens qui préfèrent faire leur jogging dans ce lieu clos et sinistre plutôt que dans le parc de Choisy à seulement quelques minutes de là, ou des amoureux qui passent leurs après-midi dans ce souterrain, à coté des poubelles …

     

    Les enseignes des boutiques ressemblent peu à celles d'une rue commerçante, et pourtant, contrairement aux apparences, la rue du Javelot est une rue commerçante, et même très commerçante. Seulement ici, les commerces n'ont pas conquis le droit à des vitrines, à des néons, à de pimpantes couleurs … Rien n'est fait pour inciter le client à pousser la porte …

    Ainsi, au 44, c'est le "Sieu-Thi Viet Nam", l'entrée d'un supermarché vietnamien, sa porte en tôle ondulée n'encourage pas à venir y faire ses courses.

    Puis, au 58, c'est "Pasta et Basta", un restaurant italien sans doute caché derrière une porte au fond d'un sas faïencé; mais là non plus, on n'a pas très envie de s'attarder.

    Plus loin, deux portes: l'une pour l'escalier, l'autre pour l'ascenseur, à moitié dissimulées derrière des containers-poubelle : c'est l'entrée du "47, rue du Javelot, 75013 Paris". Tout près, une boîte à lettre pour cette adresse improbable, située au milieu de nulle part …

    Enfin, au 42, l'atmosphère ne semble pas très saine non plus, c'est pourtant l'adresse de la crèche collective. Mais elle est en travaux de déconstruction et de désamiantage !

     

    Certaines démarches d'urbanistes érigent parfois la modernité en absurdité la plus totale …
    Si vous n'en n'êtes pas convaincus, allez donc faire un tour rue du Javelot.

     

     

     

    >> Voir aussi : "Dalle ou dédale des Olympiades ?"

     

     

     

     


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